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Renaissance : Les marionnettes font leur show

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La tenue à Yaoundé de la 4ème édition du festival dédié à cet art permet de mesurer l’étendue du potentiel des artistes.
Eugène Dipanda – A l’entrée du hall du Centre culturel français (Ccf) de Yaoundé, une silhouette dégingandée se trémousse inlassablement. Juste à côté, avec de longues ficelles rattachées à un bout de bois, Coco, un jeune homme d’à peine 20 ans, joue au manipulateur de la marionnette. En fond sonore, un rythme local est distillé par une voiture publicitaire en stationnement. Le pantin laisse éclore son talent. Le public accoure. En guise de récompense, quelques pièces de monnaie sont jetées dans une vieille casquette consciencieusement entreposée à même le sol par le marionnettiste.
Dans les grandes villes camerounaises, ils sont ainsi nombreux, ces jeunes gens qui semblent avoir fait de l’activité leur gagne-pain. A longueur de journée, ils sillonnent les bars et les places publiques diverses, question d’accrocher le regard des personnes intéressées par le spectacles qu’ils offrent ; mais, davantage pour susciter d’elles " un geste " en espèces sonnantes.

D’aucuns ne le savent pourtant pas, mais le spectacle des marionnettes relève purement de l’art. Quoique, pour de nombreux peuples du monde, les marionnettes sont sacrées et ont d’énormes pouvoirs. Certains peuples d’Afrique leur attribuent d’ailleurs des origines divines. D’où ces nombreuses légendes qui se racontent ici et là. Il en est ainsi de cette histoire venant du Mali, qui indique qu’" Il y a bien longtemps un pêcheur Bozo du nom de Toboji Canta, fut enlevé par les génies de la brousse. Pendant sa détention un autre génie, Wkloni, génie des buissons, vit le voir et lui apprit l’art des marionnettes. Lorsqu’il fut enfin libre Toboji retourna dans son village, Gamitogo, qui se trouve au bord du fleuve Niger dans le territoire de Sara. Toboji Canta raconta alors son histoire et enseigna aux forgerons de son village la construction des marionnettes. Ils fabriquèrent deux genres de marionnettes : les sogow (ou animaux) et les Manin (ou petites gens). Depuis les marionnettes sont devenues une tradition du Mali… ".

Expansion
Au départ, le masque était donc un objet rituel. La marionnette est venue progressivement suppléer au masque, question de mieux assurer un rôle communicationnel. Cette dernière parle donc en lieu et place de l’acteur qu’est le marionnettiste, pour que celui-ci cesse de vivre. En ce qui concerne l’homme de théâtre, l’utilisation des marionnettes comme accessoires vise à faire mieux passer son discours auprès du public cible.
Conséquence, partout en Afrique, la tradition des marionnettes a connu une expansion graduelle, au point de susciter des vocations. Ici, les artistes mettent généralement en avant un langage muet, une communication dite objectale, qui s’exprime principalement par le geste. Selon divers témoignages, l’activité puise ses origines dans la tradition des masques. Lesquels déguisements ont un effet d’épouvante, qui confère une sorte de neutralité à l’être.
A en croire François Bingono Bingono, critique d’art, "On a transféré le pouvoir de dire et de faire au masque et à la marionnette.

Parce qu’on est convaincu de ce que le masque qui s’adresse aux ancêtres, et la marionnette qui en est la formule achevée, sont des éléments qui, parce qu’ils n’ont pas de sang, n’ont pas de faute. On voudrait donc pouvoir parler au peuple en restant neutre. Un homme ne peut pas tenir un discours de sensibilisation sur les méfaits de l’alcool, par exemple, alors qu’on l’a aperçu lui-même saoul la veille. C’est un discours moralisateur qui manquerait de crédibilité. Le masque et la marionnette, eux, n’ont pas de comportements. Ils n’ont pas l’intelligence de faire la part entre le bien et le mal…".
En Afrique comme ailleurs, les festivals de marionnettes sont organisés depuis lors, pour pérenniser la tradition. Il en est ainsi du Festival international de théâtre et de marionnettes de Ouagadougou (Fitmo) au Burkina Faso ; du Festival international des masques et marionnettes de Markala au Mali (Fesmamas) ; ainsi que du Festival international des arts et du développement de la marionnette et de la sculpture (Fiadems), dont la quatrième édition bat son plein depuis le 15 octobre dernier à Yaoundé au Cameroun. L’objectif de ce dernier projet, selon Elisabeth Ngo Bassock, administrateur général du Fiadems, est de " promouvoir, de développer et de vulgariser l’art de la marionnette et de la sculpture dans le contexte culturel et artistique camerounais et africain ".

Pour l’édition 2007 du Fiadems, les marionnettistes sont venus de divers pays africains et même d’Europe. Le Togo, le Congo, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Tchad, le Cameroun et la France, rivalisent ainsi de talents à travers des spectacles itinérants délivrés dans certains établissements scolaires de Yaoundé et au Ccf, et qui auront eu la particularité d’attirer davantage des adolescents. Lesquels, manifestement, semblent tirer un certain intérêt à suivre l’histoire rocambolesque de " Kirikou et la sorcière ", celle monstrueuse de "Mho et le secret de la petite forêt ", ou encore le conte fabuleux des "Orphelins du paradis". Toutes des représentations variées de marionnettes à fil, à gaine ou à tige ; et souvent même de marionnettes géantes, qui dévoilent de la part des compagnies, " une véritable opportunité d’intégration sociale, économique et artistique des jeunes artistes, à travers la pratique d’un métier des arts du spectacle à variance pluridisciplinaire ".

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