Le trio a livré son premier spectacle à Yaoundé samedi 30 juillet dernier. –
Ils avaient conquis le public de Douala en octobre 2009, au centre culturel français (Ccf) Blaise Cendrars. Un peu plus d’un an après et avec un album sur le marché discographique, ils viennent séduire le public de Yaoundé. Ce samedi soir, Mawata, Djado Mensi et Almady ignorent à quelle sauce ils seront mangés par les mélomanes de la capitale. Pourtant, le trio baptisé No Name (sans identité, sans nom) n’a pas eu du mal à trouver sa voie dans les c?urs du public du Ccf François Villon de Yaoundé. Il a fallu qu’il la cherche, cette « voie » dès l’entame de leur prestation. «La voie» est d’ailleurs le titre de la première chanson du spectacle de ce samedi soir.
Puis on aura droit à une version acoustique du titre phare de leur album, intitulé «Des mots». Les premières notes du spectacle sont en réalité en mode mélancolie. De quoi dérouter les habitués du trio qui le connaissent très remuant. On a l’impression que Mawata freine son entrain, qui pourtant lui a toujours réussi. Toutefois, Jiji Almady, le «rappeur lover» du groupe reste fidèle à lui-même. On le redécouvre avec plaisir dans le titre «Mama» sur un style musical que d’aucuns qualifieraient d’afro-urban ou afro pop. Mais le «No name crew» c’est tout cela à la fois. Un mélange de musiques patrimoniales à des sonorités urbaines, le tout agrémenté du style particulier de chaque membre du groupe «Tizeu» (qui veut dire sans nom, en langue batié dans la région de l’Ouest Cameroun).
Un style énergique et enthousiaste, en somme, qu’on retrouve dans la seconde partie de ce spectacle de samedi soir. Avec «Mbolepepa », « Clap les mains », on renoue avec des notes enlevées sur fond de reggae ou dance hall. Djado Mensi, le reggaeman du trio, chante avec le sourire, en balançant ses dreadlocks. On a du bonheur à l’écouter aligner des rimes sur « si l’heure sonne ». «Si l’heure sonne, faut pas qu’ tu traînes encore, faut pas qu’ tu traînes encore parce que le temps est vraiment hardcore. Et quand ça sonne, mon frère, faut qu’ tu rayonnes, mon frère faut qu’ tu t’éveilles parce que le temps est à 007», chante-il.
Des mots pour conscientiser, pour tuer les maux certes, mais pour faire danser aussi. Tel sur ce zouk love que beaucoup n’ont pas boudé, quitte à rejoindre la scène en couple pour un « coller serrer» émouvant. Quelque peu indiscipliné sur scène, le groupe Tizeu a néanmoins su dompter son public. Les trois enfants terribles amorcent ainsi une tournée nationale qui les mènera à Bertoua, entre autres. Un sésame après 12 ans de travail et d’amitié.
Monique Ngo Mayag
