Coordonnateur scientifique d’un colloque sur les littératures francophones, il juge la consommation des ouvrages littéraires.
Propos recueillis par Jean Baptiste Ketchateng – Vous venez de coordonner un colloque sur le thème de la critique et de la réception des littératures francophones. Dans l’environnement culturel camerounais, comment peut-on observer la critique ?
La critique dévoile au public les mécanismes de fonctionnement d’une œuvre, cette activité là se déploie de façon dense dans notre environnement immédiat. Elle se déploie davantage dans les pays francophones du nord, puisque notre colloque est dans l’univers de la Francophonie. En vérité, le critique lui-même est un lecteur. Mais c’est un lecteur expert, c’est-à-dire qu’il a plus d’expérience que le commun des lecteurs. Son rôle est d’emmener les autres qui sont moins compétents à comprendre que si tel livre est structuré de telle ou telle façon, cela pourrait signifier telle ou telle chose.
Dans notre environnement, on a remarqué après la longue léthargie des années 1990, qu’il y a un retour, une sorte de mise en mouvement des campus universitaires et que les critiques littéraires font véritablement leur travail. Ça fonctionne donc bien, il y a des débats aux centres culturels français, à l’université, il y a la Ronde des poètes. La critique est même actualisée compte tenu des évolutions récentes des sciences de la littérature et du langage.
Et que direz-vous de la réception des ouvrages par le public ?
En Afrique, le volet de la réception est moins dense parce qu’il n’y a pas véritablement un marché de la lecture. Qui lit au Cameroun ? Qui peut se procurer une œuvre pour la lire ? Très peu de gens parce que livre est un produit commercial, il est vendu et il faut pouvoir l’acheter. Les gens lisent quelques photocopies mais ce n’est pas cela la lecture. Je peux même vous dire qu’au département de français [de l’université de Yaoundé 1] que des étudiants de première année ne lisent que les œuvres qui sont au programme. Pourtant, ils devraient lire un maximum d’œuvres pour se forger leur propre vision du monde, leur propre expérience de la lecture.
En parler dans un colloque signifie que l’on pense à des solutions…
Il y a deux volets de la réception. Le premier volet c’est comment le public reçoit les œuvres qu’elles soient produites par des écrivains nationaux ou internationaux. Cet aspect-là n’est pas très présent. L’autre volet, c’est qu’à la sortie d’une œuvre, un journal comme le vôtre l’annonce dans sa page consacrée à la culture. C’est notoire chez nous. C’est par la recension dans les journaux que cette réception là se fait.
Au niveau universitaire, l’étude du comportement du lecteur par rapport à l’œuvre qu’il reçoit consiste encore en un tâtonnement parce que les critères n’ont pas été bien définis auparavant.
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