Le critique d’art souligne que l’option des guest-stars ne suffit pas toujours à accrocher les cinéphiles. –
A votre avis, qu’est-ce qui pourrait motiver un cinéaste à recourir au jeu d’un artiste musicien pour son film ?
Au Cameroun, l’apparition des artistes musiciens dans les films obéit principalement à une approche marketing. Et la prestation de ces artistes n’est pas convaincante. Parmi les films où sont intervenus les artistes musiciens, on peut apprécier la performance de Papa Wemba dans le long métrage « Les habits neufs du gouverneur », sorti en 2009. Peut-être il y impressionne parce que le film en lui-même a été inspiré de son histoire à lui. « Les habits neufs du gouverneur » est un bel exemple de comédie. Meiwey est également appréciable dans son premier film « Docteur folie ». Bien évidemment, on ne parlera pas du Nollywood (industrie cinématographique nigérian ndlr)
Sur le plan local, notamment au Cameroun, à quand pourrait remonter cet intérêt des réalisateurs pour les guest stars ?
On peut tout d’abord constater que le Cameroun n’a pas une riche expérience de comédie musicale, ni celle d’un cinéma faisant intervenir des vedettes de la musique locale. Toutefois, on pourrait reconnaître à Alphonse Béni d’avoir impulser ce courant en réalisant le film « Anna Makossa », sorti en 1988. Un film que la jeune génération de cinéphiles n’a malheureusement pas eu l’occasion de voir sur grand écran. On peut mentionner également le film documentaire de Jean Marie Teno intitulé « Bikutsi water blues », réalisé avec les membres des « Têtes brûlées », notamment leur talentueux guitariste Zanzibar, comme principal acteur. Dans les années 2000, Alphonse Béni revient à ses anciennes amours en faisant intervenir des artistes musiciens connus dans ses films. Les cinéphiles découvrent ainsi « La déchirure 2 » avec Sergeo Polo, Marole Tchamba dans les seconds rôles.
Comment comprendre la participation de Dinaly par exemple dans un long métrage de Daniel Kamwa. Pourtant, on ne lui connaît pas d’expérience de comédienne ?
La musique de ce film a été réalisée par le défunt époux de Dinaly, le regretté Tom Yom’s. On pourrait faire le lien en se disant que le réalisateur voulait faire d’une pierre deux coups dans un souci de visibilité de son ?uvre. D’autant plus que le public aime voir les stars à l’écran. Et dans un contexte camerounais où la musique semble l’art majeur, il est toujours intéressant pour les fans de découvrir une autre facette de leur artiste musicien. C’est d’ailleurs pour cela que les films « Les Coopérants » et «Quartier Mozart» ont connu un grands succès à l’époque parce qu’ils font intervenir des vedettes du petit écran. On a ainsi pu voir Michelle Makake, Lucien Mamba (tous deux journalistes défunts), Jean Vincent Tchienehom sur grand écran.
La musique peut-elle porter le cinéma camerounais qui actuellement semble tituber ?
A partir des histoires ou des destins de stars ou des chanteurs ayant pignon sur rue, on peu en effet intéresser les cinéphiles. Le public ne demande qu’à consommer ce qui est bien. Mais le tout n’est pas de faire passer des stars de façon incognito dans un film. Il importe au réalisateur ou au producteur de mûrir le projet d’écriture et de réalisation. De le rendre assez porteur, non seulement à l’échelle locale, mais aussi à l’international.
Propos recueillis par M.N.M
