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Eugène Dipanda : La dernière farce de Missipo

by mboasawa
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Le grand Reporter du quotidien Mutations est décédé au Centre hospitalier de la Cnps à Yaoundé, des suites de maladie. –

 

En quittant la salle de rédaction du quotidien Mutations, mardi 12 avril dernier, l’état de santé de «Le Jeune», comme certains le nommaient dans cet espace, ne donnait aucun signe de gravité. «Lège (comme il avait l’habitude d’appeler l’auteur de ces lignes), je me sens un peu épuisé. J’ai terminé le travail qui se trouve dans ma machine. Je vais me reposer», avait-il indiqué, sans trahir de véritable préoccupation. «Prompt rétablissement», avais-je répondu. C’est que Eugène, depuis la semaine précédente, souffrait d’un abcès au niveau de la tête qui lui causait des poussées de fièvre depuis des jours. Mais, surtout, il arrivait avec humour, subissait en souriant les chicanes de certains de ses équipiers à la rédaction : depuis le début du carême, «Missipo», comme on le nommait également sur les terrains de football, avait décidé de ne prendre aucune goutte de bière. Il s’est imposé ainsi deux ou trois autres privations. Sans préjuger de rien, la petite raillerie, à la rédaction, laissait dire que l’abcès était la conséquence du fait qu’il voulait «surprendre son organisme par des pratiques peu habituelles». Le 12 avril dernier donc, peu après son départ du journal, vers 13h, «Président» (autre sobriquet à lui attribué par une partie de ses collègues) adresse ces quelques lignes à la direction de publication du quotidien Mutations: «Bonjour à tous! Depuis lundi dernier, mon état de santé est chancelant. Malgré tout, j’ai fait l’effort d’être au journal hier et ce matin. Mais ma situation ne s’améliore guère. Elle s’aggrave même. Je fais 39° de fièvre. J’ai des vertiges et je ressens une fatigue générale du corps. Aussi, je vous adresse ce message pour solliciter une courte permission, question de suivre un traitement à l’hôpital de Biyem-Assi où le médecin a indiqué que je devrais être interné pendant quelques jours». «Par conséquent, il sera difficile pour moi d’honorer le rendez-vous de vendredi prochain, pour le séminaire de la Smc au cours duquel je suis censé exposer sur le supplément Com’. Prière donc, Svp, de bien vouloir me programmer à une date ultérieure. Pour la coordination des pages Sport, Priscille devrait en principe être de retour demain. Elle pourrait donc personnellement boucler le Sup’ de vendredi, dont les éléments sont en cours de traitement. En attendant, Dorine s’est portée garante pour l’animation des pages Actu sport. Merci pour votre compréhension.» En guise de réponse, Xavier Messe, le rédacteur en chef, écrit : «Repose-toi d’abord. Merci pour ton souci d’organiser ton absence. Courage!» Trop tôt parti Etait-ce le dernier article d’Eugène Dipanda ? On s’en rend bien compte aujourd’hui, puisqu’il ne sera pas au séminaire du vendredi 15 avril. Des collègues vont le joindre. Au téléphone, il a du mal à articuler et tient un propos saccadé. Dimanche, 17 avril un proche parent attire l’attention du directeur de publication de Mutations, qui envoie un peu d’argent pour la suite les soins à l’hôpital de Biyem-Assi. Les jours suivants, le malade et ses proches ne sont pas joignables. Jusqu’à mardi soir, où il est transporté à l’hôpital de la Caisse pour des soins intensifs. Le lendemain, 20 avril, comme une traînée de poudre et alors que ses amis et collègues accourent, la nouvelle de son décès se répand. Depuis l’annonce de son décès, hier matin, des messages de soutien de nombreux confrères, connaissances et parents affluent dans la famille et au siège de la Smc. Ils souhaitent, surtout, un bon repos au