Il a annoncé lors de son récital de samedi dernier à Yaoundé l’ouverture d’un conservatoire dès 2012. –
A la fin du récital, le public était encore là, debout comme scotché sur le sol de la grande salle du palais des congrès. Qui aurait cru que l’opéra plaisait autant aux Noirs du Cameroun qu’aux Blancs ? Ce soir, on aurait même juré que l’opéra était plus camerounais qu’italien. Jacques-Greg Belobo s’en tire encore avec une note aiguë. Très aiguë même. Nombreux sont ceux qui n’ont pas regretté d’avoir sorti leur costard et robe à paillettes. Une tenue que seuls les beaux et bons moments imposent. Et la dernière étape de la tournée africaine de Jacques-Greg belobo en valait la peine.
D’autant plus que ce soir, Jacques-Greg nous narre en chanson, les épopées de sa vie de chanteur d’opéra. Et la vie d’un baryton, doit être toute aussi palpitante que sa voix. L’épopée débute sur le cantique «How great thou art». Un air que beaucoup dans la salle connaissent en français, ou dans leur langue maternelle. Mais nul ne s’avise de jouer les choristes. Ils laissent tous chanter le maestro, obnubilés par sa voix qui monte aisément dans les tons aigus et redescend souvent pianissimo.
Jacques-Greg commence ainsi par un cantique religieux en hommage à ses années de chant choral. Du temps où il se risquait à poser sa voix sur les grands classiques de Friedrich Haendel, le célèbre compositeur allemand. Ou encore, lorsqu’il se laissait séduire par les trois plus mélodieux ténors : Luciano Pavarotti, Placido Domingo et José Carreras. Lors de ses tumultueuses séances de vocalises à Yaoundé, Jacques-Greg ne s’imaginait pas tutoyer ces illustres chanteurs lyriques. Mais c’était sans compter sur le destin, ni sur les voies du Seigneur. Il aura suffit d’un concours et surtout d’une belle interprétation de «phydelé», une oeuvre vocale du compositeur français Henri Duparc, pour que s’ouvre pour ce natif de la région du centre Cameroun, les portes du conservatoire de Nice. Et Ce soir au palais des congrès de Yaoundé, comme autrefois sur une scène de concours à Abidjan, il reprend «Phydelé» pour son public yaoundéen.
Sous le ciel étoilé de la ville aux 7 collines, JJacques-Greg déploie son imposant ténor des milliers de paires d’yeux (le spectacle était retransmis en direct sur la chaîne de télévision nationale Crtv). Sa voix vit sous le doigté magistral de Simon-Pierre Ndoyé au piano. Ce soir, il chante mieux qu’il y a 10 ans. Forcément, puisqu’un tour au très sélect conservatoire supérieur de Paris, ça donne de la voix. Ça la rend profonde et travaillée. On remerciera donc Paris pour ces mémorables minutes de «Why do the nations» de Haendel. L’ouïe apprécie les trémolos. Et la vue se délecte des gestes mélodieux de l’interprète. La peau frissonne. L’opéra de Jacques-Greg, ça fait chanter les sens.
Surtout qu’il y met un zeste d’humour et d’épique. Pour le final, on exulte en reprenant une berceuse en Ekan, une mélodie très connue ici au pays où le soleil réchauffe la voix. C’est donc en toute légitimité que Jgb souhaite transmettre son talent à ses jeunes compatriotes.
Car, ici, point d’école de musique ni de voie pour chanteur lyrique. Jgb entend donc construire un conservatoire international de musique au Cameroun. Il a déjà gagné le pari d’intéresser le public de son pays natal au chant lyrique. Reste plus qu’à convaincre des investisseurs que ce genre musical est porteur pour des jeunes amateurs de musique qui ne demandent qu’à faire entendre leur voix basse, soprano, ténor et baryton.
Monique Ngo Mayag
