Dans son dernier album, «You and me», l’artiste affiche ses limites vocales, malgré la qualité des arrangements de l’œuvre. –
S’il avait été entièrement instrumental, le récent album commis par Roméo Dika serait très probablement un chef-d’œuvre. Comme l’artiste a su le montrer depuis plus de deux décennies, il est en effet difficile d’en redire sur le travail de fond qu’il a, une fois encore, abattu en studio. A plusieurs égards, l’auteur du «Mari de ma femme» conserve intact son doigté en matière d’arrangements. Difficile aussi, de le prendre à défaut sur le casting de ses musiciens. Empereur Nguebo, Jimmy Eitel (guitares), Arthur Manga (basse) et autre Haoussa Drums (batterie et percussions), n’ont pas fait mentir leur réputation. Du point de vue de l’orchestration, y a franchement du positif dans «You and me». Hélas, la ballade effectuée sur les huit plages de l’œuvre dévoile vite son côté abstrus.
«You and me» s’ouvre en effet sur un air a capella : «Ate télè jombè» (Seigneur ouvre la porte), que l’auteur précise avoir «dédié à Laurent Esso», le secrétaire général de la présidence de la République du Cameroun. Un negro-spiritual à la limite laudatif, presque lèche-c…, dans lequel Roméo Dika tente d’intercéder auprès du Très-haut afin que ce dernier couvre le Sgpr de ses grâces. Mais passons. Le plus harassant ici, au-delà de la chicheté du texte de la chanson, c’est le caractère rocailleux de la voix de l’auteur, qui contraste avec la fraîcheur des chœurs. Plus de trois minutes et demi d’ennuie pour les ouies avisées, qui font penser que Roméo Dika aurait dû taire sa voix dans cette œuvre. Comme il l’a souvent fait en composant pour ses confrères. Sans pour autant impacter sur sa notoriété en construction.
Quoique passablement riche en thèmes, «You and me» pourrait, en effet, difficilement bousculer le sommet des hits. Même à force de matraquage. Roméo Dika y chante principalement l’amour. Comme dans «Toi et moi» (pour la vie), où l’auteur vante l’attachement à l’âme sœur. «Je suis né pour toi, et toi pour moi», clame-t-il de son timbre éraillé. En fond sonore, la voix fluette de Mango Dika domine littéralement les chœurs. Un indice sur le destinataire du message? En tout cas, «Malgré ta pauvreté tu es mon amour ; malgré ta misère, je te veux comme ça. Je veux vivre d’amour et d’eau fraîche. Je suis ton Valentin, et toi ma Valentine. On va se marier…», réplique le chanteur.
Harmonisation
Mijotés à la sauce du Makossa love propre à Petit-Pays, les titres «Patou» et «Je l’aime comme ça», surfent sur la même vague sentimentale. Le premier, plus langoureux, est chanté en duo avec une voix féminine difficilement reconnaissable et pas identifiée sur la pochette de l’œuvre. Il évoque les tribulations liées à la vie des couples, où l’on est parfois amené à supporter les choses les plus insupportables. Illustration : «Même si tu entends dire que je suis un coureur de jupons, acceptes-moi tel quel. C’est aussi cela l’amour. Malgré mon caractère de chien, c’est toi que j’aime…». Un peu plus cadencée que la précédente, la chanson «Je l’aime comme ça», elle, se veut plutôt un message de l’auteur destiné à sa maman. Son contenu : Un enfant qui oublie les conseils de sa génitrice, qui lui recommandait de choisir, au moment de se marier, une femme «sage et digne». Hélas, «Elle est parano. Ma femme est colérique.
Elle est très jalouse. Très souvent palabreuse (sic). Mais moi, je l’aime comme ça…», indique l’auteur qui, apparemment tenu par l’amour, semble en appeler au respect de son choix. Des histoires dignes des romans à l’eau de rose, où le mélomane est malheureusement malmené, une fois encore, par une vocalise proche du bourdonnement des célèbres vuvuzélas sud-africains ! «Mbonj’am» (ma fleur), un slow instrumentalement correct, avec mention bien au percussionniste, est ainsi gâché par la voix inhibée de Roméo Dika. Pareil dans les chansons «Them show me wanda» et «Engomè», qui parlent respectivement des inimitiés entre les Hommes et de la précocité des jeunes générations, où les messages auraient probablement été mieux portés par un chanteur plus doué. Heureusement, en amont, Ernest Mvouama et Jean Marc Noah, ont su bâtir la charpente principale de «You and me», à travers des harmonies dignes de leurs rangs.
Fiche technique
Album : You ans Me
Sortie : Juillet 2010
Auteur-compositeur : Roméo Dika
Production : DRI Production
Nombre de titres : 8
A écouter : «Je l’aime comme ça»
Eugène Dipanda
