La première représentation d’Elvis Bvouma présente les dernières heures d’un dictateur africain en son palais. –
Depuis quelques années, Elvis Bvouma, un nom à bien retenir, nous avait habitué à la production de textes soignés dans des genres littéraires différents. Travaillant ainsi à prendre sa place dans la galaxie des jeunes auteurs de l’intérieur décidés à entretenir la flamme de la littérature allumée par des devanciers au talent incommensurable. Il avait même, au cours des derniers mois, initié une caravane itinérante de lectures à Yaoundé, donnant au passage une facette nouvelle de son carquois aux flèches bien multiples.
Vendredi dernier au centre culturel François Villon, Elvis Bvouma a tiré une autre flèche. Refermant ainsi une semaine qu’il n’est pas prêt d’oublier. Car la veille déjà, sa première mise en scène publique –un extrait de la pièce «Iphigénie» du très sérieux Johann Wolfgang von Goethe- remportait le concours de mise en scène organisé par le Goethe Institut Kamerun. Et ce à la barbe de cinq autres confrères.
Vendredi donc, avec le soutien de la compagnie Zouria Théâtre d’Ousmanou Sali, il est revenu sur les planches pour présenter un texte et une mise en scène de son cru au titre de «Petit à petit l’oiseau perd son nid». De l’histoire, rien de bien révolutionnaire. Quoique la révolution constitua le soubassement de la pièce. La scène, unique, se passe dans l’antichambre d’un dictateur vivant ses dernières heures sous la menace précise au fur et à mesure d’une rébellion armée ourdie par l’un de ses hommes de confiance assurant sa garde. Une comédie qui s’attèle à mettre en garde les dictatures sur une fin plus proche qu’ils ne l’envisagent. Sous la menace de la rébellion, l’on voit le dictateur peu à peu perdre aussi bien la manoeuvre que ses avoirs. Il décline pour ainsi dire dans son château, dans une solitude inversement proportionnelle à son pouvoir sur les hommes et les choses. La mise en scène réussit à bien mettre en perspective cette descente aux enfers d’un pouvoir pourtant ancien.
Mais là où pêche le metteur en scène c’est la capacité à capter l’attention du spectateur d’un bout à l’autre d’une pièce qui dure quand même 110 minutes. Non pas que le jeu des comédiens soient en cause. Ce qui l’est c’est l’insistance sur des redites malheureuses qui cassent le rythme. Démontrant ainsi qu’Elvis gagnerait à trancher des pans entiers de la pièce sans que cela porte à conséquence.
Il devra aussi revoir la régie lumière afin qu’elle accompagne l’intrigue, surtout dans la montée vers le climax de la fin du dictateur que le metteur en scène n’a pas voulu tragique et on se demande bien pourquoi. Car les exactions de 50 années de dictature n’exigeaient pas plus que cela. Le sentiment à la fin est donc mitigé et l’on se prend à espérer qu’à la prochaine occasion, le week-end prochain à l’espace Othni au quartier Omnisports, il veuille bien rectifier le tir. On ne lui pardonnera pas d’insister sur les lacunes évoquées, lui qui visiblement veut gagner des galons de metteur en scène.
Parfait Tabapsi
