La Cameroon Music Corporation (Cmc) a organisé une conférence de presse hier en son siège de Tsinga à Yaoundé pour repréciser sa position dans l’affaire l’opposant depuis des mois aux bars, débits de boisson et, dans une plus large perspective, aux sociétés brassicoles. –
La pomme de discorde reste évidemment le paiement de la redevance. Une décision du Mincult de mai 2006 parle de 15 francs par casier. Des quatre entreprises brassicoles de la place, les deux plus modestes se sont engagées à respecter le texte. Concernant les Brasseries du Cameroun, la porte de concertation reste ouverte. Sa concurrente immédiate, elle, ferait la sourde oreille. Ça bouge sur la piste. CT a rencontré le Pca de la Cmc, Sam Mbende, pour plus de clarifications.
Sam Mbende: « Des solutions sont explorées »
Sam Mbende, Pca de la Cameroon Music Corporation (Cmc).
Des fausses notes se font entendre depuis peu, au sujet de la redevance due par les bars et les débits de boissons. La question est-elle réglée ?
Pas encore. Les sociétés de gestion collective demandent l’application de la décision d’approbation prise par le Mincult le 12 mai 2006, fixant les taux de modalité de perception de la redevance du droit d’auteur et des droits voisins due par les bars et les débits de boisson. Il avait été décidé que le montant de cette redevance était de 15F Cfa TTC par casier, soit 17,5 F Cfa TTC par décalitre de boisson vendu par les sociétés brassicoles. Cette redevance doit donc être payée par majoration du prix du casier, somme retenue à la source par les sociétés qui devaient les reverser mensuellement.
Qu’est-ce qui fait problème aujourd’hui ?
Ça va faire deux ans que les débits de boisson et les bars ne payent pas. Or, cette redevance représente plus de 80% des revenus de la Cmc et des autres sociétés sœurs. Ceci pose un problème pour le fonctionnement des entreprises et pour les artistes, qui ne reçoivent pas leur redevance comme il faudrait.
Dans un récent entretien avec la presse à Douala, le Dg des Brasseries a indiqué que sa structure respectait les textes…
En tant que société, les Brasseries du Cameroun se sont acquittées de leurs droits d’auteur à ce jour – de 2001 à 2007 – conformément au texte du 13 janvier 2006. Le problème se pose pour le respect du deuxième texte, la décision du 12 mai 2006 que j’ai évoquée plus haut. Il y a un problème d’application de cette décision. Les Brasseries ont soulevé des difficultés réelles, mais qui ne sont pas insurmontables. Il s’agit de se concerter, de trouver des compromis.
Pour certains, ça va se solder par une nouvelle augmentation du prix des boissons…
C’est de la rigolade, passez-moi l’expression. Les sociétés brassicoles ne devraient pas nous donner de leçons en matière de protection du consommateur. Consultent-elles les consommateurs avant d’augmenter leurs prix ? 15 francs par casier, c’est à peine un franc par bouteille. Depuis peu, une de ces sociétés a augmenté ses prix de 1200 francs par casier ! Qu’elle ne vienne pas dire que le sort des clients les préoccupe. Il y a plus de 300 000 bars dans ce pays et l’écrasante majorité utilise de la musique, qu’elle soit essentielle, accessoire ou de sonorisation ambiante. La musique agrémente le milieu et le client consomme davantage. C’est bon pour les chiffres des brasseries et on voudrait exclure les artistes ?
Imaginons que ces sociétés payent tout ce qu’elles doivent. A combien s’élèverait le pactole et qu’en feriez-vous ?
Je n’ai pas encore fait les calculs, mais cela représente beaucoup d’argent. Nous le destinons à trois choses. Les artistes ayant au moins 55 ans et ayant travaillé pour la musique camerounaise recevront une pension viagère comme à la Sacem, afin que des gens ne meurent plus dans l’indigence. Ensuite, nous voulons mettre en place une vraie mutuelle pour les artistes productifs. Leur permettre de se soigner, de faire soigner leurs proches dans des structures agréées. Enfin, nous comptons relancer la production, notamment chez les jeunes qui ont du talent mais pas toujours des moyens.
CT
