mardi, février 17, 2026
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Des impacts indélébiles sur l’économie

by mboasawa
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Au-delà des pillages orchestrés ici et là, le manque à gagner s’avère très lourd pour le Cameroun.
Eugène Dipanda


Quatre jours d’immobilité abrutissante. Une fâcheuse inactivité dans la quasi-totalité des secteurs productifs. Des investissements lourds qui partent en fumée, etc. 72 heures après la bourrasque, il est encore embryonnaire de prétendre à un quelconque bilan. Tout au plus, les analystes sont unanimes sur un fait : le préjudice est énorme pour l’économie nationale. La grève lancée par les transporteurs revendiquant une diminution du prix du carburant à la pompe, qui s’est progressivement muée en une insurrection incontrôlable, a, en effet, laissé des traces dans la plupart des villes du pays. Et particulièrement à Douala, cœur de cible de l’économie camerounaise et principal foyer des tensions.

Quelques clichés : plus de 80 % des stations services de la ville ont été vandalisées. Leurs recettes journalières, à en croire les opérateurs du secteur, sont estimées en moyenne à 0,5 millions Fcfa. Particulièrement visés, les kiosques du Pari mutuel urbain camerounais (Pmuc) ont été détruits ou ont servi de bois de chauffe aux pyromanes. Des entreprises de microfinance et même certaines banques classiques, ont reçu la visite des émeutiers. Lesquels ont détruit des édifices et, quelquefois, emporté d’importantes sommes d’argent. La grande distribution n’a pas été épargnée. Dans la plupart des quartiers, boutiques, magasins divers, boulangeries et autres restaurants, ont été saccagés. Dix camions rutilants ont été brûlés chez un concessionnaire, Sidem, situé dans la zone aéroportuaire de Douala. Ses propriétaires parlent d’une perte sèche de plus d’un milliard de francs Cfa !

Et le tour est loin d’être fait. Les agences Aes-Sonel de Bonamoussadi et Snec de Makepe, par exemple, ont été pillées et des véhicules appartenant à ces entreprises brûlés. Le centre provincial des Impôts de Douala 13e à Bonamoussadi a été mis à sac, et son coffre-fort emporté. Pareil pour la mairie et la sous-préfecture de Douala V, en partie ou totalement incendiées. Le centre de distribution des Brasseries du Cameroun (Sabc) de Ndokoti, lui, est resté fermé pendant tout ce temps, obligeant des dizaines de camions à garer, dans l’attente d’une hypothétique livraison de boissons. Pas moyen donc, pour les bars, de se ravitailler.
Même la presse en a subi les contrecoups. Depuis le 25 février dernier, aucun journal de la place n’a pu être imprimé, ni être distribué, encore moins être normalement vendu. Certaines imprimeries, à l’instar de Macacos à Douala, auront d’ailleurs provisoirement fermé leurs portes.

Budget de l’Etat
Dans le secteur des transports, aucun bus n’a pu partir de Douala pour Yaoundé. Sur place dans la capitale économique, la Société camerounaise des transports urbains (Socatur) a vu l’un de ses nouveaux bus totalement calciné, et dix autres fracassés à l’aide de pierres. Dans une ville voisine, Mbanga, la Société des plantations locale a perdu plusieurs de ses plants de bananiers. L’usine de conditionnement de la banane de Njombé, elle, a été détruite et brûlée. En filigrane, c’est d’ailleurs toute la sous région Afrique centrale qui aura plus ou moins ressenti le dérèglement économique du Cameroun. La preuve, plusieurs dizaines de camions transportant des marchandises en direction du Tchad, de la Rca, du Gabon et du Congo, sont restés bloqués à Douala pendant toute la durée de la paralysie des activités. Certains importateurs estiment à environ un million Fcfa dans chaque cas, les coûts supplémentaires liés à ce stationnement prolongé. Voilà pour la partie visible de l’iceberg…

