Sophie BEYALA, épouse BEKOLO est coordonatrice du programme des radios communautaires à l’UNESCO. De son point de vue, les radios communautaires ont encore de beaux jours devant elles. –
Elle a étudié à l’université de Lyon 2 et à l’université de saint-Etienne en France. Après un 3ème cycle en linguistique-lexicologie, elle enseigne à l’université de Douala au Cameroun, avant d’être recrutée dans les années 2000, au Bureau sous-régional de l’UNESCO lors du démarrage programme qu’elle coordonne depuis plus de dix ans, au Cameroun, et dans les pays post-conflit comme le Congo ou la RCA.
Comment a commencé le programme des radios communautaires de l’UNESCO au Cameroun ?
La création des radios communautaires au Cameroun prend naissance dans le cadre du programme spécial « Des femmes parlent aux femmes » lancé en 1996 par le siège de l’UNESCO pour la mise en place de radios communautaires animées et gérées par les femmes elles mêmes.
En 1998, le bureau de a décidé que la Représentation sous-régionale de l’Organisation en Afrique centrale, prendrait part à l’initiative de doter quelques associations de femmes, de radios communautaires rurales. Le bureau a immédiatement entrepris un plaidoyer auprès du gouvernement, des bailleurs de fonds potentiels, des populations par voie de radio et de télévision.
Qu’en est-il de leur contenu?
L’objectif de ces radios communautaires des femmes était bien défini dans le 28 C/5 (document de travail publié par le siège) à savoir: « Démontrer l’utilité de stations de radio peu coûteuses pour le développement communautaire, en particulier pour l’émancipation des femmes au niveau des communautés de base » (…) « leurs programmes s’inspireront de la vie quotidienne de la communauté, répondant aux préoccupations véritables des femmes et offrant des conseils pratiques dans des domaines comme l’alphabétisation, la santé, le soin des enfants, les méthodes agricoles, les possibilités d’emploi et le rôle des femmes dans la mise en œuvre des politiques de développement. En même temps, « ces radios permettront aux femmes de s’exprimer et d’échanger leurs opinions ainsi que de développer leurs intérêts culturels et leur créativité ».
Le Cameroun comptait déjà 5 radios rurales qui avaient été financées par l’Agence de Coopération Culturelle et Technique (ACCT). Ces radios opérationnelles 7 ans environ avant les premières radios de l’UNESCO connaissaient un certain nombre de problèmes, auxquels l’UNESCO essaie d’apporter des solutions par des formations, l’appui à la production chaque fois que c’est possible.
L’Unesco a commencé par la radio pilote de Mbalmayo, par la suite, avec l’appui financier du PNUD, a mis en place 15 autres radios communautaires au Cameroun.
Il faut dire que l’expertise du bureau UNESCO de Yaoundé s’étend à d’autres pays comme le Tchad, le Congo, dans la zone post-conflit du Pool ou encore la RCA ;
Où en êtes-vous avec la définition des radios communautaires ?
Après le Forum National, une définition des radios communautaires a été proposée au Ministère de la Communication qui devra valider et officialiser. Mais en substance,la radio communautaire est un organisme de communication de proximité, créée soit par l’État et son partenaire, soit par une association communautaire. Elle est apolitique, à but non lucratif, à propriété collective, gérée et soutenue par des gens d’une communauté donnée. Elle est un outil de communication et d’animation qui a pour but d’offrir des émissions de qualité répondant aux besoins d’information, de culture, d’éducation, de développement et de divertissement de la communauté dont elle est issue.
Elle a des missions précises: Comme nous l’avons déjà dit, la radio communautaire est apolitique, elle a pour rôle d’informer, sensibiliser, éduquer et divertir, donner la parole aux populations locales, promouvoir le développement socio économique local, promouvoir l’approche genre dans les plans, programmes et projets de développement local, promouvoir les droits des femmes et des enfants, préserver et valoriser le patrimoine culturel, accompagner le processus de décentralisation et la gouvernance locale.
Qu’en est-il est status?
Il n’y a jusque là pas encore un statut spécifique aux radios communautaires au Cameroun. Le forum du mois de novembre, premier Forum national des radios communautaires au Cameroun, a proposé un projet de statut au Ministère de la Communication, ainsi qu’un projet de cahier des charges qui pourra également être validé et officialisé. a ce stade, je peux vous avouer que d’autres pays d’Afrique centrale ont déjà signalé qu’ils attendent ces documents du Cameroun, qui pourront leur servir de modèle.
Quel est le mode de financement des radios communautaires?
Il faut avant tout mobiliser des ressources au niveau local (cartes de membres, côtisations etc), national et international. Les radions passent également des contrats avec des partenaires qui ont besoin de faire de la sensibilisation et appuient ainsi la production des émissions des radios. Il y a eu pour un grand nombre d’entre elles des partenariats avec les organismes de lutte contre le SIDA, des promotions du genre, campagne de vaccination, vulgaisation des méthodes agricoles etc, autant d’action qui permettent de financer la production des programmes dans ces domaines.
Comment fonctionnent les radios communautaires ?
Il faut avouer qu’en l’état actuel, il ya un certain nombre de difficultés. Le rapport d’évaluation des radios communautaires au Cameroun fait par l’UNESCO et le MINCOM en 2010, a révélé des lacunes quant à l’administration et à la gestion de ces dernières les comités de gestion se réunissent rarement, les sources de financement ne sont pas toujours bien maîtrisées et surtout la gestion n’est pas toujours très transparente.
Toutefois, elles fonctionnent et nous avons des raisons d’en être satisfaits, au regard du rôle qu’elles jouent dans les communautés et dont la valeur est inestimable. La plupart d’entre elles émettent quotidiennement des émissions sur les préoccupations immédiates des bénéficiaires et leur sont donc très utiles.
Quel sont les perspectives d’avenir pour les radios communautaires au Cameroun ?
Les radios communautaires ont encore de beaux jours devant elles. C’est l’outil de communication par excellence dans les zones rurales où vit une très grande partie de la population. Elles s’adressent aux gens dans leurs langues et langages, d’où le grand intérêt que manifestent les communautés pour ce média de proximité.
Le DSCE recommande la création d’une centaine de nouvelles radios communautaires au Cameroun.
Quand à l’UNESCO, elle continue avec ses partenaires, la mobilisation des ressources pour en créer de nouvelles et appuyer celles qui existent déjà au niveau des équipements, de la formation, de la production des émissions etc.
Propos receuillis par Guy Owona
