mardi, février 17, 2026
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André Kwa Nganguè : journaliste au long court

by mboasawa
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Le patriarche André Nganguè s’en est allé laissant tous ceux qui l’ont connu pantois.

Avec lui se confirme la sentence du sage Hamadou Hampaté Bâ selon laquelle “ un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle ”. Il serait prétentieux de parler de ce patriarche qui s’est éteint dimanche 7 septembre vers 17 heures à l’hôpital général de Douala. En raison de ses multiples facettes. Il faut dire que son absence à la dernière assemblée générale du Ngondo, il y a seulement quelques semaines a suscité quelques interrogations, voire des inquiétudes sur sa santé. Car malgré son âge avancé, il savait rassembler ce qui lui restait d’énergie pour donner le ton aux grands rassemblements du Ngond’a Sawa.
De sa voix de stentor, il savait faire résonner “Ekwa muato !” Il n’avait pas besoin de haut-parleur pour se faire entendre. Il va vraiment manquer non seulement aux Bonambela (Akwa) dont il est le natif de Bonebong mais à l’ensemble de la communauté sawa.
Le vieux qui disparaît ainsi à l’âge respectable de 88 ans – c’est sur son lit de malade qu’il a atteint ce cap le 14 août dernier – a été le mentor de la plupart des hommes et femmes de médias qui oscillent aujourd’hui entre 55 et 70 ans pour ceux qui sont encore dans la profession. Ses reportages des matches de football au stade Mbappè Lepé (à l’époque le mythique stade Akwa) étaient de véritables régals. Comme animateur, notamment présentateur du “concert des auditeurs” ou “disque demandé”, il était orfèvre.

Comme Roule-ta-bille
Dans la profession, André Nganguè était un homme-orchestre. C’est dans ce sens qu’il traitait de tous les sujets avec une grande aisance. Servi dans son travail par une verve dont il avait le secret et dont avait hérité le premier de ses enfants : le confrère Henri Bandolo de regrettée mémoire.
Certes, le père Nganguè avait du talent. Mais un talent alimenté par un sens du travail ardu avec lequel il ne lésinait pas. Tous ceux qui ont travaillé à ses côtés en savent quelque chose. Tant il était plus généreux en critiques qu’en compliments. Nous comprendrons plus tard qu’il voulait laisser à la postérité des émules dignes de lui, qui font honneur au métier.
Si nous étions dans la marine André Kwa Nganguè serait un navigateur au long court. Après des études primaires et secondaires dans les établissements catholiques (école Saint Jean-Bosco, séminaires d’Edéa, Akono et Mvolyé) une maladie lui ferme les portes de la prêtrise. Il frappe à celle de l’enseignement. C’est par-là qu’il entre dans la vie active. Mais son amour pour les lettres et la parole l’attire ailleurs. Il entre dans l’administration sur concours dans le corps des écrivains-interprètes. Puis il lorgne les Ptt où il est aussi admis sur concours. A l’avènement de la Radiodiffusion du Cameroun dans les années 50, il est appelé à y exercer comme pigiste. Il explose et ses supérieurs français lui offrent une bourse du ministère du Travail pour une formation de journaliste en France.
C’est ainsi qu’il fait partie de l’une des premières cuvées des journalistes camerounais de radio après les Auguste Moutongo Black, Pierre Mabe, Mouasso Priso, Jacques Moudiki, Daniel Amio Priso… De stage en stage à la Société radiophonique de la France d’Outre-mer (Sarafom), à l’Office de coopération radiophonique (Ocora) il augmente ses connaissances professionnelles qui lui assurent une brillante et élogieuse carrière. De chef de programmes de Radio-Douala, il sera promu chef de station, puis délégué provincial de l’information et de la culture pour le Littoral et l’Ouest. Il est admis à faire valoir ses droits à la retraite après le congrès de l’Unc de Bafoussam en 1980.

