Le manque de salles et l’absence aux festivals locaux rythment la vie des cinéastes camerounais. –
Il y a de cela deux ans, précisément en 2008, la chaîne de télévision TV5 Monde, diffusait la série « Trois filles deux garçons ». Beaucoup de personnes n’ont pas cru que le producteur réalisateur était Camerounais», se souvient encore Lambert Ndzana, naturellement réalisateur et producteur de ce Sitcom diffusé pendant plusieurs mois sur la chaîne française, pour le compte de LN Production, basée au quartier Ekoum-Ndoum à Yaoundé, où Lambert Ndzana a également ouvert un centre de formation aux métiers de l’audiovisuel. Notamment du cinéma.
Des cinéastes camerounais ont souvent été auréolés sur la scène internationale, en occurrence au Festival panafricain du film de Ouagadougou (Fespaco), Daniel Kamga, Bassek Ba Kobhio, pour ne citer que ceux-là, sont des exemples vivant. Actuellement, le cinéma camerounais, « se porte mal », comme le souligne Blaise Nnomo Zanga pour qui les cinéastes produisent davantage des courts métrages. « Les films réalisés par ces derniers, ne sont plus sous les feux des projecteurs », commente-t-il. Qu’est-ce qui ce passe, le cinéma camerounais est-il en train de mourir ?
Pour Blaise Nnomo Zanga, cinéaste, réalisateur du film «Môn ayon », le cinéma camerounais traverse d’énormes difficultés. «Produire un film exige beaucoup de moyens financiers. Ce secteur n’est plus financé, en plus, les réalisateurs n’ont pas de formation adéquate ». L’ancien directeur de la cinématographie au ministère de la Culture, aujourd’hui à la retraite, poursuit : « les films produits ne sont plus vendus au Cameroun, la piraterie a pris le dessus ». C’est pourquoi « certains préfèrent produire leur film à l’étranger ». Lambert Ndzana, pour sa part, trouve que « le cinéma camerounais est dans le coma », pour plusieurs raisons peuvent expliquer cette situation. Il précise que « je ne produis pas pour le Cameroun, mes films ont une portée internationale». Selon ce dernier, «c’est la mauvaise organisation des cinéastes qui a causé la mort du cinéma». Le réalisateur et producteur de la série « Trois filles deux garçons », trouve que parler d’un manque de financement dans le secteur cinématographique au Cameroun, « est une insulte aux opérateurs économiques et certaines entreprises présentes dans le pays ».
Charlotte Ngo Manyo, jeune réalisatrice, sait où sont passés les réalisateurs camerounais : « Ils sont ailleurs. Car, on veut tuer les jeunes dans ce pays. Où sont les salles ? Où allons-nous diffuser ? Le ministère de la Culture préfère dépenser 300 millions Fcfa pour acheter un car. Moi, je lance une tournée dans plusieurs pays africains », annonce-t-elle. La plupart des réalisateurs camerounais ayant pignon sur rue ne sont pas joignables. Pour Charlotte Ngo Manyo, ils doivent également être hors du pays. Hélène Ebah, réalisatrice et productrice, est retournée en France en 2008 par exemple.
Financement
Selon le promoteur de LN Production, «même les producteurs de films de renom sont aussi confrontés à des problèmes financiers. Mais, ils les surmontent. C’est l’esprit de créativité qui manque à nos cinéastes». Les cinéastes camerounais ont de bonnes idées, mais ils se heurtent au niveau du montage des projets. Jusqu’en 2003, le Gicam (groupement inter patronat du Cameroun), les Brasseries du Cameroun, la Mobile telephony Network (Mtn) et Orange Cameroun finançaient des projets de films. Mais, « certains réalisateurs utilisaient cet argent à d’autres fins », confie Lambert Ndzana. La marque Beaufort des Brasseries du Cameroun par exemple, «finançait à une hauteur de 500 millions de francs le cinéma». Mais les dirigeants de cette société ont décidés de suspendre ce financement. Tel a aussi été le cas avec la société de téléphonie mobile. Mtn ne finance plus les réalisateurs camerounais depuis 2006 à cause de leur « manque de sérieux ».
A en croire M. Ndzana, « le cinéma camerounais ne prospère pas parce que le scénario, est mal écris à la base. Le scénario doit avoir une description maximale du tournage ».Et pour se faire, « l’équipe de réalisation et de production d’un film, doit être composée de professionnels ». C’est d’ailleurs pour palier ces manquements que ce dernier à ouvert une école qui forme des jeunes dans « dans 7 filières incontournables dans le cinéma ». Cette école a le « soutien du Goethe institut, et des enseignants allemands sont souvent sollicités pour rehausser la qualité de la formation », laisse entendre le fondateur. Ce dernier explique qu’il a commencé le métier de cinéaste dans le tas, c’est à la longue qu’il s’est spécialisé dans des écoles et institut, notamment en France.
Celui-ci confie « revenir d’Allemagne où je me suis rendu avec 6 de mes étudiants pour tourner un cours métrage de 10 minutes ». Pour Blaise Nnomo Zanga, diplômé de l’Institut national de l’enseignement cinématographique de Ouagadougou au Burkina Faso, « il est important que les cinéastes camerounais aient une bonne formation ». C’est pourquoi le réalisateur Bassek Ba Kobhio a ouvert depuis septembre dernier, avec des subventions de la France, de la Belgique, de l’Espagne et de l’Allemagne, « classe cinéma des Ecrans noires ».
Source : Mutations