Au-delà de l’aspect optique des impacts, la facture de la crise sociale enregistrée la semaine dernière s’avère, en effet, plus douloureuse encore. Imaginons, par exemple, l’affréteur d’un bateau ayant accosté au Port autonome de Douala (Pad) lors du déclenchement des manifestations, lundi. Parce qu’il n’a pas pu se décharger de sa cargaison du fait de l’arrêt des activités sur la place portuaire, il est tenu de payer la bagatelle de 22 millions de Fcfa supplémentaires par jour d’attente. Par ailleurs, selon des chiffres avancés officiellement, le Pad produirait des recettes oscillant entre 2 et 3 milliards Fcfa par jour. Ce qui équivaudrait à quelque 8 à 12 milliards Fcfa de manque à gagner du fait de l’insurrection. Pour ce qui est des recettes fiscales et douanières, le ministre des Finances a été formel : le blocage des activités en quatre jours pèse plus de 16 milliards Fcfa ; c’est-à-dire, a ébauché M. Essimi Menye, «Environ le quart d’une augmentation de salaires des agents de l’Etat de 12% !».

Toutefois, l’un des dégâts les plus importants liés à cette crise sociale concerne le patrimoine routier du Cameroun en pleine réhabilitation. Dans la quasi-totalité des villes où les manifestations ont pris des allures de guérilla, comme un effet de contagion, les jeunes ont manifesté leur courroux en brûlant des pneus usés sur la chaussée. Ce qui a pour conséquence immédiate, selon les techniciens des travaux publics, d’endommager la couche de bitume. Dans la capitale économique notamment, où la réfection des routes est en plein essor, la fraîcheur de l’asphalte la prédisposerait à une dégradation plus rapide encore. Du coup, certains évoquent un «recommencement», si ce n’est un «retour à la case départ», avec ces nids de poules effroyables pour les usagers. Une rallonge budgétaire, prétend-on dès lors à la Communauté urbaine de Douala (Cud), est désormais incontournable pour mener les chantiers à bon port. Une source proche du ministère des Travaux publics estime ainsi à plus de 15 milliards Fcfa, le besoin de financements pour le replâtrage du goudron dont la durabilité a été hypothéquée sous l’effet des flammes dévastatrices.

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Au-delà des pillages orchestrés ici et là, le manque à gagner s’avère très lourd pour le Cameroun.
Eugène Dipanda


Quatre jours d’immobilité abrutissante. Une fâcheuse inactivité dans la quasi-totalité des secteurs productifs. Des investissements lourds qui partent en fumée, etc. 72 heures après la bourrasque, il est encore embryonnaire de prétendre à un quelconque bilan. Tout au plus, les analystes sont unanimes sur un fait : le préjudice est énorme pour l’économie nationale. La grève lancée par les transporteurs revendiquant une diminution du prix du carburant à la pompe, qui s’est progressivement muée en une insurrection incontrôlable, a, en effet, laissé des traces dans la plupart des villes du pays. Et particulièrement à Douala, cœur de cible de l’économie camerounaise et principal foyer des tensions.

Quelques clichés : plus de 80 % des stations services de la ville ont été vandalisées. Leurs recettes journalières, à en croire les opérateurs du secteur, sont estimées en moyenne à 0,5 millions Fcfa. Particulièrement visés, les kiosques du Pari mutuel urbain camerounais (Pmuc) ont été détruits ou ont servi de bois de chauffe aux pyromanes. Des entreprises de microfinance et même certaines banques classiques, ont reçu la visite des émeutiers. Lesquels ont détruit des édifices et, quelquefois, emporté d’importantes sommes d’argent. La grande distribution n’a pas été épargnée. Dans la plupart des quartiers, boutiques, magasins divers, boulangeries et autres restaurants, ont été saccagés. Dix camions rutilants ont été brûlés chez un concessionnaire, Sidem, situé dans la zone aéroportuaire de Douala. Ses propriétaires parlent d’une perte sèche de plus d’un milliard de francs Cfa !

Et le tour est loin d’être fait. Les agences Aes-Sonel de Bonamoussadi et Snec de Makepe, par exemple, ont été pillées et des véhicules appartenant à ces entreprises brûlés. Le centre provincial des Impôts de Douala 13e à Bonamoussadi a été mis à sac, et son coffre-fort emporté. Pareil pour la mairie et la sous-préfecture de Douala V, en partie ou totalement incendiées. Le centre de distribution des Brasseries du Cameroun (Sabc) de Ndokoti, lui, est resté fermé pendant tout ce temps, obligeant des dizaines de camions à garer, dans l’attente d’une hypothétique livraison de boissons. Pas moyen donc, pour les bars, de se ravitailler.
Même la presse en a subi les contrecoups. Depuis le 25 février dernier, aucun journal de la place n’a pu être imprimé, ni être distribué, encore moins être normalement vendu. Certaines imprimeries, à l’instar de Macacos à Douala, auront d’ailleurs provisoirement fermé leurs portes.