Des faits d’arme
Dans une interview accordée au Magazine In’Mag de Dominik Fopoussi, il relève que trois événements ont marqué sa vie professionnelle : “ En 1959, je suis le seul journaliste africain accrédité au palais de l’Elysée pour couvrir la passation de service entre les présidents René Coty et Charles De Gaulle ”. La même année, se souvient-il, il est invité à la table du Souverain Pontife. “ Le Pape Jean XXIII, impressionné par ma verve et mon sens intellectuel, m’a invité à sa table ”, confie-t-il avec une pointe de gloriole. C’était aussi cela le personnage. “ Eh oui, Monsieur, si ce n’est pas de la béatification, ça y ressemble ! ” s’en réjouit-il.
Un autre de ses coups médiatiques reste l’interview qu’il a réalisé en 1960 avec M. Dag Hammarskjöld, secrétaire général de l’Onu venu au Cameroun pour la proclamation de l’indépendance de notre pays.
Voilà un peu le parcours professionnel de ce vénérable aîné qui a quitté la scène il y a une trentaine d’années mais qui a toujours été disponible chaque fois que son expérience et ses immenses connaissances étaient sollicitées. Avant que la maladie ne le cloue au lit, il orientait les pronostics des parieurs des courses de chevaux sur les ondes d’une radio de la place. En dépit des récriminations qu’il nourrissait vis-à-vis de ses enfants et petits-enfants dans le métier “ Les journalistes d’aujourd’hui, surtout ceux de la radio, sont trop attirés par le gain, au détriment de la déontologie, alors que leurs conditions de travail sont très favorables. ” Les journalistes d’aujourd’hui feraient selon lui, “un bruit tintammaresque” ”, a-t-il conclut. Conflit de génération ? A écouter et à suivre les uns et les autres dans leurs prestations quotidiennes, il y a de quoi opiner du bonnet. Une chose est certaine, au milieu de l’ivraie, existe du froment. Mais une dent cariée pourrit toute une bouche. C’est parce qu’il a aimé ce métier et qu’il l’a pratiqué dans l’honneur et la dignité qu’il n’épargne pas ses critiques les plus acerbes aux moutons noirs du troupeau. De plus en plus nombreux de nos jours.

André Ngangue
Patriarche, chrétien et déjà immortel

André Ngangue a de la religion, et cela s’explique. Il est le descendant d’un certain Andréas Kwa Mbangué, le père de sa mère, Jeanne Ngangué, née Kwa Mbangué. Andréas Kwa Mbangué, son grand-père maternel fut le premier chrétien catholique camerounais, baptisé en Allemagne en 1889. Il sera à l’origine de la pénétration du catholicisme au Cameroun. C’est lui, en effet, qui conduit les Pallotins de la ville de Lienberg avec lesquels il crée l’église de Marienberg, la mère de l’église catholique dans notre pays. Cette foi va déteindre sur sa descendance. Ici on cultive une espèce de rigorisme. Malgré la fréquentation des Occidentaux, les unions mixtes sont interdites. Et ce n’est pas du racisme, mais du “nationalisme”. On épouse exclusivement des compatriotes.
Dans cette famille, on est aussi traditionaliste de père en fils. Et André Ngangué l’est jusqu’au bout des ongles. Après s’être intéressé à sa culture pendant des années uniquement comme chercheur, il finit par se faire initier. Accédant ainsi au cercle des gardiens de secrets. Quand il fête ses 70 ans, il est coopté parmi les 27 personnalités les plus puissantes des Sawa : un cercle plus fermé encore, celui des patriarches, un Eyum’a moto. A ce titre, il lui est conféré le pouvoir de protéger la tribu, en vertu de son sens de perfectionnement et de maîtrise de l’histoire. Il a ainsi accès, en plus du monde visible, à celui qui est invisible au commun des mortels. Ce qui lui permet de communiquer avec les morts ou les divinités de l’eau, les miengu, détenteurs de pouvoirs mystiques. Jusqu’à sa mort, André Ngangué est resté dans le saint des saints, qui est déjà une espèce d’immortalité.
Source : In’Mag
 

Par Jacques Doo Bell

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André Kwa Nganguè : journaliste au long court

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Le patriarche André Nganguè s’en est allé laissant tous ceux qui l’ont connu pantois.

Avec lui se confirme la sentence du sage Hamadou Hampaté Bâ selon laquelle “ un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle ”. Il serait prétentieux de parler de ce patriarche qui s’est éteint dimanche 7 septembre vers 17 heures à l’hôpital général de Douala. En raison de ses multiples facettes. Il faut dire que son absence à la dernière assemblée générale du Ngondo, il y a seulement quelques semaines a suscité quelques interrogations, voire des inquiétudes sur sa santé. Car malgré son âge avancé, il savait rassembler ce qui lui restait d’énergie pour donner le ton aux grands rassemblements du Ngond’a Sawa.
De sa voix de stentor, il savait faire résonner “Ekwa muato !” Il n’avait pas besoin de haut-parleur pour se faire entendre. Il va vraiment manquer non seulement aux Bonambela (Akwa) dont il est le natif de Bonebong mais à l’ensemble de la communauté sawa.
Le vieux qui disparaît ainsi à l’âge respectable de 88 ans – c’est sur son lit de malade qu’il a atteint ce cap le 14 août dernier – a été le mentor de la plupart des hommes et femmes de médias qui oscillent aujourd’hui entre 55 et 70 ans pour ceux qui sont encore dans la profession. Ses reportages des matches de football au stade Mbappè Lepé (à l’époque le mythique stade Akwa) étaient de véritables régals. Comme animateur, notamment présentateur du “concert des auditeurs” ou “disque demandé”, il était orfèvre.

