La pièce de Landry Nguetsa a été présentée au Ccf de Yaoundé jeudi dernier. –
«Chez nous quand un malheur est annoncé, les gens sortent. Je ne sais pas ce qui s’est passé avec Haïti. Ils sont loin de nous, mais ce sont les gens de chez nous!» On ne saurait être plus sentencieux et plus vrai au regard de ce qui s’est passé sur ce bout de terre perdu aux larges du Pacifique un jour de janvier de l’année dernière. Un propos qui a ouvert la représentation de jeudi dernier au Centre culturel François Villon de Yaoundé (Ccfvy). Devant une salle très méditative en cette occasion de souvenir douloureux.
Une première pour le jeune Landry Nguetsa dans la peau du metteur en scène et qui a donné la mesure de ce qu’il est capable de faire pour peu qu’il soit concentré. La scène s’ouvre par un bruitage de tremblement de terre en fond sonore avec un compte à rebours jusqu’à 7,5 comme la magnitude à laquelle était arrivé le séisme. Une scène où des fils entrelacés rappellent le triste événement. Des fils qui s’instillent jusqu’à l’orchestre où les spectateurs seront au cours de la représentation approchés par les comédiens pour un théâtre interactif ainsi qu’un croisement de genres artistiques cher au théoricien Hans Thies Lehmann.
Ce souvenir fut aussi l’occasion de faire un clin d’?il en direction de l’homme de lettres Georges Anglade et du même coup à ces illustres manieurs de parole sortis des entrailles d’Haïti que sont Frankétienne, Lionel Trouillot ou Dany Lafferrière. Quant au public, il retiendra cette tension qu’a su construire le metteur en scène et que les comédiens de la Compagnie Trait d’union ont su bien rendre. Quoique cette tension, dans le dernier tiers de la représentation soit retombée de manière inexplicable ; cassant du même coup le rythme d’un jeu jusque là sans fioritures. La faute sans doute à ce jeune premier qui, pour une première a trop embrassé (il était en même temps metteur en scène, auteur et comédien !).
Dans le même temps, Pélagie Alima a fait sensation avec son côté maternel dans ce capharnaüm qui aurait pu faire perdre à toute femme le self control. Une performance qui entraîna les autres sans pour autant que l’on ait l’impression qu’ils ont donné le meilleur d’eux-mêmes. Serait-ce une préparation insuffisante? On a envie de répondre par l’affirmative tant le talent de Junior Esseba ou de David Kono n’est pas en cause.
Comment oublier, rendu à ce niveau, la scénographie magnifique d’un Fleury Ngameleu qui s’affirme au fil des représentations. Un cocktail qui aura tout de même permis aux spectateurs de prendre conscience de ce drame survenu sur la terre de Toussaint Louverture où un fragment de sol a soupiré sans que la mort ne triomphe. Car ici comme partout ailleurs dans le monde, la vie se doit de poursuivre son cours.
Parfait Tabapsi
