Bamougoum a accueilli le site ancestral le week-end dernier dans la ferveur. –
Un air de fête a soufflé sur le village, renforcé par le port élégant, dans des milieux culturels de Bamougoum, de tenues zébrées. Une image attrayante de la dernière sortie du »Nekang », cérémonie d’initiation qui a uni environ de milliers d’âmes, ressortissants ou non de ce groupement peuplé d’environ 80.000 personnes. Et dont l’une des éditions s’est clôturée le 30 mai dernier à la place des fêtes de la chefferie dudit village dans une sorte de symbiose. Rien n’a dénaturé les bases d’une culture qui puise ses racines dans les profondeurs d’une histoire qui date de 1403. Bamougoum a creusé dans son passé pour revivre les moments forts d’un rite qui n’a d’égal que la puissance de sa mystique.
Le geste, le regard ou le sourire, tout cela compte. Parce que les initiés, près un millier de garçons âgés de six à quinze ans, et même plus -quand on n’a pas été initié au départ-, glissent dans la chanson comme dans l’espace : "Rite d’initiation des jeunes et de purification du royaume, le Nekang devient de plus en plus un symbole de bénédiction, de réconciliation et d’ouverture sur l’extérieur", explique le chef supérieur Bamougoum, S.M. Jacques Fotso Kankeu, gardien de ce patrimoine séculaire. On ne tarde donc pas à comprendre que c’est l’apothéose d’un long stade bloqué de neuf semaines, au cours duquel jeunes et adultes sont entrés en communion avec leurs ancêtres. Entre-temps, toutes les activités sont suspendues dans le village. Pas un cri de deuil, pas un son de balafon, pas une trace de houe. Il faut attendre quelques semaines pour secouer la grosse calebasse emplie de vin de raphia. C’est aussi le moment pour la vieille garde de remettre son fusil traditionnel à l’épaule, pour la conquête d’autres espaces. Etant donné entendu que le village vient d’être purifié par l’immolation d’une chèvre.
Purification
La scène se déroule devant le gouverneur de la région de l’Ouest, où le sang qui en sort est aspergé dans les alentours pour chasser un éventuel démon. Bamougoum se sépare des habitants diaboliques, causes de tous les maux : mauvaises récoltes, décès suspects, banditisme etc. le sentiment de solidarité refait surface dans les cœurs qui commençaient déjà à en manquer. "Nous constatons effectivement que la culture est l’âme d’un peuple. Je comprends donc que c’est important d’initier les enfants et les plus grands pour assurer la relève. Le peuple Bamougoum et les autres l’ont démontré à plusieurs occasions pour des besoins de conservation de leur culture", apprécie Calvin Foinding, député et vice-président à l’Assemblée nationale.
Le son de tam-tam retentit d’une case traditionnelle. Le moment tant attendu arrive. Il y a un monde fou. La méditation s’arrête, dès lors que qu’on amorce la phase cruciale de la parade. Les danseurs du »Nekang » sortent de leur cachette, pour exhiber leurs parures. Il n’y a que des notables et autres dignitaires pour l’exécuter. Des gens qui partent d’un bout à l’autre, dans un rang qui se perd dans l’autre extrémité, sans que l’on sache où il commence. Le chef supérieur Bamougoum conduit lui-même les troupes. Le pied gauche doit être levé ace dextérité. Afin de traduire tout le sens qu’on veut donner au »Nekang ». Une trentaine de ses pairs, chefs traditionnels, apprécient le geste. Ils sont venus de tous les autres villages : Bandjoun, Bafou, Bafoussam, Bamendjou, Bameka, Bapa, Baham etc.
Les reines, une trentaine identifiée, n’ont pas trahi le secret dans une vaste cour colorée, où elles exposent des chefs-d’œuvre architecturaux tels que des statues bardées de perles. Le festival du Nekang qui se veut biennal offre aux visiteurs une culture riche et variée. Ceux qui y étaient reviendront sans doute en 2011 pour perpétrer ce que les ancêtres Bamougoum ont exposé en leur temps. La participation au Nekang est obligatoire pour les natifs Bamougoum. Surtout que celui qui ne s’initie pas ne reçoit aucun honneur. D’où le souci des jeunes, pour accéder à l’échelle socio-traditionnelle supérieure, de se prendre en charge, d’être courageux devant les épreuves. Et de devenir des hommes.
Michel Ferdinand