Comme Roule-ta-bille
Dans la profession, André Nganguè était un homme-orchestre. C’est dans ce sens qu’il traitait de tous les sujets avec une grande aisance. Servi dans son travail par une verve dont il avait le secret et dont avait hérité le premier de ses enfants : le confrère Henri Bandolo de regrettée mémoire.
Certes, le père Nganguè avait du talent. Mais un talent alimenté par un sens du travail ardu avec lequel il ne lésinait pas. Tous ceux qui ont travaillé à ses côtés en savent quelque chose. Tant il était plus généreux en critiques qu’en compliments. Nous comprendrons plus tard qu’il voulait laisser à la postérité des émules dignes de lui, qui font honneur au métier.
Si nous étions dans la marine André Kwa Nganguè serait un navigateur au long court. Après des études primaires et secondaires dans les établissements catholiques (école Saint Jean-Bosco, séminaires d’Edéa, Akono et Mvolyé) une maladie lui ferme les portes de la prêtrise. Il frappe à celle de l’enseignement. C’est par-là qu’il entre dans la vie active. Mais son amour pour les lettres et la parole l’attire ailleurs. Il entre dans l’administration sur concours dans le corps des écrivains-interprètes. Puis il lorgne les Ptt où il est aussi admis sur concours. A l’avènement de la Radiodiffusion du Cameroun dans les années 50, il est appelé à y exercer comme pigiste. Il explose et ses supérieurs français lui offrent une bourse du ministère du Travail pour une formation de journaliste en France.
C’est ainsi qu’il fait partie de l’une des premières cuvées des journalistes camerounais de radio après les Auguste Moutongo Black, Pierre Mabe, Mouasso Priso, Jacques Moudiki, Daniel Amio Priso… De stage en stage à la Société radiophonique de la France d’Outre-mer (Sarafom), à l’Office de coopération radiophonique (Ocora) il augmente ses connaissances professionnelles qui lui assurent une brillante et élogieuse carrière. De chef de programmes de Radio-Douala, il sera promu chef de station, puis délégué provincial de l’information et de la culture pour le Littoral et l’Ouest. Il est admis à faire valoir ses droits à la retraite après le congrès de l’Unc de Bafoussam en 1980.

Des faits d’arme
Dans une interview accordée au Magazine In’Mag de Dominik Fopoussi, il relève que trois événements ont marqué sa vie professionnelle : “ En 1959, je suis le seul journaliste africain accrédité au palais de l’Elysée pour couvrir la passation de service entre les présidents René Coty et Charles De Gaulle ”. La même année, se souvient-il, il est invité à la table du Souverain Pontife. “ Le Pape Jean XXIII, impressionné par ma verve et mon sens intellectuel, m’a invité à sa table ”, confie-t-il avec une pointe de gloriole. C’était aussi cela le personnage. “ Eh oui, Monsieur, si ce n’est pas de la béatification, ça y ressemble ! ” s’en réjouit-il.
Un autre de ses coups médiatiques reste l’interview qu’il a réalisé en 1960 avec M. Dag Hammarskjöld, secrétaire général de l’Onu venu au Cameroun pour la proclamation de l’indépendance de notre pays.
Voilà un peu le parcours professionnel de ce vénérable aîné qui a quitté la scène il y a une trentaine d’années mais qui a toujours été disponible chaque fois que son expérience et ses immenses connaissances étaient sollicitées. Avant que la maladie ne le cloue au lit, il orientait les pronostics des parieurs des courses de chevaux sur les ondes d’une radio de la place. En dépit des récriminations qu’il nourrissait vis-à-vis de ses enfants et petits-enfants dans le métier “ Les journalistes d’aujourd’hui, surtout ceux de la radio, sont trop attirés par le gain, au détriment de la déontologie, alors que leurs conditions de travail sont très favorables. ” Les journalistes d’aujourd’hui feraient selon lui, “un bruit tintammaresque” ”, a-t-il conclut. Conflit de génération ? A écouter et à suivre les uns et les autres dans leurs prestations quotidiennes, il y a de quoi opiner du bonnet. Une chose est certaine, au milieu de l’ivraie, existe du froment. Mais une dent cariée pourrit toute une bouche. C’est parce qu’il a aimé ce métier et qu’il l’a pratiqué dans l’honneur et la dignité qu’il n’épargne pas ses critiques les plus acerbes aux moutons noirs du troupeau. De plus en plus nombreux de nos jours.

