La Camerounaise présente son projet de réalisation de dessins animés à partir des contes issus de la tradition orale africaine.
Propos recueillis par Zénabou Nkouandou (stagiaire) – Vous avez décidé de mettre sur pied un projet de dessins animés à partir des contes issus de la tradition orale de 17 pays d’Afrique noire francophone. Quelles sont vos motivations ?
Il faut savoir que je suis descendante des gardiens de la tradition orale depuis 22 générations. J’ai travaillé à la télévision au Cameroun dans les années 1993-1995 dans le cadre d’une émission d’animation pour enfants. En partant du Cameroun pour la France, j’avais décidé de faire un autre type d’émission pour les enfants. J’avais déjà l’idée d’être une conteuse avec beaucoup d’enfants du monde entier autour de moi. Un jour, dans une bibliothèque, je suis tombée sur un livre écrit par Olivier Nkot, dont le titre est "Il était une fois un dessin animé". Le livre parle des dessins animés dans le monde entier et en particulier en Afrique. Je me suis rendue compte que beaucoup de pays africains n’étaient même pas à leur premier dessin animé. Cette fois-là, j’ai plutôt pensé à restituer les contes en dessin animé. J’ai donc fait ma sélection dans 17 pays d’Afrique noire francophone.
Pourquoi avoir agit en filtre sélectif, pourtant le continent africain compte 53 pays?
Je précise que je suis francophone. Nécessairement pour la première partie, j’ai privilégié les pays d’Afrique noire francophone. C’est-à-dire le Mali, le Gabon, le Burundi, le Togo, le Tchad, la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Congo Brazzaville, le Cameroun, le Rwanda, le Sénégal, le Niger, etc.
Pouvons-nous avoir une idée sur les auteurs des contes sélectionnés ?
Globalement, les auteurs sont aujourd’hui décédés. Il s’agit des prêtres pour la plupart, étant donné qu’ils étaient vraiment disponibles pour collecter les contes des pays dans lesquels ils se trouvaient. Je prends l’exemple du prêtre burundais André Raponda Walker, ainsi que du Camerounais Gabriel M’fomo. Parmi les auteurs, il y a les écrivains maliens : Amadou Ampâté Bâ et Sidibé Mambi. Contre toute attente, il y a aussi les hommes politiques. Il s’agit de Mukulumanya Wa N’gah, actuellement sénateur en Rdc. Paul Akoto Yao, actuellement à la tête d’un parti politique en Côte d’Ivoire. Egalement le belge Firmen Rodegem.
Qu’est-ce qui justifie le choix de l’auteur belge Firmen Rodegem, alors que vous souhaitez réaliser des contes issus de la tradition orale africaine?
Cet auteur belge est l’une des rares exceptions dans mon projet. Il est décédé au Burundi et il y est enterré. Etant donné q’au Burundi on parle plus le Kirundi, les contes sont beaucoup plus écrits en Kirundi. J’ai donc demandé que les contes soient traduits en langue française. Une demande a été faite dans ce sens à l’Unesco. Firmen Rodegem, pour y avoir vécu, a pris la peine de faire quelques traductions en langue française.
Vous avez pour cible les jeunes de 7 à 11 ans. Ne pensez-vous pas que les Africains des autres tranches d’âge aient besoin de s’imprégner de la tradition orale de leur continent ?
Il faut savoir que les contes issus de la tradition orale africaine étaient dis sans distinction d’âge. Seulement, j’ai un projet de télévision, et les télévisions fonctionnent par tranche, d’âge. Je me suis donc arrêtée aux contes de 7 à 11 ans. C’est-à-dire ceux qui ciblent les chaînes de télévision précises. En général d’ailleurs, les dessins animés plaisent à tout le monde. Un Homme de 50 ans peut donc suivre. On ne va pas rabrouer ceux qui ont plus de 11 ans.
De quelles ressources disposez-vous donc ?
J’ai un producteur, qui m’est d’un grand apport. Le deuxième apport sera celui de la chaîne de télévision que nous n’avons pas encore trouvée. L’accord du principe de production n’a été donné qu’il y a un mois. Il s’agit de AAA Production, basée à paris (France) depuis 1975. En dehors de la réalisation, qui, probablement, sera française, je compte aussi sur différents sponsors, étant donné que c’est un projet panafricain qui a été symboliquement soutenu par tous ces pays-là. J’ai les 17 signatures de tous les ministres. Ce serait quand même plus logique que l’Afrique donne un apport. J’ai déjà contacté le Centre de traditions orales de l’Union africaine et toutes les négociations sont en cours.
Avec le fait que la production et peut-être la réalisation soient françaises, ne pensez-vous pas qu’il puisse avoir une transplantation de la vision occidentale sur les contes à reproduire?
Je vis en France depuis très longtemps. Il faut dire qu’en Afrique il n’y a pas beaucoup de maisons de production de dessins animés. Je suis donc obligée de fonctionner avec des Français. Je souhaiterais qu’il y ait une co-production africaine. Le co-producteur doit pouvoir travailler avec des chaînes de télévision. Alors, est-ce que sur place en Afrique, il y a des personnes formées en dessins animés ? Je suis en train de prospecter. Les dessins animés c’est aussi la musique. Est-ce que l’Afrique peut servir dans ce sens-là ? C’est vrai que l’Afrique participe beaucoup, mais le dessin animé reste encore très occidental.
L’aboutissement du projet pourrait intervenir à quelle date?
Nous sommes en train de réunir tous les financements. Une fois que les financements seront collectés, nous nous donnons un maximum de trois ans, à compter du jour ou nous les avons obtenus, pour que tout le travail soit achevé.
