Home ARCHIVES Douala : Emeutes au collègue bilingue la Maturité

Douala : Emeutes au collègue bilingue la Maturité

by
0 comments

Après que des élèves soient entrés en transe, des jeunes du quartier Bépanda ont mis l’établissement scolaire à sac.
Lazare Kolyang et Eric Roland Kongou – La nouvelle a vite couru et s’est répandue comme une traînée de poudre. D’abord à Bépanda, ensuite dans toute la ville ce mercredi 17 septembre aux environs de 8heures. Des parents et curieux courent vers le collège bilingue de la Maturité situé dans le prolongement du lieu dit "Fin Goudron Defosso". Dans un autre sens, des élèves quittent les lieux. Les premiers taxis sortent de l’établissement, avec à leurs bords des enfants ayant vraisemblablement perdu connaissance. Le mouvement s’intensifie et touche de plus en plus d’élèves. Leur évacuation soulève des cris de compassion, et de colère. De loin, on aperçoit divers objets sortis des bâtiments du Collège. Au troisième niveau de l’immeuble qui abrite quelques bureaux administratifs, une épaisse fumée assombrit l’atmosphère. Ce qui n’empêche pas quelques jeunes du quartier Bépanda de défoncer les portes à coup de gourdins.

Dans la foulée, ordinateurs, ventilateurs, matériel bureautique sont éventrés et balancés dans la cour. Les portes et les fenêtres en fer forgé des salles sont arrachées tels des feuilles de papier par de gros bras. Trois foyers d’incendies sont allumés. Un amas du matériel bureautique calcine sous un feu ardent. Dans un coin de la cour, deux véhicules que certains témoins disent appartenir au principal et à l’économe du collège, brûlent sous les regards des badauds, mais aussi ceux des premiers policiers et gendarmes arrivés sur les lieux. Une barricade constituée de tables bancs est dressée devant l’entrée principale du collège. Dans la cour, un badaud invite à changer de cap: "Tous les élèves qui veulent aller brûler la maison de Waffo [le fondateur du collège, ndlr], venez avec moi. C’est trop! Déjà deux morts", mentionne une pancarte portée par ce jeune homme. Au quartier Grand Moulin, situé non loin de là, un groupe de jeunes qui menaçaient d’incendier le domicile de Pierre Waffo est dissuadé de justesse.

Odeur
Vers 10h, soit près de deux heures après le début des événements, arrive un impressionnant déploiement des forces de l’ordre, un contingent de policiers anti-émeutes du Gmi n°2. Les sapeurs pompiers, quant à eux, vont éteindre les foyers d’incendies. Le préfet du Wouri, Bernard Atebede, le délégué départemental des Enseignements secondaires du Wouri, Jean Jules Ebongue Ngoh, et d’autres personnalités de Douala, vont arriver quelques instants plus tard. Voilà pour les faits. Sur l’origine de cette émeute survenue dans ce quartier populaire de Douala, les sources ne sont pas avares en déclarations.
" Le fondateur est arrivé ce matin, chose qui n’était jamais arrivée depuis le début de cette année scolaire. Il a trouvé des élèves qui n’avaient pas payé les cartes d’accès bloqués dehors. Il a ouvert le portail et les enfants sont entrés. Aussitôt il a refermé la porte. Dès qu’il est ressorti, on a senti une forte odeur qui se dégageait, c’était comme une odeur de vidange de Wc", explique un élève qui établit une relation de cause à effet. C’est pratiquement la même version des faits qui est narrée par la majorité des élèves interrogés.

Certains enseignants corroborent cette thèse d’une mauvaise odeur qui serait "sortie du véhicule du fondateur M. Waffo", selon les révélations de Dany Kegne, élève en classe de 1ère A4. Même si certains enseignants, qui ont requis l’anonymat, ne croient pas à la version ainsi répandue, celle d’un gaz qui aurait été distillé, (de quelle manière?) par le fondateur de l’établissement, M. Waffo, par ailleurs président de "Enfance joyeuse du Cameroun". "C’est vrai que nous avons tous ressenti une mauvaise odeur", reconnaît un enseignant qui dispensait des cours dans l’une des Secondes G. Ce dernier entreprend aussitôt de démonter ce qu’il considère déjà comme une machination bien orchestrée. "Le fondateur est arrivé ce matin. Il a eu une séance de travail avec le staff administratif, je ne sais pas de quoi il était question au cours de cette rencontre. Mais bien avant, j’avais déjà aperçu certains élèves de l’une des classes de Première G dans la cour, avec des sifflets, qui s’agitaient. Ce sont les mêmes, déjà armés d’appareils photos, qui sont rentrés dans les salles de classes demander aux enfants de sortir. J’ai même été empoigné par l’un d’eux qui m’a intimé l’ordre d’arrêter les cours", témoigne un enseignant sous les regards de certains de ses collègues.

Parmi ces derniers, une enseignante penche déjà pour des cas d’asthme. "Parmi les filles qui sont tombées, il y a trois qui font souvent de crise d’asthme. Nous avons souvent demandé les contacts de leurs parents, elles n’ont jamais donné", indique t-elle. A peine a-t-elle fini de s’exprimer qu’un autre enseignant arrive en annonçant trois autres cas, des filles, en classe de Terminale D1.
Le bilan de la chaude matinée d’hier fait état d’une vingtaine d’élèves qui sont "tombés". Pas seulement des filles, mais aussi de garçons. Certains ont subi des séances d’exorcisme dans la cour de la paroisse Saint Jean de Deido. Une demi-douzaine a aussi été évacuée à l’hôpital de district du même quartier, avant d’être conduits vers l’hôpital Laquintinie. Vers midi, un calme précaire régnait sur Bépanda. Alors que les parents des quelque 2000 élèves du collège bilingue la Maturité sont encore à réfléchir sur le sort de leurs enfants.

You may also like

Leave a Comment

Our Company

Lorem ipsum dolor sit amet, consect etur adipiscing elit. Ut elit tellus, luctus nec ullamcorper mattis.

Newsletter

Laest News

@2021 – All Right Reserved. Designed and Developed by PenciDesign