conquérant précocement décédé. Il en est ainsi du Centrafricain Valence Doudane de Tribune d’Afrique, qui, depuis Paris, n’en croit pas ses oreilles : «J’ose croire à peine ! Frangin et cher confrère, tu t’en vas trop tôt ! Ainsi va la vie, c’est le chemin de tout le monde. Je n’oublierai jamais les moments de complicité que nous avions passés à Aurore Plus. Je garderai l’image d’un frère qui avait toujours son mot à dire ! Vas, vas retrouver David Diwah, Benjamin Lissom Lissom et le vieux Njawé ! Les morts ne sont pas morts ! Ils sont là, avec nous !» Solange Same Makolle a eu ces mots à l’endroit du disparu : «Mon beau-frère, ce n’est qu’un au revoir. A peine tu termines ton jeûne de 40 jours que tu t’en vas. Je t’aime pour toujours.» Même son de cloche chez Damnielle Elombo, qui crie à l’injustice : «C’est injuste, la vie en elle-même n’est qu’une injustice. Je suis perdue, je ne sais même pas quoi faire. Tu ne m’as fait aucun signe. Que vais-je devenir ? C’est comme si j’étais vide ! Toi qui rassemblais tout le monde…» Son ami et collègue, Samuel Ngué, ne trouve pas de mots justes pour exprimer sa peine : «Mon cher Eugène, je suis dépassé par la nouvelle que vient de m’apprendre Félix. Je n’ose pas croire que tu n’es plus de ce monde. Il y a quelques semaines, nous étions accompagner Carine aux obsèques de son papa, à Bafia. Nous nous sommes vus au bureau tu m’as dit ne pas te sentir bien, et ce jour tu n’es plus là!» Ô rage ! Le deuil a donc pris place dans la salle de rédaction du quotidien Mutations où, passée la période généralisée des sanglots qui a suivi l’annonce de la mort de l’ancien capitaine de As Mutations, l’équipe de football de la Smc, les gens se parlent à peine. Seul dans son coin, chacun cherche le dernier moment passé avec le défunt, fils de Maurice Makolle et Hélène Maloka. Les yeux dans le vide, chacun tente de comprendre ce dernier message de celui dont l’humour a caractérisé l’existence. Le leader solitaire dont Anne Victorine Dikosso Mbongo dit qu’il n’a pas seulement «été le fondateur mais aussi le guide». Né le 24 février 1975 à Yaoundé, Eugène Dipanda est formé comme journaliste à l’Institut Samba supérieur. A peine sorti de l’école, il fait ses armes à la rédaction d’Aurore Plus en qualité de reporter. Promu au poste de secrétaire de rédaction, Eugène Dipanda est ensuite recruté à Equateur Media Group (Emg). Ici, il prête ses services aux publications Dikalo et Challenge Hebdo, dont le groupe de presse est propriétaire. En septembre 2001, l’ancien élève des lycées d’Elig Essono et de Nkol-Eton est engagé au quotidien Mutations. La nouvelle recrue fera le tour des services. Allant du sport (sa vocation) à la politique en passant la culture et la communication. Une trajectoire qui le conduira à l’économie, un domaine pour lequel, avait-il coutume de dire, il n’avait aucune prédilection. Chef du Service Economie, Eugène Dipanda est nommé chef du Desk (directeur d’agence) de Douala, en septembre 2007. Le 21 mai 2010, il passe rédacteur en chef du magazine sportif Ndamba cumulativement avec ses fonctions de Grand reporter au quotidien Mutations. A la faveur de la restructuration de la South Media Corporation (Smc), la société éditrice du quotidien Mutations, Eugène Dipanda se consacre aux tâches éditoriales de cette rédaction jusqu’au 12 avril date de la dernière page sportive qu’il a livrée en qualité de chef du Service de Sports par intérim. Discret jusqu’à la mort, parfois indifférent, Eugène, qui se voulait décisif dans sa prestation journalistique, s’en est allé on dirait sur la pointe des pieds. Au point de faire douter tout le monde. Comme de très loin, Maguy Etoa, qui croit toujours au miracle d’Eugène pour l’éternité.

Léger Ntiga

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