Contrairement à ce qui se passe sous d’autres cieux, où un projet de réaménagement du gouvernement, au lendemain d’une élection ou non, fait l’objet de discussions entre principaux responsables du parti (même si on laisse au chef une marge de manœuvre)
Par Alain B. Batongué – Où les profils sont plus ou moins connus en fonction des parcours et des combats pour le triomphe des idées de la formation politique en question, il a été loisible de constater, peu après l’accession de Paul Biya à la magistrature suprême, que l’exercice de réorganisation du gouvernement est de son ressort exclusif, même si, par moment, il lui est arrivé de consulter quelques personnes, sans toujours systématiquement tenir compte de leur avis. Ce qui peut sembler normal dans le cadre d’un régime présidentialiste fort, où le chef a été promu au rang de représentant de Dieu sur terre.
Le réaménagement ministériel de vendredi dernier a donné lieu de confirmer cette règle. Pas seulement par l’ampleur du nombre de ministres partants, mais surtout par le fait que la cohérence de la logique des départs était difficile à établir. Et comme le faisait remarquer un chroniqueur : sanctionnait-on des ministres qui avaient mal travaillé ? A ce moment, on aurait constaté qu’il y en avait à qui on pouvait difficilement reprocher quelque chose. C’est le cas, entre autres, de Ebénézer Njoh Mouelle.
Voilà donc un Monsieur qui a gravi pratiquement tous les échelons dans sa carrière d’enseignant de philosophie, qui a connu tous les paliers dans sa carrière politique sanctionnée par un poste de secrétaire général du comité central du Rdpc, qui a été député à l’Assemblée nationale, qui a consigné l’essentiel de son expérience aussi bien comme homme politique que comme enseignant ou citoyen tout court à travers divers livres dont le plus récent a été dédicacé il y a quelques semaines.
C’est ce monsieur qui, après une carrière administrative de haut fonctionnaire bien remplie, avait pris sa place dans le train paisible des retraités, que Paul Biya est allé chercher le 22 septembre de l’année dernière, pour en faire le ministre de la Communication. Son éclectisme, son humilité et sa soif d’apprendre malgré son âge y ont probablement été pour quelque chose.
Et ses dispositions d’esprit l’ont surtout aidé à avoir un passage apaisé à la tête du Mincom où on trouverait peu de gens à lui reprocher quoi que ce soit. Sans doute y a-t-il des dossiers dont la gestion échappe au commun des mortels dans ce ministère. Mais pour le peu qu’il a été loisible de suivre, il a toujours opposé sa bonne foi, le sens de la logique et sa volonté de conciliation dans le traitement des problèmes qui ont été soumis à sa diligence. L’affaire autour du conseil national de la publicité ? Il a dû expliquer, après plusieurs hypothèses émises dans la presse, qu’il fallait simplement attendre le nettoyage des textes sur le fonctionnement de l’institution, demandé par les acteurs. Et dès que le Pm a signé lesdits textes, il a procédé à la convocation des administrateurs.
L’histoire retiendra également que l’épineux dossier des licences des radios et télévisions privées, commencé par Jacques Fame Ndongo et poursuivi par Pierre Moukoko Mbonjo, a connu un premier épilogue pendant son passage, avec l’attribution de licences à deux radios et deux chaînes de télévision privées, sans qu’il y ait autour une odeur de scandale. Enfin, sans prêcher pour sa propre chapelle, c’est encore lui qui a ajouté une voix aussi décisive que de modération à la crise vécue par la South Media Corporation au sujet des titres Mutations et Situations, et qui a permis l’avancée décisive ayant conduit à la signature, il y a une semaine, d’un protocole de règlement définitif de la crise.
Il y a sans doute d’autres raisons discrétionnaires ayant entraîné son départ du gouvernement. Mais son passage au Mincom, si bref soit-il, n’a pas empêché de remarquer qu’il était un homme exceptionnel, qui mérite un hommage particulier. Que nous lui rendons de bonne grâce, en souhaitant la bienvenue au nouveau Mincom, dont l’impressionnant parcours et la formation de base feront davantage croître l’espoir des journalistes et tous les autres acteurs du monde de la Communication. L’hommage rendu spontanément au premier par le second, sitôt la cérémonie protocolaire d’installation achevée, n’est-elle pas un bon présage ?
