Atteint par la limite d’âge à la Crtv, le journaliste observe un repos avant de se relancer. –
Les fidèles auditeurs du « Point de Droit » et des journaux parlés de la Crtv-radio ont dû s’en rendre compte. Depuis le 31 mai dernier, la voix veloutée de Guy Roger Eba’a ne résonne plus sur les ondes de la radio télévision nationale. Sur une décision du directeur général de la Crtv, Amadou Vamoulké signée en mars 2010, ce journaliste principal a été admis à faire valoir ses droits à la retraite : «Le 31 mai, date de prise d’effet de la décision, je me suis rendu à la maison de la radio, à Nlongkak, j’ai informé le rédacteur-en-chef, François Marc Modzom et le directeur de l’information radio Alain Belibi que j’arrêtais. Tous les deux ont exprimé de la peine. J’ai ensuite emporté ce qui restait dans mon bureau, parce que je le vidais progressivement, et j’ai remis les clés du bureau à mon adjoint [au service de reportage] Kikichi Lawrence. Lui également était abattu. Il m’a raccompagné jusqu’à ma voiture. Je n’ai plus regardé derrière. C’était un moment de grande émotion. J’avais le cœur lourd».
Ainsi se refermaient 20 ans de carrière de Guy Roger Eba’a à la Cameroon radio television. L’intéressé indique avoir introduit une demande de rallonge, quelques mois avant son départ, auprès de la direction générale de l’office. Celle-ci devait être examinée par le Conseil d’administration (C.A). Malheureusement, aucune des deux sessions du C.A tenues entre-temps n’a traité des questions liées aux ressources humaines. Par souci d’harmonisation de l’âge de départ à la retraite, explique Guy Roger Eba’a, «le personnel maison qui va en retraite à 60 ans et le personnel fonctionnaire qui va à 55 ans devaient être mis sur le même pied d’égalité. Figurez-vous que je pars de la Crtv alors que j’ai encore plein de choses à donner. Pendant ce temps, des gens qui n’arrivent plus à monter l’escalier sont encore en service. Ça frustre quelque part…».
C’est sur les bancs du collège Bonneau d’Ebolowa, au début des années 70, que Guy Roger Eba’a est piqué par le virus du journalisme. Aussi écrit-il en Français et en Anglais des textes dans le journal du collège. En 1973, coup d’arrêt ! Des soucis de santé éloignent Guy Roger Eba’a des salles de classes. «J’ai passé cinq ans de maladie. Lorsque je recouvre la santé, on me recrute comme instituteur adjoint contractuel au ministère de l’Education nationale. Je suis affecté à l’inspection primaire du Wouri, dans le Littoral. Mais, à vrai dire, je ne suis pas attiré par le métier d’enseignant. Je présente alors en 1982 le concours direct d’intégration à la Fonction publique des greffiers-adjoints. Je suis reçu à ce concours et affecté au Tribunal de grande instance du Wouri. J’y passerai 5 ans ».
Formation
Mais sur les sentiers de la connaissance, Guy Roger Eba’a ne s’arrête pas. En 1985, déjà âgé de 30 ans, il présente en autodidacte le baccalauréat et l’obtient. Ce diplôme lui ouvre plus tard les portes de l’Ecole supérieure des sciences et techniques de l’information (Essti) en 1987. Il fait alors ses classes en journalisme avec Joseph Clément Omgba, Paul Bruno Bidias, Thérèse Yolande Edima et d’autres. A l’issue de 3 ans de formation, cette promotion, comme les précédentes, est mise à la disposition du ministère de l’Information et de la Culture. Guy, puis de la Crtv. Guy Roger Eba’a est affecté au poste national comme reporter. Une tâche à laquelle il se voue entièrement. En 1994, il est nommé chef de chaîne adjoint de Crtv Yaoundé Fm 94. la chaîne de proximité n’étant pas «dans son tempérament», Guy Roger Eba’a repart à la quête du savoir.
Il présente avec succès le concours d’entrée en Division III de l’Esstic, option arts, culture et communication. Il en sort avec le titre de journaliste-principal en l’an 2000. C’est alors que Gervais Mendo Zé, alors Dg de la Crtv fait de lui le chef du service central des reportages-radio, avec rang de sous-directeur de l’administration centrale. M. Eba’a passe également grand reporter. Le journaliste précise qu’on lui a attribué ce titre professionnel sur la base de ses états de service. Modeste et disponible, de l’avis de sa hiérarchie et de ses collaborateurs, Guy Roger Eba’a gardera ce titre pendant 10 ans, en dépit du changement à la tête de l’office. Fort de sa spécialisation dans le domaine judiciaire, il passera longtemps pour un meuble quasi-irremplaçable de la maison.
«Les journalistes ne s’intéressent pas beaucoup à la justice, parce que suivre un procès, ça ne donne pas le gombo», déplore-t-il. Au terme de la couverture des audiences de l’affaire Bakassi à la cour internationale de justice de la Haye, il publie un ouvrage en 2003 sur ce conflit entre le Cameroun et le Nigeria. En juillet dernier, il a publié un second sur les grands moments de la justice au Cameroun. En 20 ans passés à la Crtv, Guy Roger Eba’a a été suspendu d’antenne deux fois, «injustement». En dépit de sa mise à la retraite, il n’entend pas pantoufler à la maison. «C’est le fonctionnaire qui a été admis à la retraite, ce n’est pas le journaliste. J’ai deux mois pour souffler, après je verrai», indique-t-il.
Georges Alain Boyomo
