Une lettre récemment adressée aux médias contient la dénonciation du député de la Manyu.
Le député Rdpc d’Akwaya dans la Manyu Ayah Paul Abine a publié la semaine dernière une réflexion au sujet du projet diffus d’élection présidentielle anticipée que l’on prête au Rdpc dont les militants ont multiplié ces dernières semaines des appels en vue de faire rempiler Paul Biya au palais de l’Unité. "Permettez-moi de le dire une fois encore : il ne peut y avoir d’élection présidentielle anticipée au Cameroun de par la Constitution révisée qui ne prévoit que trois hypothèses", soutient le député en rupture de ban avec son parti depuis son refus de voter la révision de la Constitution d’avril 2008 qui avait fait sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels.
Les auteurs de la Constitution, rappelle M. Ayah, ont certainement limité les possibilités pour le président en exercice d’user de cette prérogative pour qu’il ne puisse pas, comme un chasseur en "embuscade", prendre le meilleur sur de potentiels candidats qu’il surprendrait en fixant à une date qui lui plairait la tenue du scrutin. "Il n’est pas possible d’être plus équitable", conclut le député. De fait, relève-t-il, le président de la République n’est pas mort alors que son mandat était encore en cours. Il n’a point démissionné de ses fonctions. Dernière hypothèse : le Conseil constitutionnel n’a pas constaté que le président en exercice est dans l’incapacité d’assumer ses charges.
Dans l’hypothèse de la réalisation d’une de ces conditions, le président du Sénat (dont le rôle est joué par le président de l’Assemblée nationale jusqu’à la mise en route de la deuxième chambre du parlement) aurait alors pu se saisir du pouvoir qui lui est reconnu par la Constitution afin d’organiser dans "les 120 jours qui suivent " l’incident. En dehors de ces hypothèses, il ne peut en aucune manière se produire un événement qui aurait pour conséquence institutionnelle la présidentielle anticipée. Même pas une guerre qui se déroulerait sur le territoire national, souligne encore – comme pour le déplorer, la lettre du député Ayah.
L’élu de la Manyu martèle avec force arguments l’inanité d’une proposition ou d’une réflexion en vue d’anticiper la présidentielle. Pour autant, demandera l’opinion au magistrat habitué au Common law : "And so what ?" L’extraordinaire de la situation résiderait d’après Ayah Paul Abine dans l’emballement médiatique de certains organes d’information qui relayent ou divulguent au moyen des personnes auxquelles ils donnent la parole, l’idée que l’élection présidentielle devrait être tenue avant le terme légalement prévu. "Ces gens dans leur toute puissance déclarent que les journalistes brillent sur terre comme le soleil dans les cieux", assure le député frondeur qui a été désigné par ses collègues de l’opposition comme étant le seul élu de la majorité qui ose interroger sérieusement le gouvernement.
N’empêche, l’indignation de M. Ayah n’est pas étayée par des accusations plus précises qui montreraient du doigt tel politique ou tel média. Cependant, elle confirme bien l’idée qu’une élection présidentielle, dans les milieux du pouvoir, n’est pas exclue. Pourtant, la lettre adressée aux médias condamne sans appel les soutiens à une élection anticipée pour remplacer Paul Biya avant octobre 2011. Les mots sont même d’une dureté inhabituelle dans le landernau politique au sujet de ces personnes : "Il est difficile de comprendre qu’un intellectuel camerounais se comporte comme un âne dès lors qu’il lui est miroité un billet de 500 francs " afin de soutenir l’idée que ce qui est clair comme l’éventualité constitutionnelle d’une élection anticipée pour le remplacement du président de la République.
Jean Baptiste Ketchateng