Budget de l’Etat
Dans le secteur des transports, aucun bus n’a pu partir de Douala pour Yaoundé. Sur place dans la capitale économique, la Société camerounaise des transports urbains (Socatur) a vu l’un de ses nouveaux bus totalement calciné, et dix autres fracassés à l’aide de pierres. Dans une ville voisine, Mbanga, la Société des plantations locale a perdu plusieurs de ses plants de bananiers. L’usine de conditionnement de la banane de Njombé, elle, a été détruite et brûlée. En filigrane, c’est d’ailleurs toute la sous région Afrique centrale qui aura plus ou moins ressenti le dérèglement économique du Cameroun. La preuve, plusieurs dizaines de camions transportant des marchandises en direction du Tchad, de la Rca, du Gabon et du Congo, sont restés bloqués à Douala pendant toute la durée de la paralysie des activités. Certains importateurs estiment à environ un million Fcfa dans chaque cas, les coûts supplémentaires liés à ce stationnement prolongé. Voilà pour la partie visible de l’iceberg…

Au-delà de l’aspect optique des impacts, la facture de la crise sociale enregistrée la semaine dernière s’avère, en effet, plus douloureuse encore. Imaginons, par exemple, l’affréteur d’un bateau ayant accosté au Port autonome de Douala (Pad) lors du déclenchement des manifestations, lundi. Parce qu’il n’a pas pu se décharger de sa cargaison du fait de l’arrêt des activités sur la place portuaire, il est tenu de payer la bagatelle de 22 millions de Fcfa supplémentaires par jour d’attente. Par ailleurs, selon des chiffres avancés officiellement, le Pad produirait des recettes oscillant entre 2 et 3 milliards Fcfa par jour. Ce qui équivaudrait à quelque 8 à 12 milliards Fcfa de manque à gagner du fait de l’insurrection. Pour ce qui est des recettes fiscales et douanières, le ministre des Finances a été formel : le blocage des activités en quatre jours pèse plus de 16 milliards Fcfa ; c’est-à-dire, a ébauché M. Essimi Menye, «Environ le quart d’une augmentation de salaires des agents de l’Etat de 12% !».

Toutefois, l’un des dégâts les plus importants liés à cette crise sociale concerne le patrimoine routier du Cameroun en pleine réhabilitation. Dans la quasi-totalité des villes où les manifestations ont pris des allures de guérilla, comme un effet de contagion, les jeunes ont manifesté leur courroux en brûlant des pneus usés sur la chaussée. Ce qui a pour conséquence immédiate, selon les techniciens des travaux publics, d’endommager la couche de bitume. Dans la capitale économique notamment, où la réfection des routes est en plein essor, la fraîcheur de l’asphalte la prédisposerait à une dégradation plus rapide encore. Du coup, certains évoquent un «recommencement», si ce n’est un «retour à la case départ», avec ces nids de poules effroyables pour les usagers. Une rallonge budgétaire, prétend-on dès lors à la Communauté urbaine de Douala (Cud), est désormais incontournable pour mener les chantiers à bon port. Une source proche du ministère des Travaux publics estime ainsi à plus de 15 milliards Fcfa, le besoin de financements pour le replâtrage du goudron dont la durabilité a été hypothéquée sous l’effet des flammes dévastatrices.

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Quatre jours d’immobilité abrutissante. Une fâcheuse inactivité dans la quasi-totalité des secteurs productifs. Des investissements lourds qui partent en fumée, etc. 72 heures après la bourrasque, il est encore embryonnaire de prétendre à un quelconque bilan. Tout au plus, les analystes sont unanimes sur un fait : le préjudice est énorme pour l’économie nationale. La grève lancée par les transporteurs revendiquant une diminution du prix du carburant à la pompe, qui s’est progressivement muée en une insurrection incontrôlable, a, en effet, laissé des traces dans la plupart des villes du pays. Et particulièrement à Douala, cœur de cible de l’économie camerounaise et principal foyer des tensions.

