Les règles de succession dans la tradition Sawa ne sont pas respectées : chez les Sawa, le chef n’est pas élu, alors que l’administration s’obstine à organiser des élections.
I – DROIT COUTUMIER
Chez les sawa, le chef n’est pas élu, contrairement à ce que l’on voudrait faire croire. Il fut un temps ou l’administration camerounaise, pour des raisons de commodité propre, dues sans doute à la nécessité de maîtriser les chefs traditionnelles, a entrepris de faire élire le chef par un collège électoral facile à manipuler. Mais si la chefferie est une affaire de tradition, et si l’administration voudrait rester fidèle à ce qu’elle a à présent, ces derniers temps comme sa nouvelle philosophie.
En matière de succession à la tête des chefferies (l’administration ne se mêlera plus des problèmes de succession, nous a – t- on dit, et ne se contentera que d’appliquer la décision du KING MAKERS), alors le respect de nos traditions nous éloignerait d’une quelconque élection. Aucun chef traditionnel de quelque degré que ce soit, n’a jamais été élu jusqu’aux indépendances de notre pays (tout au moins à Douala et chez les Sawa, zone qui aujourd’hui nous intéresse). Un chef traditionnel mourrait –il ? On faisait aussitôt appel à son fil pour lui succéder. Et même la désignation du successeur avant sa mort par le dé cujus lui –même, était un mode de dévolution successoral très souvent pratiqué. Ce n’est qu’en cas de carence des enfants, qu’on faisait appel à la famille composée des frères du défunt qui avaient alors le devoir de désigner parmi eux un successeur ; ainsi, chez les AKWA, le roi DIKA MPONDO, avant de décéder, a désigné son fils MPONDO DIKA Ludwing pour le succéder.
Mais il devait ajouter qu’au cas où MPONDO DIKA Ludwig ne reviendrait pas de prison, le Commandement devait aller à un autre de ses enfants, DIN DIKA. Et le problème s’est finalement posé entre DIN DIKA ET BETOTE DIKA( deux frères), ce sont tous deux les fils de DIKA MPONDO qui auront été sollicités pour la désignation du nouveau Roi, et nullement un quelconque Collège Electoral qui serait composé des Chefs de villages d’Akwa. Ce sont les fils de DIKA MPONDO qu’on a alors appelé les BONADIKA, la chefferie existait à Akwa et était détenue par les BONAMPONDO à NGANDO à travers l’un de leurs membres, le Roi DIKA MPONDO ; et avant cela, la chefferie était détenue par les BONANGANDO’A KWA, par le truchement du Roi MPONDO’A NGANDO. De même, à la mort du Roi BETOTE AKWA, seuls ses enfants, les BONABETOTE auraient dû être interrogés pour apporter un successeur à leur père. Aujourd’hui il s’agit tout simplement de savoir si feu Enis Richard KOUM BELL a régné à BONABERI ; si feu Ernest EBONGUE AKWA a effectivement régné à Akwa. Si tel est le cas, ( et je dirai sans risque aucun d’être démenti qu’ils ont tous deux régnés) la succession regarde exclusivement leurs fils, au premier chef. Ce n’est qu’en cas de défaillance de ces fils que les oncles de ces Princes devraient êtres sollicités, mais pas avant.
II- DROIT POSITIF
Le principe de l’élection d’un chef Supérieur par Collège Electoral composé de Chefs de villages ou de quartiers ne répond en rien au droit moderne ; pas plus qu’il ne saurait être envisagé l’élection d’un Chef de village ( ou de Quartier en zone urbaine) par des Notables. Nous savons très bien qu’en droit celui qui peut élire (l’électeur) peut aussi poser sa candidature pour être élu (éligible). En général, celui qui est inéligible perd aussi le droit d’élire. Or voila des personnes qui sont appelées à élire un Roi (ou un Chef) mais qui ne pourront jamais faire acte de candidature au poste pour lequel ils sont appelés à voter, car ils ne font pas parti de la famille régnante. Ceci devrait servir à mettre un trait sur l’élection d’un Responsable du Commandement Traditionnel par un quelconque Collège Electoral n’appartenant pas à la famille régnante.
III – Dans un rapport, le Vice – Premier Ministre, Ministre chargé de l’administration territoriale à propos de la succession à la chefferie de premier degré BELLE – BELLE, le sous Directeur de l’organisation administrative semble poser les bonnes questions, amener un développement de ses idées assez correctes ; mais il arrive à la mauvaise solution : les élections entre le fils du Chef défunt et Monsieur KOUM Frédéric.
Dans un autre rapport, les Chefs supérieurs du Wouri sont taxés de faire du dilatoire alors qu’ils ne seraient pas concernés par ce problème de Bonaberi.
Il faudrait savoir si l’administration est plus à même d’interpréter un point de la coutume Sawa que les Chefs Supérieurs Sawa, gardiens de cette coutume. Car il ne s’agit pour les Chef supérieurs Sawa de s’immiscer dans le processus de désignation du successeur de feu Enis KOUM BELL mais leur intervention est motivée par le respect d’un point de la coutume Sawa : Le Chef n’est pas élu, mais sort de la famille régnante ; c’est en priorité l’un des fils du défunt Chef qui lui succède et l’on ne fait appel au reste de la famille qu’en cas de défaillance de tous les enfants. Ce point doit être constant et le fait de vouloir ériger en règle de succession chez les Sawa, une disposition qui a été amenée en son temps par l’administration, l’élection est la base de tout le désordre que l’on note aujourd’hui dans la plupart des chefferies du Littoral Sawa.
Curieusement, alors qu on croyait définitivement avoir resolu le problème des chefferies par la lignée, qu on est encore confronté à un autre cas plus que complexe dans la chefferie Bojongo.
