La compagnie a adapté Mémoire de l’écrivain guinéen pour sa tournée nationale. –
Pour sa dernière tournée avant sa prochaine mutation, le réseau des centres culturels français du Cameroun pouvait difficilement trouver mieux. En cinq dates en effet (Garoua, Bamenda, Dschang, Douala et Yaoundé), la compagnie Feugham de Bafoussam a enchanté les Camerounais avec une adaptation remarquée de Mémoire d’une peau, ?uvre post mortem du brillant écrivain guinéen Williams Sassine.
Samedi dernier sur les planches du centre culturel François Villon de Yaoundé (Ccfvy), le public eu en effet droit à une prestation remarquable en nombre de points. D’abord au niveau du rendu d’un texte qui en son temps suscita quelque polémique du fait de son caractère osé et, pourquoi ne pas le dire, grivois. Mais là n’est pas le plus important.
Le spectacle a réussi à montrer que la question de l’identité était loin d’être une affaire simple. Que l’on en juge par cette quête effrénée d’une reconnaissance pour un héros qui se verrait bien écrivain et qui déploie maints trésors et efforts pour y arriver.
C’est que depuis au moins Salif Keita, l’on sait en Afrique combien sont nombreux les obstacles qui parsèment le chemin de tout albinos en qui sourd le désir d’apprivoiser l’art. Ainsi, les tribulations de Milos Kan dans sa quête, sa propension à se muer en docteur Jekill ou Mr Hyde selon les situations, la poursuite d’un amour rêvé qui se joue de lui et dont il se joue, tout cela concourt à fabriquer un être finalement hybride, revanchard sur un destin pas franchement avantageux dans le cocon africain où la solidarité apert dès lors comme un vain mot.
Le mérite du metteur en scène Kouam Tawa dans cette adaptation aura été d’avoir su trouver les artifices, dont le moindre n’est pas la scénographie et les lumières, pour capter l’attention du lecteur durant les 70 minutes de la représentation. Une réussite qui ne doit cependant pas minimiser le talent du comédien Wakeu Fogaing. Celui-là même que le grand public avait rangé à jamais dans le cercle des humoristes de chez nous et qui, avec ce mono, s’affirme à ses yeux comme une valeur sûre de notre théâtre. Une performance qui a permis de mieux comprendre la belle saison qu’il est en train d’ouvrir avec des dates à l’international qui elles-mêmes se succèdent depuis un an au fil des projets.
Le seul bémol à relever fut cette distorsion de rythme. Le début fut tonitruant pour ensuite laisser place, dans le dernier tiers-temps à une baisse dont on aura cherché en vain l’explication. Une période qui n’a cependant pas fait languir le spectateur. Spectateurs qui ont salué la représentation par des ovations de choix, signe que ce spectacle créé en Guinée l’année dernière avait le mérite de continuer son chemin au bout de vingt approches de mise en scène.
Parfait Tabapsi
