A la retraite depuis quelques temps, il vient de sortir son premier album. –
Raymond Epoté. Le nom est révélateur. Epoté comme Denise, ancienne présentatrice vedette de la télévision nationale (Ctv puis Crtv). Mais, l’auteur de «Ekombo» pour illustrer l’adage selon lequel «c’est dans de vieille outres qu’on fait de la bonne sauce». En effet, ce titre, qui est d’ailleurs celui de l’album de huit titres est un makossa comme l’on savait le chanter dans les années 70 et 80.
La langue (le Duala) n’est pas accessible à tous. Mais, la mélodie accroche et pousse à écouter ou à mimer cette chanson dont la voix et les instruments forment une harmonie. D’ailleurs, Raymond Epoté, l’oncle paternel de la journaliste, du haut de son statut de diplomate, ministre plénipotentiaire hors échelle, s’abstient d’emprunter le créneau actuel, qui consiste à citer les noms des personnes dans ses chansons. Son message est plutôt profond.
«Ekombo eni nyama» (le pays en Duala selon l’auteur) est un diagnostic que fait le chanteur. «Le pays est en train de se gâter. Dans les familles, les enfants ne respectent plus leurs parents. Les hommes sortent avec les hommes, les femmes avec les femmes». Raymond semble tirer la sonnette d’alarme dans sa chanson en condamnant l’homosexualité. Il s’insurge, dans la même chanson, contre le népotisme, le favoritisme et tous les mauvais «ismes» qui minent la société camerounaise en particulier. «Dem sé», sa troisième chanson (traduction : les ont dit) est une dénonciation de l’infidélité.
Il constate que les femmes mariées font des enfants avec les «grands patrons». Mais, «est-ce que je vous ai envoyé contrôler mon épouse?» demande l’époux. Question pour le chanteur de relativiser l’infidélité. Car, il fait dire à l’époux dans la chanson: «Ne vous occupez pas de ma femme. Je sais pourquoi je l’ai épousée». Raymond Epoté explore plusieurs rythmes dans son album. Notamment le makossa, le bikutsi lorsqu’il rend hommage à Marc Vivien Foe, huit ans après sa disparition, le bolobo, le ngono et le bakaka. Un rythme bien connu dans le département du Moungo et que pratiquent Prince Ndedi Eyango, Charlotte Dipanda ou Erta. Il ne se contente pas d’inquiéter à travers ses conseils. Mais, il parle aussi d’amour. Bien qu’il chante juste pour se distraire, même s’il faut reconnaître que sa carrière de diplomate l’a empêché d’embrasser une carrière musicale, Raymond propose un disque au son appréciable. La pochette trahit heureusement cette qualité des musiciens qui lui ont donné un coup de main. D’abord, le saxophoniste, Alain Oyono, présenté aujourd’hui comme l’héritier de Manu Dibango joue sa partition ; Achille Evina, programmateur musical bien connu du milieu du bikutsi a arrangé l’album, comme il l’a déjà fait pour Lady Ponce. D’ailleurs, Raymond Epoté souligne que « la programmation est impérative aujourd’hui car, le son est clair et net ». Et la mélodie reste celle d’hier avec son originalité, sans ambition commerciale.
Justin Blaise Akono
