Le silence persiste sur le festival des arts et de la culture à deux mois de la fin de l’année. –
Lors de la présentation des vœux en janvier dernier, le ministre de la Culture (Mincult), Ama Tutu Muna, avait annoncé la tenue de la 8è édition du festival nationale des arts et de la culture (Fenac). Lors de la même cérémonie, la Mincult avait fait d’autres annonces fortes. Notamment l’organisation des récompenses (Awards) de la culture, et la réinstauration du grand prix du président de la République devant récompenser des créateurs d’oeuvres de l’esprit. En vue aussi, des avancées dans l’industrie cinématographique et audiovisuelle, des appuis à l’industrie du livre et à la lecture, la construction d’un village culturel.
A deux mois de la fin de l’année correspondant à la tenue en 2008 du dernier rendez-vous de la culture camerounaise à Maroua (du 19 au 23 décembre), aucun signe pouvant laisser entrevoir l’organisation cette année du Fenac. Dans les couloirs du Mincult, la question semble déranger. Les interlocuteurs apparaissent même frileux. «On s’achemine vers un report», laisse entendre un responsable du Mincult, qui préfère requérir l’anonymat, n’ayant pas la compétence. Néanmoins, peu avare en confidences, il ajoute que «le ministère attendait que la hiérarchie donne le Ok. En fait, il se pose un problème d’argent», tranche-t-il.
D’ailleurs, «on m’a demandé de venir m’inscrire. J’ai dit que je n’avais pas besoin de le faire pour les sélections», confie la célèbre chanteuse Rachel Tsoungui rencontrée dans les couloirs du Mincult. L’interprète de «Roméo na Julietta» dans les années 70 était absente à Maroua en 2008. Un autre artiste rencontré au même endroit, et qui a préféré requérir l’anonymat pour des raisons évidentes, se plaint qu’il n’a pas encore «touché le cachet» du Fenac 2008.
Conjoncture
Le secrétaire général du Mincult, Manaouda Malachi, sollicité, oriente vers le directeur des arts, spectacles et entreprises culturelles (Dasec) Blaise Nkene, qui revient d’une mission en Chine. «C’est la présidence qui donne toujours le La», indique-t-il au téléphone, après moult rendez-vous manqués. Il est plus clair, en ce qui concerne la «hiérarchie». Il dit s’abstenir de tout commentaire, n’ayant pas encore réuni le maximum d’informations, laisse-t-il croire, lui qui aurait passé toute la journée au Mincult pour une longue réunion avec sa hiérarchie, loin de ses bureaux installés au Musée national.
Or, le même confident du ministère de la Culture rapporte qu’une date avait déjà été arrêtée pour l’édition 2010. Notamment du 26 au 28 novembre prochain. Aussi restait-il à choisir le site. Plusieurs noms circulaient : l’esplanade du stade Omnisports Ahmadou Ahidjo, le boulevard du 20 mai, le Palais des sports et le Palais des Congrès.
Aucun desdits sites ne présente un signe de préparatifs de l’un des plus grands rendez-vous culturels du Cameroun. Car, il mobilise tous les secteurs de la culture, accueille aussi bien les artistes camerounais qu’étrangers. Il était question, comme sus évoqué, de créer un village culturel au lieu dit Vallée de la mort, qui servirait de manière définitive. Au Mincult, certains laissent entendre que l’organisation des activités culturelles du Cinquantenaire «ont tout pris», évoquant par ailleurs la réduction du budget de l’Etat récemment.
Par ailleurs, il est constant que le bilan de l’édition 2008 organisée à Maroua dans la région de l’Extrême-Nord n’a pas encore été fait. Et le ministère de la Culture, selon des sources crédibles, reste endetté, pour un événement qui a coûté près d’un milliard Fcfa. Des questions que l’inspecteur général n°1, Joseph Lobè a préféré éviter, estimant qu’il ne faisait pas partie du comité d’organisation du Fenac.
Déjà en 2008, la 7è édition tenue six ans après la précédente, a souffert d’un déficit organisationnel. Considéré par certains comme chaotique. Le chanteur Donny Elwood en sait quelque chose, lui à qui les organisateurs avaient laissé entendre qu’il n’était pas attendu alors qu’il avait été formellement invité ; la confusion animée tout au long de la semaine au cours de laquelle, il était difficile de savoir qui s’occupe de quoi, qui est responsable de quoi, tant les personnes interpellées avaient la facilité de renvoyer la responsabilité à d’autres qu’elles.
Dans la même lancée, le programme des rencontres et autres activités étaient refaits toutes les minutes et selon les dispositions des uns et des autres. Et, malgré le succès populaire de cette édition du Fenac et la qualité des artistes invités qui, chaque soir, offraient des spectacles de grande envergure à un public aussi nombreux qu’enthousiaste, au soir du 23 décembre, l’on est resté sur sa faim tant les espoirs mis en l’organisation de ce Fenac ont été difficiles à réaliser.
L’édition 2010 n’est pas encore mise sur les rails alors qu’elle avait été solennellement annoncée. L’année 2011 revêt un intérêt politique important avec l’organisation, en principe, de l’élection présidentielle. Un argument qui pourrait transformer la biennale en un rendez-vous quinquennal. Il a fallu attendre six ans entre Ebolowa et Maroua.
Justin Blaise Akono