Quelques clichés : plus de 80 % des stations services de la ville ont été vandalisées. Leurs recettes journalières, à en croire les opérateurs du secteur, sont estimées en moyenne à 0,5 millions Fcfa. Particulièrement visés, les kiosques du Pari mutuel urbain camerounais (Pmuc) ont été détruits ou ont servi de bois de chauffe aux pyromanes. Des entreprises de microfinance et même certaines banques classiques, ont reçu la visite des émeutiers. Lesquels ont détruit des édifices et, quelquefois, emporté d’importantes sommes d’argent. La grande distribution n’a pas été épargnée. Dans la plupart des quartiers, boutiques, magasins divers, boulangeries et autres restaurants, ont été saccagés. Dix camions rutilants ont été brûlés chez un concessionnaire, Sidem, situé dans la zone aéroportuaire de Douala. Ses propriétaires parlent d’une perte sèche de plus d’un milliard de francs Cfa !

Et le tour est loin d’être fait. Les agences Aes-Sonel de Bonamoussadi et Snec de Makepe, par exemple, ont été pillées et des véhicules appartenant à ces entreprises brûlés. Le centre provincial des Impôts de Douala 13e à Bonamoussadi a été mis à sac, et son coffre-fort emporté. Pareil pour la mairie et la sous-préfecture de Douala V, en partie ou totalement incendiées. Le centre de distribution des Brasseries du Cameroun (Sabc) de Ndokoti, lui, est resté fermé pendant tout ce temps, obligeant des dizaines de camions à garer, dans l’attente d’une hypothétique livraison de boissons. Pas moyen donc, pour les bars, de se ravitailler.
Même la presse en a subi les contrecoups. Depuis le 25 février dernier, aucun journal de la place n’a pu être imprimé, ni être distribué, encore moins être normalement vendu. Certaines imprimeries, à l’instar de Macacos à Douala, auront d’ailleurs provisoirement fermé leurs portes.

Budget de l’Etat
Dans le secteur des transports, aucun bus n’a pu partir de Douala pour Yaoundé. Sur place dans la capitale économique, la Société camerounaise des transports urbains (Socatur) a vu l’un de ses nouveaux bus totalement calciné, et dix autres fracassés à l’aide de pierres. Dans une ville voisine, Mbanga, la Société des plantations locale a perdu plusieurs de ses plants de bananiers. L’usine de conditionnement de la banane de Njombé, elle, a été détruite et brûlée. En filigrane, c’est d’ailleurs toute la sous région Afrique centrale qui aura plus ou moins ressenti le dérèglement économique du Cameroun. La preuve, plusieurs dizaines de camions transportant des marchandises en direction du Tchad, de la Rca, du Gabon et du Congo, sont restés bloqués à Douala pendant toute la durée de la paralysie des activités. Certains importateurs estiment à environ un million Fcfa dans chaque cas, les coûts supplémentaires liés à ce stationnement prolongé. Voilà pour la partie visible de l’iceberg…

Au-delà de l’aspect optique des impacts, la facture de la crise sociale enregistrée la semaine dernière s’avère, en effet, plus douloureuse encore. Imaginons, par exemple, l’affréteur d’un bateau ayant accosté au Port autonome de Douala (Pad) lors du déclenchement des manifestations, lundi. Parce qu’il n’a pas pu se décharger de sa cargaison du fait de l’arrêt des activités sur la place portuaire, il est tenu de payer la bagatelle de 22 millions de Fcfa supplémentaires par jour d’attente. Par ailleurs, selon des chiffres avancés officiellement, le Pad produirait des recettes oscillant entre 2 et 3 milliards Fcfa par jour. Ce qui équivaudrait à quelque 8 à 12 milliards Fcfa de manque à gagner du fait de l’insurrection. Pour ce qui est des recettes fiscales et douanières, le ministre des Finances a été formel : le blocage des activités en quatre jours pèse plus de 16 milliards Fcfa ; c’est-à-dire, a ébauché M. Essimi Menye, «Environ le quart d’une augmentation de salaires des agents de l’Etat de 12% !».