André Ngangue
Patriarche, chrétien et déjà immortel

André Ngangue a de la religion, et cela s’explique. Il est le descendant d’un certain Andréas Kwa Mbangué, le père de sa mère, Jeanne Ngangué, née Kwa Mbangué. Andréas Kwa Mbangué, son grand-père maternel fut le premier chrétien catholique camerounais, baptisé en Allemagne en 1889. Il sera à l’origine de la pénétration du catholicisme au Cameroun. C’est lui, en effet, qui conduit les Pallotins de la ville de Lienberg avec lesquels il crée l’église de Marienberg, la mère de l’église catholique dans notre pays. Cette foi va déteindre sur sa descendance. Ici on cultive une espèce de rigorisme. Malgré la fréquentation des Occidentaux, les unions mixtes sont interdites. Et ce n’est pas du racisme, mais du “nationalisme”. On épouse exclusivement des compatriotes.
Dans cette famille, on est aussi traditionaliste de père en fils. Et André Ngangué l’est jusqu’au bout des ongles. Après s’être intéressé à sa culture pendant des années uniquement comme chercheur, il finit par se faire initier. Accédant ainsi au cercle des gardiens de secrets. Quand il fête ses 70 ans, il est coopté parmi les 27 personnalités les plus puissantes des Sawa : un cercle plus fermé encore, celui des patriarches, un Eyum’a moto. A ce titre, il lui est conféré le pouvoir de protéger la tribu, en vertu de son sens de perfectionnement et de maîtrise de l’histoire. Il a ainsi accès, en plus du monde visible, à celui qui est invisible au commun des mortels. Ce qui lui permet de communiquer avec les morts ou les divinités de l’eau, les miengu, détenteurs de pouvoirs mystiques. Jusqu’à sa mort, André Ngangué est resté dans le saint des saints, qui est déjà une espèce d’immortalité.
Source : In’Mag
 

Par Jacques Doo Bell

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Le patriarche André Nganguè s’en est allé laissant tous ceux qui l’ont connu pantois.

Avec lui se confirme la sentence du sage Hamadou Hampaté Bâ selon laquelle “ un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle ”. Il serait prétentieux de parler de ce patriarche qui s’est éteint dimanche 7 septembre vers 17 heures à l’hôpital général de Douala. En raison de ses multiples facettes. Il faut dire que son absence à la dernière assemblée générale du Ngondo, il y a seulement quelques semaines a suscité quelques interrogations, voire des inquiétudes sur sa santé. Car malgré son âge avancé, il savait rassembler ce qui lui restait d’énergie pour donner le ton aux grands rassemblements du Ngond’a Sawa.
De sa voix de stentor, il savait faire résonner “Ekwa muato !” Il n’avait pas besoin de haut-parleur pour se faire entendre. Il va vraiment manquer non seulement aux Bonambela (Akwa) dont il est le natif de Bonebong mais à l’ensemble de la communauté sawa.
Le vieux qui disparaît ainsi à l’âge respectable de 88 ans – c’est sur son lit de malade qu’il a atteint ce cap le 14 août dernier – a été le mentor de la plupart des hommes et femmes de médias qui oscillent aujourd’hui entre 55 et 70 ans pour ceux qui sont encore dans la profession. Ses reportages des matches de football au stade Mbappè Lepé (à l’époque le mythique stade Akwa) étaient de véritables régals. Comme animateur, notamment présentateur du “concert des auditeurs” ou “disque demandé”, il était orfèvre.

Comme Roule-ta-bille
Dans la profession, André Nganguè était un homme-orchestre. C’est dans ce sens qu’il traitait de tous les sujets avec une grande aisance. Servi dans son travail par une verve dont il avait le secret et dont avait hérité le premier de ses enfants : le confrère Henri Bandolo de regrettée mémoire.
Certes, le père Nganguè avait du talent. Mais un talent alimenté par un sens du travail ardu avec lequel il ne lésinait pas. Tous ceux qui ont travaillé à ses côtés en savent quelque chose. Tant il était plus généreux en critiques qu’en compliments. Nous comprendrons plus tard qu’il voulait laisser à la postérité des émules dignes de lui, qui font honneur au métier.
Si nous étions dans la marine André Kwa Nganguè serait un navigateur au long court. Après des études primaires et secondaires dans les établissements catholiques (école Saint Jean-Bosco, séminaires d’Edéa, Akono et Mvolyé) une maladie lui ferme les portes de la prêtrise. Il frappe à celle de l’enseignement. C’est par-là qu’il entre dans la vie active. Mais son amour pour les lettres et la parole l’attire ailleurs. Il entre dans l’administration sur concours dans le corps des écrivains-interprètes. Puis il lorgne les Ptt où il est aussi admis sur concours. A l’avènement de la Radiodiffusion du Cameroun dans les années 50, il est appelé à y exercer comme pigiste. Il explose et ses supérieurs français lui offrent une bourse du ministère du Travail pour une formation de journaliste en France.
C’est ainsi qu’il fait partie de l’une des premières cuvées des journalistes camerounais de radio après les Auguste Moutongo Black, Pierre Mabe, Mouasso Priso, Jacques Moudiki, Daniel Amio Priso… De stage en stage à la Société radiophonique de la France d’Outre-mer (Sarafom), à l’Office de coopération radiophonique (Ocora) il augmente ses connaissances professionnelles qui lui assurent une brillante et élogieuse carrière. De chef de programmes de Radio-Douala, il sera promu chef de station, puis délégué provincial de l’information et de la culture pour le Littoral et l’Ouest. Il est admis à faire valoir ses droits à la retraite après le congrès de l’Unc de Bafoussam en 1980.

