Enseignant de Linguistique à l’Université de Yaoundé I et Directeur adjoint du Centre Anaclac de linguistique appliquée (Cla), Dr Etienne Sadembouo parle du contenu qui sera désormais accordé à cet espace –
Le Messager et l’Association nationale des comités de langues camerounaises (Anaclac), le Centre Anaclac de linguistique appliquée (Cla) basée à Yaoundé, se proposent d’informer le public chaque semaine sur les développements récents et les efforts des chercheurs pour la sauvegarde et la promotion de nos langues et cultures nationales. Dans le cadre de ce programme, des expériences d’enseignements des langues nationales, en langues nationales ont été menées de 1982 à ce jour. D’abord dans quelques écoles pilotes au départ, puis dans environs 300 écoles aujourd’hui éparpillées sur l’ensemble des 10 provinces. 38 langues nationales ont été touchées par le programme au niveau du cycle primaire ; quelque 7 langues au niveau du secondaire.
A en croire les chercheurs, toutes les langues nationales, même celles non écrites, peuvent être introduites à l’école. Il revient à suivre les différents modèles développés pour chaque niveau d’éducation. Il s’agit de savoir que tous démarrent par un bilinguisme identitaire constitué de la langue maternelle de l’enfant et de sa langue officielle familière. La méthodologie permet de déboucher sur un trilinguisme extensif ou quadrilinguisme, avec 2 langues nationales et les 2 langues officielles à la fin du 1er cycle du secondaire. Des matériels didactiques ont été élaborés et publiés à cet effet, dans les langues déjà engagées dans le programme. Il s’agit des manuels de lecture/écriture, des manuels de calcul, des textes de lecture suivie ou post-syllabaires et d’autres livres pratiques sur divers aspects de la vie et de l’environnement des enfants et des populations locales. Des enseignants ont été régulièrement recyclés pour conduire cet enseignement dans les établissements engagés, qui sont pour la majorité des écoles privées confessionnelles et certaines écoles publiques.
Plaidoyer pour la promulgation de la loi d’orientation de l’éducation
Si ces programmes ont connu et connaissent des difficultés pour s’étendre convenablement, c’est à cause du manque d’engagement des collectivités locales, l’absence de soutien de l’Etat et l’insouciance de certaines élites qui ont évacué les langues maternelles de leur foyer. Heureusement que tous ne sont pas fourvoyés… On note déjà chez certains en ce moment, une prise de conscience sur la gravité de la situation que pourrait provoquer l’abandon de la pratique orale de nos langues. L’espoir consiste à voir la pratique de ces langues, devenir effective dans toutes nos écoles. Car il s’agit ici de redonnera à nos langues le prestige perdu à cause d’une éducation monolingue en langue officielle étrangère, exclusivement, comme c’est le cas en ce moment.
Nous souhaitons vivement que la loi d’orientation de l’éducation au Cameroun votée et promulguée en 1998 passe à la phase d’application et que les langues nationales soient introduites progressivement dans nos écoles, sans précipitations, en s’appuyant sur les expériences passées et celles en cours. Nous ne pouvons sauvegarder notre riche patrimoine culturel qui fait notre fierté, en rejetant leur support naturel que sont les langues nationales. Nous présenterons dans cette rubrique les efforts déployés à ce jour par les chercheurs et les acteurs de développement de chacune de nos langues camerounaises, à travers une description de la situation de celle-ci sur le plan géographique, linguistique, démographique et par rapport à leur niveau de développement. Cette description sera suivie d’un extrait de texte écrit selon l’alphabet général des langues camerounaises et de sa traduction en langue officielle.
L’Anaclac regroupe à ce jour 77 Associations locales appelées “ Comités de langues ”. La mission principale est la préservation, le développement et la promotion de leurs langues respectives, tant sur le plan oral que sur le plan écrit, grâce à la bonne volonté et au patriotisme de leurs promoteurs locuteurs, grâce aux ressources mobilisées auprès des sympathisants. Parmi les actions concrètes menées à ce jour, on peut citer le programme Opérationnel pour l’Enseignement des langues au Cameroun ; exécuté avec le concours des chercheurs : du Département de Langues africaines et linguistiques de la Faculté des arts, lettres et sciences humaines de l’Université de Yaoundé I ; de la Société internationale de linguistique (Sil) et plusieurs secrétariats à l’Education catholique et protestante.
Pour des questions ou des informations complémentaires, vous pourrez joindre chaque fois le Centre Anaclac de linguistique appliquée par les coordonnées suivantes : BP 2905 Ydé, Tel : 231 91 43, e-mail :

