Le Cameroun ne dispose pas encore d’un annuaire des spectacles dans le domaine des arts vivants, comme c’est le cas dans de nombreux pays où la vie culturelle est bien organisée et où les différents spectacles font l’objet d’une programmation rigoureuse et suivie, sans cacophonie ni improvisation. –
Seuls les Centres Culturels et les Alliances franco camerounaises ont, de temps en temps, des activités cordonnées, où on voit un spectacle programmé en boucle à Yaoundé, Douala, Bamenda, Dschang… On peut donc difficilement se faire une opinion sur la vie et la vitalité de notre théâtre. Toutes les actions qui ont cours dans ce domaine sont disparates, mal cordonnées et d’un amateurisme criard ; elles n’ont par conséquent pas de vrai écho, à l’exception des Retic de Ambroise Mbia et des Scènes d’Ebène de Tony Mefe. Les Retic donnent généralement à voir plus de représentations étrangères que de pièces d’auteurs camerounais, mis en scène par des troupes locales. Les Scènes d’Ebène autant que les Retic ont pour vocation originelle de donner à voir ce que notre théâtre a de meilleur. Mais dans le contexte paupérisé qui est le nôtre, le meilleur n’est généralement que l’existant. Et là où le bât blesse, c’est quant les troupes retenues pour ces deux manifestations se mettent précisément au travail pour les besoins de la cause, l’avant veille de la programmation. Ce n’est très souvent qu’après coup, dans le cas des Scènes d’Ebène que la troupe primée à l’issue de la manifestation peut avoir un calendrier pour tourner dans deux ou trois villes.
Mais ni les comédiens ni les metteurs en scène, encore moins les opérateurs culturels ne sont à blâmer. La culture est un domaine où on ne peut pas moissonner autre chose que ce que l’on a semé. Une programmation des spectacles ne peut se faire sans que, sur le plan infrastructurel le minimum ne soit disponible. Sans absorber autant de ressources financières que le cinéma, certaines pièces ne peuvent être représentées sans un investissement minimal. Le statut même du théâtre dans notre pays ne peut permettre d’escompter des prestations de grande qualité. Chez nous en effet, le théâtre est un "semi-loisir" au sens où Joffre Dumazedier entend cette expression, c’est-à-dire une activité qui, "tout en ayant une dimension utilitaire et tout en conservant un lien avec le travail professionnel ou la production domestique, [est] d’abord et avant tout [conçu] comme [activité] d’expression de soi dans le temps libre".
Les comédiens camerounais ont donc beau jeu de se livrer à d’autres activités et de ne réserver au théâtre qu’un temps résiduel. Dans le cas du théâtre universitaire qui a fait la fierté de notre pays sous la direction de Mme Jacqueline Leloup, c’est l’association heureuse de professionnels (les enseignants de théâtre de l’université de Yaoundé d’alors) et d’amateurs (les étudiants sociétaires du T.U.), chaperonnés par des instances universitaires d’une grande sensibilité culturelle qui avait été la recette du succès. Mais il est loin le temps du T.U des Bingono, Doho, Mbala Elise, etc.
Activité réduite au statut de semi loisir, infrastructure inexistante, comédiens traqués par le besoin… on ne peut dès lors pas s’étonner de l’immobilisme de nos troupes ou de ce qui en tient lieu puisque, puisque la projection sur le plan international ne peut se faire ex nihilo. L’absence du Cameroun dans les grands rendez-vous théâtraux internationaux devient cependant préoccupante. La vitrine du festival des francophonies d’Avignon où on peut voir presque tous les pays francophones représentés d’année en année est depuis longtemps fermée au Cameroun. Du 25 septembre au 7 octobre de cette année encore, hélas, le Cameroun y est absent. Même à l’intérieur du continent, nos troupes ne sont pas visibles.
Par Marcelin Vounda Etoa *
