Le responsable littéraire de production aux Editions Clé parle… –
En quoi consiste le travail d’un relecteur ?
Il s’agit essentiellement de faire la traque des fautes de l’encre et des fautes de typographie. Parce que la relecture touche essentiellement à ces deux aspects là. La relecture sur le plan de la langue, la grammaire, la morphosyntaxe, l’orthographe. Et de l’autre coté, il y a l’aspect typographique. Il y a des normes en typographie, c’est-à-dire comment il faut exploiter les majuscules. Il y a la norme pour écrire les chiffres : il faut savoir si c’est en chiffres romains ou en toutes lettres. Il y a différents codes typographiques qui doivent être respectés quand on fait la relecture d’un ouvrage ou d’un journal.
Certains auteurs se plaignent du fait que leurs œuvres subissent des modifications de fond. Comment réagissez-vous à ces propos ?
Les auteurs peuvent se plaindre que les ouvrages aient subi des modifications. Cela peut arriver si l’éditeur estime que ce fond qui a été modifié ne respecte pas certains critères. Ça peut être des critères généraux qui touchent aux canons même de l’édition, ou alors ce sont des critères propres, internes à la maison d’édition. Par exemple, chez nous aux Editions Clé, si dans le fond de votre livre, il y a certains aspects qui vont contre ce que nous considérons comme le fondement de votre foi, vous comprenez qu’il serait juste que nous vous demandions de les enlever. Mais il faut reconnaître globalement que très souvent on propose à l’auteur une discussion qui doit être faite entre l’éditeur et son auteur. L’objectif ici, c’est de rendre l’ouvrage plus intéressant et plus propre à la communication auprès du lecteur qui est la personne qui fait l’acte d’achat en fin de compte.
Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontés ?
Il y a le fait que parfois vous proposez des corrections et l’auteur n’est pas d’accord. Peut-être pour des raisons de convenance personnelle, parce que le relecteur s’appuie sur deux outils essentiels : le code typographique, des dictionnaires et des ouvrages de grammaire. Quand vous dites parfois à un auteur qu’à tel endroit, il n’est pas nécessaire de mettre la majuscule ou le bdc (Ndlr : bas de casse ou minuscule) pour mieux exprimer l’idée que vous voulez faire prévaloir, il vous fait valoir d’autres considérations. Par exemple pour le président de la République ou du Premier ministère, si on met ça en bdc, c’est comme si on réduisait la valeur de l’institution. Pourtant il ne s’agit pas de cela. En typographie, «l’assemblée nationale» prend un «A» et le reste avec «n». Quand vous recommandez ça à un auteur, il trouve que c’est un crime de lèse-majesté.
Quels sont les défis de ce métier ?
Le grand défi de ce métier c’est qu’il soit valorisé. On a tendance à négliger un peu la relecture dans la production des ouvrages ; parce qu’on est plus englué dans les aspects techniques. Ceux de la production négligent un peu cet élément qui est important. Parce que si vous produisez un livre dans lequel on rencontre pleins de coquilles, les vices de typographie, ce n’est pas une bonne chose. L’un des grands défis, disais-je, c’est qu’on valorise le métier, qu’on lui donne ses lettres de noblesse, que de véritables services de relecture avec des relecteurs essentiellement consacrés à cette tâche soient institués dans les structures d’imprimerie et d’éditions. Et que le métier soit rémunéré à sa juste valeur.
Le métier nourrit-il son homme ?
Le métier de relecteur simplement ne nourrit pas son homme, parce que la plupart des gens qui sont des relecteurs font d’autres tâches, en plus de leur métier, lorsqu’ils sont employés dans une maison. Ceux qui font des relectures sont le plus souvent des enseignants d’universités ou de lycées, qui font ce travail pour arrondir les fins du mois.
Propos recueillis par Guy Hyacinthe Owona, stagiaire
