Le travail artistique multimédia que l’artiste propose, depuis jeudi, à la galerie Mam, est une réflexion sur les exigences de la mondialisation. –
Entre peinture, sculpture, vidéo, le visiteur se perdrait de prime à bord dans les méandres de la galerie Mam, à Bonanjo, où, Achillékà, une fois encore, a montré un autre visage de lui dans l’expression artistique.
" Barrières ", son exposition, dont le vernissage a eu lieu jeudi dans cette galerie, sous le parrainage de la fondation Mtn, est un tout dans un, pour une exploration visible de l’inaccessible. Et la multitude de visiteurs ayant pris part au dit vernissage en ont eu pour leur compte.
Six œuvres grandeur nature, dignes d’une recherche artistique poussée et même osée. En témoigne cette sculpture monumentale à l’entrée de la galerie, faite de 25 lattes noires alignées les unes après les autres. Une haie perméable, avec en arrière plan, une forêt de palmiers royaux. C’est d’ailleurs ladite sculpture, baptisée " Barrières ", qui donne le nom à cette exposition d’Achillekà. A deux pas de cette sculpture, le visiteur va tutoyer " Emmigration ", une installation transmédia, qui jumelle peinture, sculpture de papiers, deux échelles, des chaussures assorties d’ampoules électriques multicolores allumées, une poubelle de papiers. Une œuvre surdimensionnée de 600 par 400 centimètres qui renvoie à un assemblage sens dessus dessous si l’on n’y prête pas une attention soutenue d’un décryptage approfondie. L’exposition se poursuit par un " Visa-ge " incitatif qui renvoie à une sorte de sculpture vidéo parsemée de fers, auréolée de fils de fer, de cordes, incrustée de deux téléviseurs en marche. L’artiste appelle à la transparence avec sa quatrième oeuvre. Une image aussi forte que les trois précédentes, du fait de l’un de ses matériaux, les livres. On pourrait les évaluer en milliers, enchevêtrés dans une muraille en béton. Plus énigmatique, une projection vidéo à partir d’un plafonnier branlant dans une sorte de pièce aménagée pour la circonstance, réveille une multitude de résonances dans l’esprit du visiteur. L’image en cercle rayonne en boucle et tombe au centre d’un dépotoir de papiers journaux froissés.
Performance
Michelle Move, une expatriée, amoureuse du beau en général, indique, satisfaite, que : " C’est le genre d’œuvres décoratrices qu’on aimerait avoir chez soi lors des soirées mondaines ". Pour elle, cela fait différent des toiles et autres sculptures. Koko Komegne, l’un des doyens des plasticiens camerounais, va de sa classe et dit que : " Cette surprise est une autre dimension de l’art. L’expo suscite, interroge ". " Chacune de ces installations, poursuit-il, suscite un regard dans tout ce qui se passe dans la mondialisation ". Ayant parcouru l’ensemble des œuvres, un sexagénaire qui a avoué toute sa curiosité pour la création artistique, félicite l’auteur pour " ces monologues silencieux qui demandent à être compris ".
Du rêve, de l’imagination, une proposition esthétique. Pourtant, Achillekà n’est pas allé contre les visiteurs qui ont estimé que ce travail est une évacuation de ses frustrations dans un monde qui a perdu certaines de ses valeurs essentielles, fondées sur l’amour. Achillekà précise d’ailleurs que l’exposition " Barrières " est son portrait moral. Même si la réflexion ainsi proposée reste un vibrant appel à l’ouverture sur le monde. La folie du travail ainsi proposé, relèvent certains visiteurs transparaît dans " Transparence ", par l’usage inapproprié du livre, abusivement enseveli dans une muraille qui le tue de toute expression. Contrairement à sa fonction d’instruction à travers son contenu qui devient ainsi inexploitable, renchérit une dame tout de même satisfaite de la performance du jeune auteur, titulaire d’un master en arts plastiques.
Louis Blaise Ongolo
