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Me Jean de Dieu Momo :« Cet album inaugure un nouveau mode de communication politique »

by mboasawa
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L’auteur de l’album « Commandement opérationnel » s’explique sur la signification de son album et les mobiles qui l’ont poussé à faire cette percée dans la musique. –

 

L’on sait que vous avez été de ceux qui ont le plus vivement dénoncé les abus du commandement opérationnel. Cet album est-il pour vous la suite de ces dénonciations ?

 

Oui bien entendu c’est la suite du combat contre l’arbitraire et l’impunité des forces de l’ordre que je dénonce. Le commandement opérationnel est toujours d’actualité avec son cortège d’assassinats officiels. Ma chanson le Commandement opérationnel est d’abord une réponse du berger à la bergère, un pied-de-nez au régime en somme car le gouvernement dit dans son rapport aux Nations unies que les jeunes gens n’ont pas disparus mais qu’ils se sont évadés au Nigeria. Alors j’ai voulu leur répondre en chanson afin que nul ne l’oublie. Et puis c’est ma manière de faire revivre ces malheureux qui ont été massacrés par les fous du pouvoir et leur dire que nous ne les oublions pas. En mettant en chanson cette accusation publique j’espère partager avec le peuple le dégoût de l’impunité et dire aux assassins que je suis leur mauvaise conscience et qu’ils doivent sursauter de frayeur ou de honte chaque fois qu’ils entendront parler de moi.

Le titre « Ton vote, c’est le pouvoir » invite tout le monde à faire de la politique et à aller voter. Y a-t-il un rapport avec l’élection présidentielle attendue en octobre 2011 ?

Oh oui, c’est un titre engagé qui interpelle tous ceux qui sont épris de changement dans la légalité d’aller massivement exprimer leur mécontentement dans l’isoloir.  Et si leurs votes ne sont pas comptés ou s’il y a fraude alors ils devront tous aller à Yaoundé pour faire le vote physique. Le vote physique consiste à ceci : si nous allons tous voter et que Biya dit qu’il a gagné comme d’habitude avec l’aide de la cour suprême, alors nous allons tous à Yaoundé demander qu’on nous compte physiquement et nous y restons tant que cela n’aura pas été fait ou tant que le fraudeur reste au pouvoir. En réalité le peuple ne sait pas que c’est lui qui a le pouvoir, ton vote, c’est le pouvoir car ta voix est égale pour une fois à celle de Biya et d’autres grosses légumes du pouvoir. Les mécontents sont plus nombreux, le peuple est plus nombreux mais il lui manque la détermination pour prendre le pouvoir. Cependant si le peuple décide d’aller massivement voter, le régime va tomber car il ne pourra pas frauder devant cette avalanche de votes, il va être dépassé et ne pourra plus contrôler. C’est pourquoi ton vote c’est le pouvoir. Il faut se demander pourquoi les dirigeants ont besoin de notre vote. C’est parce qu’ils reconnaissent que la présidence n’est pas la maison de leurs parents.

Vous apprêtez-vous à troquer votre robe contre la guitare ou alors la sortie de cet album n’est qu’une parenthèse dans votre carrière d’avocat ?

A vrai dire je ne savais pas que je pouvais chanter. Cela m’a pris tout d’un coup. J’ai eu envie de communiquer autrement pour contourner cette censure qui ne dit pas son nom. Alors j’ai décidé de faire appel à un chanteur professionnel qui devait mettre en chanson des compositions musicales que j’avais écrites. J’ai donc sollicité mon ami Valséro mais compte tenu de son éloignement de Douala du fait qu’il réside a Yaoundé et que moi je suis souvent parti au Tpir, les répétitions ne devaient pas être faciles a suivre. Alors je me suis dis : « mais Momo tu chantes bien l’hymne national, tu devrais pouvoir chanter une chanson ! » Alors au cours de mon séjour à Paris en juillet 2010, je me suis acheté une guitare. En Aout ou Septembre je me suis acheté un piano. J’ai commencé à chantonner et à enregistrer avec mon petit dictaphone de poche. Ensuite j’ai fait écouter ce projet au Très Grand Echo Roosevelt qui m’a donné quelques conseils et je me suis lancé. J’ai appelé quelques amis musiciens du Barreau du Cameroun et d’autres d’ailleurs pour discuter de mon projet. Ils m’ont encouragé à faire un essai et le professionnel du groupe m’a dit d’aller en studio avec lui pour voir si cela pouvait marcher. Et voila le résultat ! A peu près moins de six mois pour sortir les cinq titres de mon album. Non je ne vais pas tronquer ma robe d’avocat maintenant (rires) Mais je sais que je peux gagner ma vie autrement. Et je peux faire les deux à la fois. Mais surtout je voulais me prouver une fois de plus que je suis capable de faire tout ce que je décide de faire avec enthousiasme. C’est bien vrai ça, j’aime me pousser à l’excellence.

Quel rapport y a-t-il entre votre musique et votre parti politique dont le nom figure sur la pochette de l’album ?

Cet album a l’ambition d’inaugurer le nouveau mode de communication politique du 21ème siècle dans un Cameroun ou peu de personnes ont accès à une bibliothèque, a un livre. Peu de personnes lisent au Cameroun à cause de la pauvreté entretenue par le régime pour nous assujettir. Oui, la pauvreté est voulue au Cameroun et fait partie de la politique gouvernementale pour régner et rester éternellement au pouvoir. Ceux qui lisent s’instruisent et se tiennent au courant alors que ceux qui ne lisent pas sont manipulables à souhait, c’est le bétail électoral. Alors mon album est un véhicule de la communication politique pour instruire le peuple en lui apportant l’information et le savoir dans sa chambre, dans sa radio ou sa télé. Cet album a la prétention aussi de faire aussi la promotion du Paddec entendu comme le parti des Patriotes Démocrates pour le Développement du Cameroun. C’est aussi un album programme politique qui dénonce les tares du régime précédent  par certains titres satiriques mais s’engage a la construction nationale en préservant les acquis sans s’adonner  a la chasse aux sorcières, en élevant les vertus de la réconciliation nationale par la justice transitionnelle qui permettra cette réconciliation, gage d’un développement rapide du Cameroun dans la paix retrouvée, comme chez Mandela.

Cet album n’est-il finalement pas un appel à la révolution, surtout lorsqu’on écoute le quatrième titre intitulé « Paix – Travail – Patrie » ?

Oh que non ! Ce n’est pas un appel à la révolution  sanglante si c’est ce que vous voulez dire. Mais la révolution c’est étymologiquement un retour au passé, une refonte d’un régime, un recommencement de ce qui ne marche pas, un remplacement d’un régime vieillissant par un régime neuf. Les gens ne voient en la révolution que les armes et la guerre. Non ce n’est pas cela, Paix Travail Patrie est un titre qui examine la situation présente comparée au passé et se demande si nous avons atteint l’objectif que nous nous étions fixé a l’aube de l’indépendance. Si tu rencontres plusieurs fois le même arbre dans la forêt, c’est que tu tournes en rond et que tu es perdu. C’est bien ce qui nous arrive au Cameroun. Nous tournons en rond, nous n’avançons pas, pire nous reculons.

Alors il faut changer de cap, il faut essayer autre chose, une autre méthode de gouvernement, un autre président, une autre vision du monde, et c’est le temps des patriotes de se lever maintenant pour changer le cours de notre destin.

http://www.lanouvelleexpression.info

 

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