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Arts vivants : Le théâtre ne fait pas courir

by mboasawa
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Après des années de grandes productions le manque d’infrastructures a progressivement plombé cette activité. –

 

La rentrée culturelle est effective, depuis quelques semaines à Yaoundé. A travers les différents espaces culturels que compte la capitale, les programmations battent leur plein. Malheureusement, malgré leur enthousiasme, les responsables des différentes troupes et compagnies théâtrales ne se leurrent point. Le public ne sera pas toujours au rendez-vous.
«Le théâtre a perdu son public depuis de longues années. Nous n’avons pas les moyens de communication qui nous permettraient de le ramener dans les salles ce qui passe par une bonne action de communication malheureusement, combien de compagnies peuvent réaliser des affiches», explique Tony Mefe, le président de l’association Scène d’ébène et promoteur des scènes du théâtre francophone. Et même si Jacobin Yarro, metteur en scène reconnu et dont les spectacles font courir les amateurs de théâtre dans les salles abonde dans le même sens, il estime pour sa part que la faute revient aux hommes de théâtre.

Côté public, on se désole de la qualité des spectacles qui, au fil des années perd en saveur. Eux qui, de son avis, ont «déserté les salles ; la qualité des scènes présentées au public n’est pas toujours la meilleure. Lorsque j’organise une représentation et que je fixe le prix d’entrée à 2000 Fcfa, il y aura toujours des personnes qui viendront me demander de leur faire un prix pour qu’ils aient accès à la salle de spectacle à moindre coût ! Nous sommes bien obligés de laisser faire car, nous souhaitons que notre travail soit connu», se désole-t-il.
Et si le théâtre classique est le compartiment artistique qui souffre le plus de cette braderie générale, l’humour, lui s’en sort plus ou moins bien. La qualité des spectacles est désormais très loin de ce que proposaient des metteurs en scène comme Emmanuel Keki Manyo, de regrettée mémoire. «On a l’impression que pour la plupart, les productions sont désormais montées à la va vite. Il leur manque beaucoup de profondeur», estime Christiane Ze, amateur de théâtre.

Seulement, comme le rappelait déjà il y a quelques années Marcelin Vounda Etoa, directeur des Editions Clé, dans ces colonnes, la faute n’est pas seulement aux hommes de théâtre. «Ni les comédiens ni les metteurs en scène, encore moins les opérateurs culturels ne sont à blâmer. La culture est un domaine où on ne peut pas moissonner autre chose que ce que l’on a semé. Une programmation des spectacles ne peut se faire sans que, sur le plan infrastructurel le minimum ne soit disponible. Sans absorber autant de ressources financières que le cinéma, certaines pièces ne peuvent être représentées sans un investissement minimal. Le statut même du théâtre dans notre pays ne peut permettre d’escompter des prestations de grande qualité. Chez nous en effet, le théâtre est un "semi-loisir" au sens où Joffre Dumazedier entend cette expression, c’est-à-dire une activité qui, "tout en ayant une dimension utilitaire et tout en conservant un lien avec le travail professionnel ou la production domestique, [est] d’abord et avant tout [conçu] comme [activité] d’expression de soi dans le temps libre».

Un avis que confirme André Majors Akoa, président de l’association «Culture spectacles». Alors qu’il dénonce l’existence au Cameroun de ce qu’il appelle la «tiers-culture», cette culture «inorganisée qui ne se reconnaît pas, ou mal et se transmet souvent hors des institutions», il propose une culture «ouverte sur le réel». Et bien que depuis quelques années, les troupes camerounaises essaient tant bien que mal de s’assurer une visibilité, tout au moins, continentale, c’est au plan local que les choses devraient être faites. Les promoteurs culturels qui, pour la plupart, présentent leur travail dans les locaux du centre culturel français François Villon de Yaoundé, militent pour des investissements dans la création des salles de spectacles et la mise sur pieds d’infrastructures de qualité qui, seules, sont susceptibles d’améliorer la qualité des spectacles présentés et d’attirer le public dans les salles. Ce d’autant que, marquée par de profonds et continus bouleversements dans les différentes domaines politiques, économiques et social, entre autres, contribuent à la naissance d’une crise de la question culturelle.

Le théâtre se meurt-il ?
Malgré l’accroissement des compagnies et autres troupes dédiées au théâtre et aux arts vivants de manière générale, l’on ressent, sur les scènes camerounaises et dans les couloirs de ces lieux dédiés à la culture comme un malaise. Comédiens, metteurs en scène et autres managers de troupes et/ou promoteurs de spectacles redisent, à la longueur de journée leur mal être dans ce milieu qu’ils ont décidé d’investir malgré tout.
Certains de façon permanente et pour d’autres, au gré des créations et des opportunités. Ceci sans que les choses ne s’améliorent vraiment. Côté public, c’est une sorte de lassitude que l’on perçoit.

Ce dernier se désole de la qualité des spectacles offerts ces derniers années et se fait nostalgique de cette époque ou, le théâtre, très couru animait de façon permanente la vie culturelle locale. Face à toutes ces récriminations, Mutations s’est proposé d’explorer cet univers pleins d’ombres. Le problème des infrastructures qui a une incidence forte sur la qualité des spectacles, les financements de ces spectacles, les choix des acteurs de cette filière sont autant d’univers que nous explorons dans les pages qui suivent. Il s’agira donc de présenter ce théâtre qui a quitté l’aire burlesque pour réfléchir sur les questions de l’heure telles que la corruption et les problèmes politiques les plus pointus. Ceci alors même que les troupes ont de plus en plus de mal à se frayer un chemin sur la scène internationale.

Dorine Ekwè

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