Complexe parce qu elle pose deux vrais problemes.
– 1 Le problème du découpage territorial par l administration centrale comme socle électoral regroupant un certain nombre de villages sous l autorité du sous prefet ( chef des terres de l arrondissement ), qui s oppose au découpage traditionnel et coutumier sous l autorité du chef du 1 er degré. L histoire est confuse à ce sujet, Bojongo dont le territoire se situait sur les berges du plateau joss ( Bonanjo) c est vu, suite a l expropriation, se retrouve au lieu actuel, dont il dépendait (du canton Njo Njo).
Et d autre pensent que Bojongo avait perdu ses terres et qu il dépendrait désormais de Duala 4 eme (du canton Belle Belle ).
– 2 Egalement va se poser un autre problème, qui est celui de la transmission du pouvoir dans un groupe qui au départ était homogène. Il s agit de deux frères Ebokea1 représenté par les bonaMassoma et les BonEtoumba et Ebokea 2 ou Ekollo Ndongo représenté par les BonaMoujongue et les BonaMouasso.
Apres la mort du chef Etoumbe Ebokea, le troisieme chef de la lignée de Ebokea1, la chefferie passe à la lignée de Ebokea 2, plus precisement dans le foyer de Ekoll’a Ndongo, né Bossissa lui même fils de Ebokea 2.
Ekoll’a Ndongo, enfant de la 4 ème génération, après l ancêtre Bojongo’a mbedi, fils aîné de Ndongo’a Bossissa, fut ainsi le premier de la descendance Ebokea 2 à être intronisé. Il laissera 6 enfants : Dibobe ( l aîné) Mouasso, Moujongue, Ngalle, Molle et Seh.
L ALTERNANCE
A la mort du chef Ekoll’a Ndongo et en l abscence de son fils aîné Dibobé Ekollo Ndongo, qui lui aurait naturellement succédé au trône mais se retrouve exilé, l histoire ne nous dit pas les raisons de cet exile, Mouasso Ekoll’a Ndongo est fait chef de Bojongo. Et vont se succeder:
– Ekoll’a Mouasso Ekoll’a Ndongo
– Mouasso Ekoll’a Mouasso dans l incapacite d assurer le pouvoir, le règne passe chez Moujongue Ekoll’a ndongo
– Épée Munjongue Ekoll’a Ndongo
– Priso Mouasso Ekoll’a Ndongo
– Ndame Bruno Ekoll’a Ndongo régna très peu et fut destitué par l administrattion française le 15 janvier 1945.
– Iwondo Ekam Ekoll’a Ndongo ( Munjongue ) a sa mort le 22 Mai 1956 se pose un probleme du choix de son successeur. L’ histoire nous parle d une RÉGENCE après la destitution brutale de Ndame Bruno. Aucun documment officiciel n atteste cette thèse pour la soutenir.
– contre toute attente, Mouasso Priso Fostin Ekoll’a Ndongo est désigné par la collectivité de Bojongo au détriment de Douala Ndame fils aîné de Ndame Bruno destitué alors qu il était pressenti par le roi Bell Alexandre Ndoumb’a Duala.
– apres la mort de Mouasso Priso Ekoll’a Ndongo le probleme de la succession se repose à nouveau, Bojongo se retrouve en conflit larvé avec son frère voisin Bonendale pour un litige foncier, il faut trouver une personne charismatique, car selon l histoire Njoh Mouasso Ekoll’a Ndongo le frère cadet de Mouasso Priso n’est pas apte à assumer cette fonction et les enfants du défunt non plus selon la tradition ne sont pas en âge.
LA REGENCE
Le 17 Mars 1968, Moussinga Dibobe, fils de Dibobe Tanga, de la famille Munjongue Ekoll’a Ndongo est porté au trône après avis unanime de tous les notables Bojongo .
L histoire précise qu à situation exceptionnelle, moyens exceptionnels, un accord entre les deux grandes familles ( Mouasso Ekoll’a Ndongo et Munjongue Ekoll’a Ndongo) était signé qu au vue de la situation conflictuelle qui prevaut, « le chef Moussinga va assurer le règne jusqu à ce que le fils aîné du défunt Mouasso Priso Fostin Ekoll’a Ndongo du nom de Mouasso Priso Richard soit en âge de régner ».
A la mort du chef Moussinga, après un règne de 35 ans environ ( contestant durant son regne ce fameux accord) se repose encore à nouveau le problème de la succession qui va durer près de 7 années mais finalement réglé par vote à la sous prefecture de Duala 4 ème par devant le chef des terres, l histoire ne nous dit pas la composition du corps électoral, sur 4 candidats éligibles, Mousinga Mpondo Alfred est élu avec la différence d une voix et succède à son père.
Ceci est un fait que ce désordre ne peut profiter à l’Etat à qui la chefferie traditionnelle a encore énormément à apporter pour aider le Chef de l’Etat et son gouvernement dans l’œuvre de construction nationale. Et cet apport ne pourra se sentir que dans la sérénité retrouvée.
Notre conclusion est donc que :
1- Le Chef n’est jamais élu : le principe de l’élection ne saurait passer, ni au regard de la coutume Sawa, ni même du droit positif moderne.
2- Le successeur du Chef est prioritairement un de ses fils ; et en cas de défaillance de tous les Princes, alors la famille régnantes LATO SENSU est sollicitée pour donner un Chef.
3- Le Successeur à la chefferie BELLE BELLE doit être incontestablement le fils de feu Enis Richard KOUM BELL, tandis qu un des enfants de EBONGUE AKWA est en droit de succéder à son père etc.
MPF