Des faits d’arme
Dans une interview accordée au Magazine In’Mag de Dominik Fopoussi, il relève que trois événements ont marqué sa vie professionnelle : “ En 1959, je suis le seul journaliste africain accrédité au palais de l’Elysée pour couvrir la passation de service entre les présidents René Coty et Charles De Gaulle ”. La même année, se souvient-il, il est invité à la table du Souverain Pontife. “ Le Pape Jean XXIII, impressionné par ma verve et mon sens intellectuel, m’a invité à sa table ”, confie-t-il avec une pointe de gloriole. C’était aussi cela le personnage. “ Eh oui, Monsieur, si ce n’est pas de la béatification, ça y ressemble ! ” s’en réjouit-il.
Un autre de ses coups médiatiques reste l’interview qu’il a réalisé en 1960 avec M. Dag Hammarskjöld, secrétaire général de l’Onu venu au Cameroun pour la proclamation de l’indépendance de notre pays.
Voilà un peu le parcours professionnel de ce vénérable aîné qui a quitté la scène il y a une trentaine d’années mais qui a toujours été disponible chaque fois que son expérience et ses immenses connaissances étaient sollicitées. Avant que la maladie ne le cloue au lit, il orientait les pronostics des parieurs des courses de chevaux sur les ondes d’une radio de la place. En dépit des récriminations qu’il nourrissait vis-à-vis de ses enfants et petits-enfants dans le métier “ Les journalistes d’aujourd’hui, surtout ceux de la radio, sont trop attirés par le gain, au détriment de la déontologie, alors que leurs conditions de travail sont très favorables. ” Les journalistes d’aujourd’hui feraient selon lui, “un bruit tintammaresque” ”, a-t-il conclut. Conflit de génération ? A écouter et à suivre les uns et les autres dans leurs prestations quotidiennes, il y a de quoi opiner du bonnet. Une chose est certaine, au milieu de l’ivraie, existe du froment. Mais une dent cariée pourrit toute une bouche. C’est parce qu’il a aimé ce métier et qu’il l’a pratiqué dans l’honneur et la dignité qu’il n’épargne pas ses critiques les plus acerbes aux moutons noirs du troupeau. De plus en plus nombreux de nos jours.

André Ngangue
Patriarche, chrétien et déjà immortel

André Ngangue a de la religion, et cela s’explique. Il est le descendant d’un certain Andréas Kwa Mbangué, le père de sa mère, Jeanne Ngangué, née Kwa Mbangué. Andréas Kwa Mbangué, son grand-père maternel fut le premier chrétien catholique camerounais, baptisé en Allemagne en 1889. Il sera à l’origine de la pénétration du catholicisme au Cameroun. C’est lui, en effet, qui conduit les Pallotins de la ville de Lienberg avec lesquels il crée l’église de Marienberg, la mère de l’église catholique dans notre pays. Cette foi va déteindre sur sa descendance. Ici on cultive une espèce de rigorisme. Malgré la fréquentation des Occidentaux, les unions mixtes sont interdites. Et ce n’est pas du racisme, mais du “nationalisme”. On épouse exclusivement des compatriotes.
Dans cette famille, on est aussi traditionaliste de père en fils. Et André Ngangué l’est jusqu’au bout des ongles. Après s’être intéressé à sa culture pendant des années uniquement comme chercheur, il finit par se faire initier. Accédant ainsi au cercle des gardiens de secrets. Quand il fête ses 70 ans, il est coopté parmi les 27 personnalités les plus puissantes des Sawa : un cercle plus fermé encore, celui des patriarches, un Eyum’a moto. A ce titre, il lui est conféré le pouvoir de protéger la tribu, en vertu de son sens de perfectionnement et de maîtrise de l’histoire. Il a ainsi accès, en plus du monde visible, à celui qui est invisible au commun des mortels. Ce qui lui permet de communiquer avec les morts ou les divinités de l’eau, les miengu, détenteurs de pouvoirs mystiques. Jusqu’à sa mort, André Ngangué est resté dans le saint des saints, qui est déjà une espèce d’immortalité.
Source : In’Mag
 

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André Kwa Nganguè : journaliste au long court

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Le patriarche André Nganguè s’en est allé laissant tous ceux qui l’ont connu pantois.

