Ils sont trois Camerounais, tous artistes photographes professionnels. La direction artistique des Rencontres africaines de photographie de Bamako a sectionné leurs œuvres parmi les quelque 5 mille travaux reçus pour faire partie de la section officielle de Bamako 2009. Angèle Etoundi Essomba, la quarantaine révolue est certainement la plus expérimentée de tous. Cette grande dame de la photographie contemporaine qui fait pratiquement le tour du monde à travers des expositions photographiques les plus courues est venue présenter dans la capitale malienne une série de photographies sur le thème de la femme qu’elle développe depuis quelques années.
En fait, il s’agit d’un travail inspiré de deux voyages effectués par l’artiste en 2006 et 2007 à Zanzibar. On y voit dans la première image neuf femmes enveloppées de robes noires suspendues sur des pierres qui forment l’entrée d’une grotte. Elles ont le même regard, et sur chaque visage, on lie une certaine mélancolie, davantage un stress de vivre. Dans les deux images qui suivent la mise en scène du travail de Angèle Etoundi Essomba, on retrouve les mêmes femmes. Cette fois, elles ont le dos tourné et regardent l’horizon dans le lointain de la mer dont la couleur ici est verte. Avant de s’asseoir sur la plage, toujours tout de blanc vêtus, dans une attitude d’écoute silence d’un être transcendant qui leur parle non seulement de vive voix, mais également de cœur à cœur. Les autres photos sont des monos, une dame qui porte une robe noire avec un intérieur rouge et qui marche sur la plage.
Le message de l’artiste tend à faire comprendre que « la femme est la matrice du monde. C’est elle qui est la gardienne de notre identité, c’est elle qui transmet les valeurs culturelles et les connaissances traditionnelles et c’est elle qui sert de pont entre la tradition et la modernité », explique Angèle Etoundi Essomba. Bref, un hymne de célébration de la dignité de la femme, de sa vitalité, de sa dignité de mère qui donne la vie, et mer qui prend la vie. On se bouscule pratiquement au Palais de la culture de Bamako depuis samedi dernier que les Rencontres africaines de photographie ont démarré au pays de Amadou Toumani Touré.
Le deuxième Camerounais dont l’œuvre fait mouche en ce moment à Bamako est Guy Wouete. L’artiste qui avait déjà fait sensation à la dernière Biennale de l’art contemporain de Dakar au Sénégal est venu dans la capitale malienne avec une œuvre vidéo intitulée « Volcano ». Contrairement à Angèle Etoundi Essomba dont l’œuvre est beaucoup complexe pour les nombreux visiteurs de l’exposition panafricaine, Guy Wouete, a choisi de dire les choses crûment. La critique nigérienne de l’art contemporain, Bisi Silva, qui était littéralement séduite entre autres par le talent de l’artiste le lui a un peu reproché. Mais Guy Wouete est resté dans sa démarche : « Je n’ai pas voulu faire dans l’intellectualisme. Je suis un artiste et je traite d’un sujet grave » lance-t-il pendant l’échange que nous avons eu au Musée national du Mali ce 10 novembre 2009 en après-midi.
Sur la vidéo défile des images de la tête d’un homme couché et regardant le ciel. D’abord le visage en question est serein. Puis subitement, il se met à sortir de sa bouche du feu et des laves tel un volcan qui dormait, et qui est subitement entré en activité. « Je m’interroge sur la guerre, le désastre humanitaire auquel elle a conduit et ses graves conséquences sur la nature, sur les questions d’intégralité et d’absence de démocratie dans les gouvernements de nos pays du Sud. Je pense à mon pays le Cameroun. Et je dis qu’il faut se méfier des pays dits en paix comme le nôtre. Car les jeunes sont en train de partir parce que les vieux à la fois, corrompus et qui ont une attitude prédatrice ne veulent pas partir. Il faut donc faire attention. »
Le même sujet est traité par Balthelemy Toguo (voir interview). Depuis qu’il est arrivé, à Bamako venant de France pour les Rencontres photographiques, on l’appelle « Monsieur le Président ». Cela fait suite à son travail constitué de trois photographies où il met en orbite le comportement de certains leaders africains sur l’exploitation de la forêt et la mauvaise gouvernance de leur pays qui conduit des milliers de jeunes à l’exil. Un travail très apprécié, au regard de la popularité dont jouit ce fils de Bandjoun dans les coulisses du festival consacré à la photographie.
Rendu à son quatrième jour, les Rencontres africaines de la photographie de Bamako vont dévoiler ce 11 novembre les différentes récompenses. En attendant, hier 10 novembre, Paul Kagamé, président de la République du Rwanda qui a effectué pendant deux jours une visite d’Etat au Mali a vécu (il est vrai à distance) cette fête de la photographie africaine. Son homologue Amadou Toumani Touré lui a certainement fait goûter dans le luxueux salon de l’hôtel Laïco Amitié où il a résidé, et où se déroule aussi une exposition, le bonheur que procure une photographie artistiquement bien travaillée.
jean.francois.channon
