Un assemblage d’audits que la Pca réfute, révèle des malversations financières dans cette société des musiciens. –
Le landerneau culturel camerounais semble secoué depuis quelques jours avec la mise en circulation d’un document de près de 200 pages relié, format ordinaire (A4) titré : «pièces à conviction : lumière sur la gestion de la Socam [société civile de l’art musical]». Préparé par un groupe d’artistes, il est présenté comme «une analyse de la gestion de la Socam à la lumière des actes soutenus par les pièces comptables disponibles. Cette analyse met à nu les opérations de malveillance et de malversations qui y sont perpétrés et qui jugent avec le bon sens et la déontologie voire la simple logique d’intérêt collectif». A la lecture, des 200 pages de dénonciations, l’on y retrouve des documents et signatures qui semblent attester de la véracité et de l’authenticité des faits. Notamment un audit d’un expert assermenté, un audit commandé par le ministère de la Culture (Mincult) et les relevés de comptes bancaires.
Des documents internes reçus par la Socam le 17 décembre 2009 sous le numéro 603 retrouvés aujourd’hui sur la place publique. Le premier est le rapport d’audit des comptes de la trésorerie de la Socam pour la période du 1er janvier au 10 juin 2009 mené par le cabinet Achille Aimé Niebou, expert comptable, basé au quartier Mvog-Ada à Yaoundé. Ledit audit révèle que pour la délégation du Littoral et du Sud-Ouest, « l’utilisation de la somme de 9.557.183 Fcfa reste à justifier. De manière générale, l’utilisation d’une somme totale de 60.126.991 Fcfa est restée non justifiée de notre mission ».
«Pièces à conviction» estiment avoir mis à jour les distractions de fonds pour la période allant du 1er janvier 2009 au 18 mars 2010 d’un montant total de 111.843.991 Fcfa. «Ce montant n’est que partiel par rapport à l’ampleur que peut révéler un contrôle sur pièces au sein de l’entreprise et qui inclurait les délégations régionales dont les mouvements de fonds n’ont pas été pris en compte». Le regroupement d’artistes en profite pour pointer du doigt tous ceux qui gravitent autour de la gestion collective du droit d’auteur dans la catégorie de l’art musical (Socam).
Mincult
Le deuxième rapport d’audit de la gestion financière de la Socam de juillet à décembre 2008, selon l’ordre de publication du «groupe d’artistes», a été commandé par la commission permanente de médiation et de contrôle (Cpmc). Rapport, mieux, document co-signé par Euloge Tchami, contrôleur financier du Mincult et Amadou Hamadou, membre de la Cpmc en charge des questions financières le 13 juillet 2009. Cet audit constate que, pour le compte d’exploitation, les charges sont de 64.772.177 Fcfa et les produits de 22.783.908 Fcfa. Soit une perte de 41.988.269 Fcfa.
L’audit de la Cpmc constate qu’une partie des justificatifs ne correspondent pas aux normes en vigueur. Notamment en ce qui concerne les charges de personnels, qui n’ont ni contrat de travail, ni bulletins de paie en bonne et due forme. Des montants variant d’un mois à un autre. In fine, cet audit constate l’absence d’un personnel formé et des procédures de gestion normalisée. Ce rapport n’insiste pas sur l’aspect financier. Même s’il relève que la Socam a utilisé plus des 30% des fonds destinés au fonctionnement et, donc, moins de 70% devant revenir aux artistes en terme de répartition des droits d’auteurs. L’audit du Mincult recommande à la Socam de se conformer aux exigences des administrations des impôts « si elle ne veut pas subir les conséquences fâcheuses d’un redressement fiscal ». une menace en bonne et due forme.
Face à ce qui apparaît comme une mise cause de l’équipe dirigeante de la Socam , la présidente du conseil d’administration, Odile Ngaska n’est pas allée du dos de la cuillère pour traiter ce volumineux document de tract. «On ne sait pas qui l’a écrit. Pourquoi les gens se cachent pour le faire». Elle ajoute «qu’ils font tout afin que je ne parvienne pas au terme de mon mandat. Car, je pourrais être reconduite», confie-t-elle. Lorsqu’on lui parle de l’authenticité des documents rassemblés, Odile Ngaska reconnaît qu’il y a eu un audit commandé par le Mincult. Mais, que «tout le monde peut fabriquer des documents», croit-elle. Mais, pour identifier l’auteur dudit document, l’un de ses collaborateurs n’a pas la mémoire courte.
Réplique
Jauly Volcano, en charge de la communication pense que l’auteur de cette divulgation pourrait être l’ancien directeur des affaires administratives et financières (Daf), Jean Paul Fouda Ottou, qui ne fait plus partie des effectifs de la Socam. Avis que ne partage pas la Pca de la Socam. Pour la forme ? Car, Odile Ngaska se demande «si un collaborateur a le droit de divulguer des informations internes?» Son collaborateur semble plus précis lorsqu’il avance, avec enthousiasme que «le Daf a été viré car son poste ne rentrait plus dans le nouvel organigramme, qui s’arrime désormais aux normes internationales». Le mouton noir est implicitement désigné. Même si le débat ne porte pas sur l’auteur du document. Mais sur l’authenticité et la véracité des informations, mieux, des accusations qui y sont portées.
Mais, ces allégations sont à peine balayées. Même si a Pca de la Socam apporte des justificatifs et explications sur les mouvements financiers, notamment des éclairages sur les 10.120.000 Fcfa dans le compte de la Sgbc qu’elle doit justifier, Odile Ngaska crie au complot : «on m’a promis cela. Je reçois même des menaces», se lamente la Pca de la Socam pour qui «il y a une vaste conspiration pour déstabiliser la Socam». On se souvient, comme le rappelle d’ailleurs l’un des audits, a été créée en 2008 dans un contexte particulier. En effet, la Cameroon music corporation (Cmc) dont Sam Mbende est président du conseil d’administration vient dêtre dissoute par le ministère de la Culture et une nouvelle structure voit le jour. Structure que dirige Odile Ngaska. L’on parle alors d’une chasse aux sorcières avec l’éviction de ceux qu’on considérait comme les protégés de l’ancien ministre de la Culture Léopold Ferdinand Oyono, de regrettée mémoire.
Sam Mbendé est même interpellé à la veille de l’assemblée générale (Ag) de la Cmc puis libéré. Cette Ag est annulée et la Socam , selon certains observateurs, voit le jour «aux forceps». Et, pour parler comme certains, les dirigeants d’hier rentrés dans le maquis aujourd’hui n’ont pas baissé les bras. De leur côté, une ordonnance de la Cour suprême qui leur donne raison. Mais, ils ne sont toujours pas rétablis dans leur droit. Ce qui crée aujourd’hui un bicéphalisme de fait dans la gestion des droits d’auteur de l’art musical au Cameroun. Et comme «l’ennemi ne dort jamais», c’est de bonne guerre. Un «groupe d’artistes» non identifiés a mis sur la place publique ce qu’il considère comme des malversations financières et managériales à la Socam.
Justin Blaise Akono