Toutefois, l’un des dégâts les plus importants liés à cette crise sociale concerne le patrimoine routier du Cameroun en pleine réhabilitation. Dans la quasi-totalité des villes où les manifestations ont pris des allures de guérilla, comme un effet de contagion, les jeunes ont manifesté leur courroux en brûlant des pneus usés sur la chaussée. Ce qui a pour conséquence immédiate, selon les techniciens des travaux publics, d’endommager la couche de bitume. Dans la capitale économique notamment, où la réfection des routes est en plein essor, la fraîcheur de l’asphalte la prédisposerait à une dégradation plus rapide encore. Du coup, certains évoquent un «recommencement», si ce n’est un «retour à la case départ», avec ces nids de poules effroyables pour les usagers. Une rallonge budgétaire, prétend-on dès lors à la Communauté urbaine de Douala (Cud), est désormais incontournable pour mener les chantiers à bon port. Une source proche du ministère des Travaux publics estime ainsi à plus de 15 milliards Fcfa, le besoin de financements pour le replâtrage du goudron dont la durabilité a été hypothéquée sous l’effet des flammes dévastatrices.

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Quelques clichés : plus de 80 % des stations services de la ville ont été vandalisées. Leurs recettes journalières, à en croire les opérateurs du secteur, sont estimées en moyenne à 0,5 millions Fcfa. Particulièrement visés, les kiosques du Pari mutuel urbain camerounais (Pmuc) ont été détruits ou ont servi de bois de chauffe aux pyromanes. Des entreprises de microfinance et même certaines banques classiques, ont reçu la visite des émeutiers. Lesquels ont détruit des édifices et, quelquefois, emporté d’importantes sommes d’argent. La grande distribution n’a pas été épargnée. Dans la plupart des quartiers, boutiques, magasins divers, boulangeries et autres restaurants, ont été saccagés. Dix camions rutilants ont été brûlés chez un concessionnaire, Sidem, situé dans la zone aéroportuaire de Douala. Ses propriétaires parlent d’une perte sèche de plus d’un milliard de francs Cfa !

Et le tour est loin d’être fait. Les agences Aes-Sonel de Bonamoussadi et Snec de Makepe, par exemple, ont été pillées et des véhicules appartenant à ces entreprises brûlés. Le centre provincial des Impôts de Douala 13e à Bonamoussadi a été mis à sac, et son coffre-fort emporté. Pareil pour la mairie et la sous-préfecture de Douala V, en partie ou totalement incendiées. Le centre de distribution des Brasseries du Cameroun (Sabc) de Ndokoti, lui, est resté fermé pendant tout ce temps, obligeant des dizaines de camions à garer, dans l’attente d’une hypothétique livraison de boissons. Pas moyen donc, pour les bars, de se ravitailler.
Même la presse en a subi les contrecoups. Depuis le 25 février dernier, aucun journal de la place n’a pu être imprimé, ni être distribué, encore moins être normalement vendu. Certaines imprimeries, à l’instar de Macacos à Douala, auront d’ailleurs provisoirement fermé leurs portes.

Budget de l’Etat
Dans le secteur des transports, aucun bus n’a pu partir de Douala pour Yaoundé. Sur place dans la capitale économique, la Société camerounaise des transports urbains (Socatur) a vu l’un de ses nouveaux bus totalement calciné, et dix autres fracassés à l’aide de pierres. Dans une ville voisine, Mbanga, la Société des plantations locale a perdu plusieurs de ses plants de bananiers. L’usine de conditionnement de la banane de Njombé, elle, a été détruite et brûlée. En filigrane, c’est d’ailleurs toute la sous région Afrique centrale qui aura plus ou moins ressenti le dérèglement économique du Cameroun. La preuve, plusieurs dizaines de camions transportant des marchandises en direction du Tchad, de la Rca, du Gabon et du Congo, sont restés bloqués à Douala pendant toute la durée de la paralysie des activités. Certains importateurs estiment à environ un million Fcfa dans chaque cas, les coûts supplémentaires liés à ce stationnement prolongé. Voilà pour la partie visible de l’iceberg…

Au-delà de l’aspect optique des impacts, la facture de la crise sociale enregistrée la semaine dernière s’avère, en effet, plus douloureuse encore. Imaginons, par exemple, l’affréteur d’un bateau ayant accosté au Port autonome de Douala (Pad) lors du déclenchement des manifestations, lundi. Parce qu’il n’a pas pu se décharger de sa cargaison du fait de l’arrêt des activités sur la place portuaire, il est tenu de payer la bagatelle de 22 millions de Fcfa supplémentaires par jour d’attente. Par ailleurs, selon des chiffres avancés officiellement, le Pad produirait des recettes oscillant entre 2 et 3 milliards Fcfa par jour. Ce qui équivaudrait à quelque 8 à 12 milliards Fcfa de manque à gagner du fait de l’insurrection. Pour ce qui est des recettes fiscales et douanières, le ministre des Finances a été formel : le blocage des activités en quatre jours pèse plus de 16 milliards Fcfa ; c’est-à-dire, a ébauché M. Essimi Menye, «Environ le quart d’une augmentation de salaires des agents de l’Etat de 12% !».

