Pour ceux qui ont suivi les mouvements de Kah Walla ces derniers mois, sa déclaration de candidature pour l’élection présidentielle 2011, déclamée vendredi dernier au cours d’un meeting politique fort suivi à Yaoundé est loin d’être une surprise. Au cours d’une interview accordée à votre journal et publiée le 13 septembre dernier, elle évoquait déjà, au sein de la formation politique dont elle était encore membre et responsable de stratégie, la possibilité de candidature autre que celle du Chairman John Fru Ndi à la prochaine élection présidentielle, ne cachant d’ailleurs pas les divergences qui existaient entre le patron du parti et elle, au sujet de la conduite à tenir par rapport aux inscriptions sur les listes électorales.
Dans le même entretien, alors que l’intervieweur lui demandait son avis sur une candidature féminine, elle répondit : «Le Cameroun a besoin d’une vraie rupture avec le système opprimant que nous avons actuellement. Mais le sexe de la candidate ne garantit rien. Les Camerounaises et les Camerounais doivent choisir cette fois non pas sur la base des apparences et des belles paroles, mais sur les actes et le bilan du candidat ou de la candidate. Quels sont ses principes et valeurs ? Comment cela s’exprime-t-il au quotidien ? Quels sont les actes posés en tant qu’acteur politique, en tant qu’acteur de développement ? (…)»
Le fossé s’est davantage creusé lorsque, un mois plus tard, le 12 octobre dernier, elle publiait une tribune libre dans nos colonnes où elle devenait plus précise : «2011 est notre prochain rendez-vous avec l’Histoire. Nous le savons. C’est le tour de notre génération ; il est l’heure pour nous. Porter ce combat, nous le devons. Nous le devons à nos ancêtres et nous le devons à nos enfants. Il est l’heure ! La seule question que chacun de nous doit se poser est « quel est mon rôle ?», «quelle est ma tâche ?»
Une semaine après son passage à une émission de grande audience sur Canal 2 international où elle indiquait déjà sa candidature à l’investiture par le Sdf, Kah Walla a donc franchi le pas, probablement précipitée par la tournure prise par les événements au sein de la formation politique où elle dit avoir milité depuis ses débuts en 1990, des procédures d’exclusion dont elle contestait par ailleurs la légalité ayant été engagées contre elle.
Kah Walla candidate à l’élection présidentielle 2011, faut-il s’en réjouir ? Manifestement oui. C’est une candidature sérieuse, venant d’une personnalité dont l’âge, les idées et le positionnement entre le militantisme politique et l’activisme par la société civile font, d’une certaine manière, un bon profil pour cette joute aussi attendue. Même si elle précise que le sexe n’a pas d’importance, il faut indiquer que, venant après une autre candidature sérieuse féminine dans un pays comme la Côte d’Ivoire –Jacqueline Lohouès Oble a en effet décidé de défier les caciques de la politique ivoirienne dimanche prochain- elle portera, par ce fait même, beaucoup d’aspirations et de nombreux sentiments de fierté refoulés auprès de la gente féminine qui constitue toujours, au plan statistique, la majorité de la population.
Certes, qui veut aller loin ménage sa monture : mais Kah Walla n’a-t-elle pas engagé la bataille trop tôt ? Elle aura des défis à relever durant ces douze mois qui nous séparent de la bataille finale. L’ex responsable des Stratégies du Sdf, qui sait combien il est difficile sinon impossible de postuler autrement que dans un cadre partisan, devra rapidement en trouver une pour porter sa candidature. Et si elle reste encore vague sur ses intentions, entre la création d’une formation politique –les délais sont de plus en plus courts- et son adoubement par un conglomérat de partis, elle devra en même temps travailler à soigner ses prochaines sorties médiatiques, afin qu’on ne retienne pas l’image de quelqu’un qui n’a pas eu assez de patience pour respecter la discipline du parti ou sacrifier, au moins temporairement, son propre ego et ses ambitions, dans un parti qui, cahin-caha, a déjà eu à organiser des primaires avant une élection présidentielle.
Doit-on voir par ailleurs dans la candidature de Kah Walla, comme certains le murmurent déjà, la main du pouvoir pour fragiliser davantage un Sdf déjà miné par de nombreuses contradictions et qui, en 20 ans d’existence, a perdu l’essentiel de sa superbe ? Ce serait trop facile et, surtout, faire injure à la personnalité et aux idées de Kah Walla qui, dans sa démonstration, ne ménage pas le système en place. Objectivement, on ne peut même pas dire que la situation arrange véritablement le parti Etat qui s’est toujours appuyé sur une stratégie d’épouvantail Sdf qui crédibilise l’élection. Mais on ne peut pas nier que l’administration a encouragé le récent déploiement, à travers diverses autorisations que beaucoup d’autres formations et mouvements politiques n’ont pas obtenues lorsqu’elles envisageaient des manifestations contre le pouvoir.
Kah Walla a tiré la première salve. Au vu et au su de tous. Elle ne peut plus reculer. Elle se sait désormais observée. Cela devrait, on l’espère, lui donner encore plus de forces pour aller jusqu’au bout.
Par Alain B. Batongué