Avec lui se confirme la sentence du sage Hamadou Hampaté Bâ selon laquelle “ un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle ”. Il serait prétentieux de parler de ce patriarche qui s’est éteint dimanche 7 septembre vers 17 heures à l’hôpital général de Douala. En raison de ses multiples facettes. Il faut dire que son absence à la dernière assemblée générale du Ngondo, il y a seulement quelques semaines a suscité quelques interrogations, voire des inquiétudes sur sa santé. Car malgré son âge avancé, il savait rassembler ce qui lui restait d’énergie pour donner le ton aux grands rassemblements du Ngond’a Sawa.
De sa voix de stentor, il savait faire résonner “Ekwa muato !” Il n’avait pas besoin de haut-parleur pour se faire entendre. Il va vraiment manquer non seulement aux Bonambela (Akwa) dont il est le natif de Bonebong mais à l’ensemble de la communauté sawa.
Le vieux qui disparaît ainsi à l’âge respectable de 88 ans – c’est sur son lit de malade qu’il a atteint ce cap le 14 août dernier – a été le mentor de la plupart des hommes et femmes de médias qui oscillent aujourd’hui entre 55 et 70 ans pour ceux qui sont encore dans la profession. Ses reportages des matches de football au stade Mbappè Lepé (à l’époque le mythique stade Akwa) étaient de véritables régals. Comme animateur, notamment présentateur du “concert des auditeurs” ou “disque demandé”, il était orfèvre.

Comme Roule-ta-bille
Dans la profession, André Nganguè était un homme-orchestre. C’est dans ce sens qu’il traitait de tous les sujets avec une grande aisance. Servi dans son travail par une verve dont il avait le secret et dont avait hérité le premier de ses enfants : le confrère Henri Bandolo de regrettée mémoire.
Certes, le père Nganguè avait du talent. Mais un talent alimenté par un sens du travail ardu avec lequel il ne lésinait pas. Tous ceux qui ont travaillé à ses côtés en savent quelque chose. Tant il était plus généreux en critiques qu’en compliments. Nous comprendrons plus tard qu’il voulait laisser à la postérité des émules dignes de lui, qui font honneur au métier.
Si nous étions dans la marine André Kwa Nganguè serait un navigateur au long court. Après des études primaires et secondaires dans les établissements catholiques (école Saint Jean-Bosco, séminaires d’Edéa, Akono et Mvolyé) une maladie lui ferme les portes de la prêtrise. Il frappe à celle de l’enseignement. C’est par-là qu’il entre dans la vie active. Mais son amour pour les lettres et la parole l’attire ailleurs. Il entre dans l’administration sur concours dans le corps des écrivains-interprètes. Puis il lorgne les Ptt où il est aussi admis sur concours. A l’avènement de la Radiodiffusion du Cameroun dans les années 50, il est appelé à y exercer comme pigiste. Il explose et ses supérieurs français lui offrent une bourse du ministère du Travail pour une formation de journaliste en France.
C’est ainsi qu’il fait partie de l’une des premières cuvées des journalistes camerounais de radio après les Auguste Moutongo Black, Pierre Mabe, Mouasso Priso, Jacques Moudiki, Daniel Amio Priso… De stage en stage à la Société radiophonique de la France d’Outre-mer (Sarafom), à l’Office de coopération radiophonique (Ocora) il augmente ses connaissances professionnelles qui lui assurent une brillante et élogieuse carrière. De chef de programmes de Radio-Douala, il sera promu chef de station, puis délégué provincial de l’information et de la culture pour le Littoral et l’Ouest. Il est admis à faire valoir ses droits à la retraite après le congrès de l’Unc de Bafoussam en 1980.