Toutefois, l’un des dégâts les plus importants liés à cette crise sociale concerne le patrimoine routier du Cameroun en pleine réhabilitation. Dans la quasi-totalité des villes où les manifestations ont pris des allures de guérilla, comme un effet de contagion, les jeunes ont manifesté leur courroux en brûlant des pneus usés sur la chaussée. Ce qui a pour conséquence immédiate, selon les techniciens des travaux publics, d’endommager la couche de bitume. Dans la capitale économique notamment, où la réfection des routes est en plein essor, la fraîcheur de l’asphalte la prédisposerait à une dégradation plus rapide encore. Du coup, certains évoquent un «recommencement», si ce n’est un «retour à la case départ», avec ces nids de poules effroyables pour les usagers. Une rallonge budgétaire, prétend-on dès lors à la Communauté urbaine de Douala (Cud), est désormais incontournable pour mener les chantiers à bon port. Une source proche du ministère des Travaux publics estime ainsi à plus de 15 milliards Fcfa, le besoin de financements pour le replâtrage du goudron dont la durabilité a été hypothéquée sous l’effet des flammes dévastatrices.

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Charles Kamdem : La lecture plus accessible au public

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Fondateur du Centre de lecture et d’animation culturelle, il explique les objectifs de sa structure.
Propos recueillis par D.E – Depuis quelques semaines plusieurs activités sont organisées au sein de votre centre. C’est quoi le Clac?
Le Clac est en fait le Centre de lecture et d’animation culturelle de l’association jeunesse culture et développement créée à la fin du mois de mars 2007. Ce centre a pour but de créer et d’imposer un pôle de lecture publique de proximité dans un espace défavorisé comme le quartier Mimboman. Jusqu’à ce jour, nous pensons que nos objectifs ont été atteints puisque les élèves qui résident aux alentours du centre ainsi que les étudiants et les chercheurs qui n’ont pas toujours facilement accès aux livres dont ils ont besoin peuvent les trouver dans notre bibliothèque. A côté de cela, nous souhaitons également intéresser tous les publics à la culture démocratique, au respect des droits de l’homme, à l’éducation à la citoyenneté et à la protection de l’environnement car, au-delà d’être une bibliothèque, ce centre est un lieu de vie.

Vous dites que la plupart des adhérents à votre bibliothèque y trouvent leur compte. Comment et où vous approvisionnez-vous en livres?
Dans la plupart des cas, il s’agit de dons et de legs. Nous avons souvent reçu des ouvrages du Centre culturel français et de l’ambassade des Etats-Unis. De façon générale, seul 10% de nos livres grèvent notre budget d’acquisition.

Quels types d’activités organisez-vous en matière de lecture publique dans votre centre ?
Comme la plupart des bibliothèques de lecture publique, nous mettons à la disposition du public des livres dont le champ est proche des dix grands groupes des savoirs répertoriés (Sciences sociales, sciences et techniques…). Outre la consultation et le prête des livres, plusieurs autres activités sont menées au sein de notre bibliothèque. Il s’agit entre autres du club des séances de lecture vivante, des idées de lecture, des animations avec albums, la lecture safari, la lecture devinette et autre concours de lecture.

En plus des activités liées à la lecture, quels types d’animations existe-t-il au sein de votre centre?
Nous organisons très régulièrement des cafés littéraires et philosophiques. Nous avons déjà reçu des personnes tels l’essayiste Gaston Kelman. Plus récemment nous avons reçu le philosophe Njoh Mouelle. Nous menons actuellement un programme d’éducation à la citoyenneté avec l’ambassade des Etats-Unis à Yaoundé. La première phase s’est tenue samedi dernier et la seconde aura lieu le 24 de ce mois. A cette occasion, nous parlerons de l’attitude des jeunes face à la corruption.

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