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Ambroise Kom : Hommage à un «homme reculeur de bornes»

by mboasawa
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La figure d’Ambroise Kom est centrale dans l’enseignement et la critique littéraire en Afrique en général et au Cameroun en particulier. –

 

Eboussi Boulaga, dans la préface des Mélanges qui lui ont été offerts et qui ont été présentés au public le 8 juillet dernier à la librairie des peuples noirs (Pierre Fandio et Hervé Tchumkam, Exil et migrations postcoloniales, De l’urgence du départ à la nécessité du retour, Yaoundé, Ifrikiya, 359 p., 2011) dit en quoi.
Du point de vue épistémologique, Ambroise Kom a subverti la pratique de l’enseignement et de la critique littéraires et introduit dans nos universités un paradigme nouveau, celui des «études culturelles et postcoloniales». Avant lui, chez nous, l’enseignement et la critique littéraires se faisaient dans un «rapport sacerdotal à des textes sacrés, sertis dans un canon, assortis des règles de leur lecture ritualisée et de leur interprétation».

Le changement de paradigme que Kom a opéré a fait sortir l’enseignement et la critique littéraire d’un enfermement et d’une répétition philologique creux ; l’approche postcoloniale qu’il a pratiquée toute sa carrière durant fait de la littérature un tremplin qui «nous révèle à nous-mêmes autant qu’ [il] met à nu les autres et notre commune condition». La perspective adoptée par Ambroise Kom lui permet ainsi d’identifier les «défis culturels» et de mettre à nu la «condition postcoloniale en Afrique». Pour lui, comme l’affirme Alain Patrice Nganang, «un critique ne rayonne pas seulement lorsque ses mots raisonnent dans des textes théoriques et philosophiques». «Pensés pour l’Afrique et même à partir de l’Afrique» les travaux que Kom entreprend et les enseignements qu’il dispense dévoilent «comment les formes des institutions héritées de la colonisation et jamais remises en question gouvernent la marche des institutions africaines actuelles». Tout l’enjeu et la finalité de ses travaux est de cesser de se soumettre «aux injonctions venues d’ailleurs, de rechercher et de trouver les principes permettant de bâtir une société à notre mesure».

D’un point de vue praxéologique et pragmatique Ambroise Kom a su faire de l’activité littéraire un «travail productif». On lui doit le monumental Dictionnaire des oeuvres littéraires négro-africaines de langue française qui fait autorité à travers le monde. Dans un univers où les préséances académiques sont sacrées, qu’Ambroise Kom ait pu coordonner et chaperonner en 1983 le travail de 92 universitaires et critiques littéraires du monde entier est un tour de force qui fait plus que forcer l’admiration ; ledit projet à par ailleurs été réédité avec le même brio par la publication du tome 2 du même dictionnaire. On doit aussi à Ambroise Kom d’avoir ressuscité la revue Présence francophone et d’avoir conduit de nombreux autres projets éditoriaux. Mais ce qui force le plus l’admiration dans la carrière d’Ambroise Kom, c’est non seulement le nombre de thèses qu’il a fait aboutir mais surtout le nombre de ses anciens étudiants qui «essaiment» en qualité d’enseignants respectés, les campus universitaires, en Afrique, en Europe et surtout en Amérique du Nord. Jadis lointaine et hors de notre portée de «docteurs tropicaux», l’Amérique est devenue un horizon proche et accessible sans complexe. Au demeurant, du double point de vue épistémologique et praxéologique, Ambroise Kom, pour reprendre l’expression de Césaire, est un «homme reculeur de bornes» !

Par Marcelin VOUNDA ETOA*
* Directeur des Editions CLE
Critique littéraire

 

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