Des faits d’arme
Dans une interview accordée au Magazine In’Mag de Dominik Fopoussi, il relève que trois événements ont marqué sa vie professionnelle : “ En 1959, je suis le seul journaliste africain accrédité au palais de l’Elysée pour couvrir la passation de service entre les présidents René Coty et Charles De Gaulle ”. La même année, se souvient-il, il est invité à la table du Souverain Pontife. “ Le Pape Jean XXIII, impressionné par ma verve et mon sens intellectuel, m’a invité à sa table ”, confie-t-il avec une pointe de gloriole. C’était aussi cela le personnage. “ Eh oui, Monsieur, si ce n’est pas de la béatification, ça y ressemble ! ” s’en réjouit-il.
Un autre de ses coups médiatiques reste l’interview qu’il a réalisé en 1960 avec M. Dag Hammarskjöld, secrétaire général de l’Onu venu au Cameroun pour la proclamation de l’indépendance de notre pays.
Voilà un peu le parcours professionnel de ce vénérable aîné qui a quitté la scène il y a une trentaine d’années mais qui a toujours été disponible chaque fois que son expérience et ses immenses connaissances étaient sollicitées. Avant que la maladie ne le cloue au lit, il orientait les pronostics des parieurs des courses de chevaux sur les ondes d’une radio de la place. En dépit des récriminations qu’il nourrissait vis-à-vis de ses enfants et petits-enfants dans le métier “ Les journalistes d’aujourd’hui, surtout ceux de la radio, sont trop attirés par le gain, au détriment de la déontologie, alors que leurs conditions de travail sont très favorables. ” Les journalistes d’aujourd’hui feraient selon lui, “un bruit tintammaresque” ”, a-t-il conclut. Conflit de génération ? A écouter et à suivre les uns et les autres dans leurs prestations quotidiennes, il y a de quoi opiner du bonnet. Une chose est certaine, au milieu de l’ivraie, existe du froment. Mais une dent cariée pourrit toute une bouche. C’est parce qu’il a aimé ce métier et qu’il l’a pratiqué dans l’honneur et la dignité qu’il n’épargne pas ses critiques les plus acerbes aux moutons noirs du troupeau. De plus en plus nombreux de nos jours.

André Ngangue
Patriarche, chrétien et déjà immortel

André Ngangue a de la religion, et cela s’explique. Il est le descendant d’un certain Andréas Kwa Mbangué, le père de sa mère, Jeanne Ngangué, née Kwa Mbangué. Andréas Kwa Mbangué, son grand-père maternel fut le premier chrétien catholique camerounais, baptisé en Allemagne en 1889. Il sera à l’origine de la pénétration du catholicisme au Cameroun. C’est lui, en effet, qui conduit les Pallotins de la ville de Lienberg avec lesquels il crée l’église de Marienberg, la mère de l’église catholique dans notre pays. Cette foi va déteindre sur sa descendance. Ici on cultive une espèce de rigorisme. Malgré la fréquentation des Occidentaux, les unions mixtes sont interdites. Et ce n’est pas du racisme, mais du “nationalisme”. On épouse exclusivement des compatriotes.
Dans cette famille, on est aussi traditionaliste de père en fils. Et André Ngangué l’est jusqu’au bout des ongles. Après s’être intéressé à sa culture pendant des années uniquement comme chercheur, il finit par se faire initier. Accédant ainsi au cercle des gardiens de secrets. Quand il fête ses 70 ans, il est coopté parmi les 27 personnalités les plus puissantes des Sawa : un cercle plus fermé encore, celui des patriarches, un Eyum’a moto. A ce titre, il lui est conféré le pouvoir de protéger la tribu, en vertu de son sens de perfectionnement et de maîtrise de l’histoire. Il a ainsi accès, en plus du monde visible, à celui qui est invisible au commun des mortels. Ce qui lui permet de communiquer avec les morts ou les divinités de l’eau, les miengu, détenteurs de pouvoirs mystiques. Jusqu’à sa mort, André Ngangué est resté dans le saint des saints, qui est déjà une espèce d’immortalité.
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Par Jacques Doo Bell

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Afrique, la rock alternative

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Tendance. Foals, Vampire Weekend, Yeasayer… Plusieurs groupes anglo-saxons dans le vent puisent une partie de leurs influences sur le continent noir. Ambient, new wave ou punk croisent hi-life et afro-beat.
MATHILDE CARTON –

Quand l’Upper West Side new-yorkais fraie avec le souk congolais, et qu’Oxford titille la polyrythmie ghanéenne, l’underground délocalise ses oreilles sur le continent africain pour mieux satisfaire sa soif de fraîcheur musicale. On avait connu la prise d’assaut de la péninsule indienne avec Asian Dub Foundation et la redoutable M.I.A, fusionnant electro, drum n’bass, jungle, avec un zeste de folklore indo-pakistanais. Ailleurs, les Brésiliens CSS et Bonde do Rolê ont mis à l’ordre du jour le funk carioca.

Polyrythmie. Mais alors que les promoteurs de ces fusions culturelles avaient tous plus ou moins un pied sur leur continent d’origine avant de s’exporter en Occident, voici cette fois l’exubérante polyrythmie africaine véhiculée par des gamins bercés par le rock indé, britannique ou américain. Kora sénégalaise, souk congolais, kuduro angolais, benga kenyan… les genres abondent. A l’origine de ces dérives : le hi-life. Né au Ghana et en Sierra Leone dans les années 20,c’est la première fusion entre mélodies occidentales et rythmiques tribales, combinant cuivres jazzy, guitare, batterie, basse, harmonica et accordéon. Des groupes comme The Tempos et The Black Beats ont contribué à populariser le hi-life dans les années 50, avant qu’il n’aboutisse à l’afrobeat ou au juju.

Aujourd’hui conjugué au post-punk (Foals), partie prenante d’un patchwork ambient (Yeasayer) ou encore choyé par quelques guitares (Vampire Weekend), le hi-life n’en est pourtant pas à sa première introduction dans l’indé occidental. Cités comme références, Paul Simon et son multiprimé Graceland – enregistré en plein apartheid à Johannesburg, précurseur de la world music -, David Byrne des Talking Heads, le producteur Brian Eno, ou, plus récemment, Damon Albarn, le leader de Blur, qui multiplie notamment les échanges avec le Mali. «On a tous grandi pendant que la planète rapetissait, autant sur un aspect économique que culturel : les médias nous donnent accès à n’importe quel endroit du monde en cliquant sur deux boutons», explique Ira Wolf Tuton, guitariste de Yeasayer. Et la curiosité fait le reste pour retrouver la matière première : radios, blogs, vieux disquaires… et enseignement supérieur. Comme pour Joanna Newsom, étudiante en musicologie, bien vite obsédée par les progressions de la kora et de la harpe africaines ; ou encore Ian Eagleson, docteur en ethnomusicologie kenyane, cofondateur du groupe Extra Golden.

Quand les érudits prolongent leurs recherches sur scène, d’autres se fient au hasard. «Sans le savoir, on jouait déjà de la guitare d’une façon assez similaire au hi-life , résume Yanis Philippakis, le chanteur de Foals. En fait, on cherchait juste quelque chose de nouveau à incorporer dans notre musique.» De fait, autoproclamés «vampires culturels», ces têtes chercheuses qui viennent de sortir leur premier album tentent le grand écart entre Tom Petty, Marvin Gaye, Mulatu Astatke et Konono n°1.

Contours. «Le défi, c’est de partir de ce patchwork d’influences pour faire quelque chose de nouveau avec. On essaie simplement d’élargir notre inspiration dans le but de réinterpréter ce que l’on voit comme étant de la musique pop», explique Ira Wolf Tuton. Le hi-life permet alors de redessiner les contours de la pop. Yannis Philippakis, de Foals, revendique cependant une démarche «plus intuitive» : «On aime créer à partir de textures disparates, fusionner des éléments culturellement différents dans un format pop. Créer quelque chose qui continue de communiquer à un niveau non intellectuel, en utilisant parfois des références occultes.»

Mystique. «Les communautés cherchent à partager une émotion particulière et, pour ce faire, combinent leurs forces pour donner à cette émotion une intensité de plus en plus grande. C’est ce qui m’excite avec la voix, l’idée de communier»,expose encore Ira Wolf Tuton, au nom de Yeasayer. Mais la connotation mystique ne séduit pas tous les groupes de néo-afro-pop, à commencer par Vampire Weekend. «Il faut veiller à ne pas opposer un Occident logique et moderne, au reste du monde, ancien et superstitieux», développe Ezra Koenig, chanteur du groupe américain, qui vient d’ailleurs d’enregistrer une chanson avec Esau Mwamwaya, du Malawi ( «il était vraiment très ouvert d’esprit»). De même, Foals a collaboré avec les Antibalas Afrobeat Orchestra et Ira Wolf Tuton se déclare durablement marqué par un voyage effectué jadis en Tunisie («une expérience incroyable») .

Louanges. Les groupes afro-pop se partagent aujourd’hui les louanges médiatiques, à l’image de Vampire Weekend, auréolé avant même la sortie de son premier album, arrivé dans les bacs que depuis quelques semaines. La bannière de cette mouvance, foncièrement disparate sur la forme (ambient, new wave, folk, souk, punk…), se justifie avant tout par une démarche similaire d’ouverture d’esprit, d’innovation musicale et un fonds rythmique et vocal tiré du hi-life, donnant une forme d’enthousiasme susceptible de faire chavirer les scènes occidentales.

*Foals CD : Antidotes (Transgressive/Warner), en concert le 16 avril au Trabendo, 75019, le 17 au Printemps de Bourges. Vampire WeekenD CD : Vampire Weekend (XL/Beggars) Yeasayer CD : All Hour Cymbals (We are free)

Liberation.fr

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