mardi, février 17, 2026
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Le Cameroun danse au bord du précipice

by mboasawa
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Analyse :


Le politiste recommande une lecture attentive du thermomètre qui indique la poussée de fièvre au lieu de le casser par une répression aveugle
Par Eric Mathias Owona Nguini*


Avec la conjoncture émeutière que le Cameroun à connu ces derniers jours, du samedi 23 février au jeudi 28 février 2008, on a pu observer un terrible déchaînement de violence, de protestation et de provocation autant que de répression. Une puissante onde de choc expressive d’une agressivité et d’une hostilité de forte intensité a traversé de nombreux secteurs et segments ou de nombreux sédiments de la société camerounaise. La dynamique d’effervescence et de coalescence créée par ce déferlement et déchaînement émeutiers, a suscité une violence sociale venant extérioriser les frustrations et tensions de nombreux groupes engagés dans une vie fortement dévastatrice et déprédatrice.

La conjoncture émeutière qui a fortement secoué de nombreuses villes camerounaises (Douala, Yaoundé, Bamenda, Bafang, Obala, Njombe – Penja, etc.) a donné lieu à une véritable escalade porteuse de fortes tensions pour la stabilité et la sécurité du Cameroun comme maillée par de multiples tensions et missions politiques, économiques, sociales et culturelles. Il s’agit d’un épisode nouveau de violences collectives révélatrices de la circulation des différentes contraintes traversant une société camerounaise oscillant entre inertie et changement. L’ «énergie sociale» dépensée de manière agressive dans ces turbulences émeutières ou dans leur ferme et sévère répression, est révélatrice des crispations créées par les dynamiques dissymétriques de distribution et de redistribution des chances d’autorité et de pouvoir, d’utilité et d’échange ou d’identité et de statut. La conjoncture émeutière qu’a traversée le Cameroun est un analyseur de la pression et de l’oppression créées par la généralisation du développement inégal et déloyal.

L’onde de violence protestataire et contre protestataire qui a mis une grande partie du Cameroun dans un véritable état de panique générale correspond à un arbre complexe en termes de causes et de raisons, de processus et de mécanismes, de dispositifs et de motifs ou de mobiles et de sources. Pour cerner cette situation de fortes fluidités et turbulences sociopolitiques et socio-économiques, il convient de ne pas perdre de vu l’hétérogénéité des conduites et des actes qui se sont manifestés au cours de cet épisode. Les dynamiques critiques à l’œuvre dans ce processus de fluidité relèvent de jeux et enjeux politiques (discordance et dissonance des liens de représentations et de médiation ; affrontements de groupes de pression et d’intérêt, lutte pour ce contrôle du pouvoir central) ; économique (problème de la vie cher de l’inflation et de la spéculation caractérisée) ou sociales (inégalité sociale, criarde,) et culturelles (manipulations identitaires des tensions exprimées).

L’onde de choc qui a traversé le Cameroun est un processus intersectoriel et intentionnel d’agitations et de mobilisation faites de poussées émeutières et/ou insurrectionnelles de violences ou et/de poussées sécuritaires et/ou contre insurrectionnelle de violence où l’on a vu comment se forme une brèche dans l’écorce spatio-temporel et structuro-fonctionnel de la société englobante camerounaise, brèche qui libère des pulsions puissantes de violence contestataire et protestataire à travers lesquelles on note de fortes tensions entre intégration valorisée, désirée et intégration frustrée et dévalorisée. En effet, cette puissante poussée d’indocilité et d’incivilité a constitué un moment fort expressif d’une crispation imminente de nombreux acteurs collectifs (agences) ou individuels (agents) autour de luttes concernant leurs conditions, positions et situations d’intégration et d’identification aux lieux et éminents, valorisants, attrayants et prépondérants dans la division sociale du travail et des fonctions au Cameroun.

Vulnérabilités
L’onde de choc qui a traversé le Cameroun entre le 25 février et le 27 février, a montré que le pays était exposé à de multiples vulnérabilités politiques, économique, techniques, stratégiques et psychiques. Elle a notamment montré que le système gouvernant confronté à des dynamiques collectives d’incertitude pouvait rapidement être menacé par la montée des problèmes de contrôle, de conduite et de pilotage. Confrontés à une telle fenêtre critique, les différents dispositifs gouvernementaux et institutionnels ont montré une faible capacité à canaliser les incertitudes créées par un processus émeutier dont le dynamique complexe a comporté des nivaux spontanées, parodiques spongieux puis sponsorisés d’action contre institutionnelle. La crise émeutière a ainsi conduit à une véritable paralyse décisionnelle, institutionnelle dans les principaux centres urbains et métropolitains de pouvoir que sont Douala et Yaoundé.

Le système gouvernant constitué autour du pouvoir central a vu son autorité par un déchaînement émeutiers qui a conduit à de nombreuses atteintes aux personnes et aux biens, libérant de terribles pulsions d’agressivité centre les représentants (fonctionnaires civils ou militaires) et représentant de l’Etat du parti dominant ou des réseaux d’intérêts et d’influences liées au groupe face à l’étonnante passivité ou sous-réactivité des institutions gouvernantes à résorber la prolifération de cette violence collective par des moyens pacifiques. Le Leadership central de l’Etat camerounais a dû recourir à un usage intensif et massif de la coercition physique pour éviter une cristallisation de la crise capable de contenir et de réduire une dynamique de crise sociale menaçant de subvertir le pouvoir institutionnel contrôlé par le président Biya et son groupe dominant. En effet, le contrôle dirigeant bénéficiant au règne a été momentanément mis à mal par cette éruption émeutière.

L’onde de violence produite par le choc de la coercition émeutière et de la coercition contre émeutière s’est inscrite dans une conjoncture sociétale de tension (divergences et crispations politique, institutionnel et stratégiques autour de la révision constitutionnelle, perspective d’une grève des transporteurs contre la hausse des prix du carburant, inconfort des ménages et agents économiquement démunis et défavorisés face à la hausse continue des prix des denrées de première nécessité ; réunie des manœuvres commerciaux et/ou financière de spéculation ; chômage endémique, inefficacité des politiques social de redistribution etc.). En clair, l’épisode de violence collective qui a traversé le Cameroun est une expression symptomatique d’une société crispée parce que grippée, d’une société désabusée par le triomphe de passe droit sur les droits, de l’arbitraire sur l’arbitrage.

Au delà de la complexité de ses modèles de structuration et de ses modèles d’opération. L’épisode de violences critiques gouverné par la tension entre agressivité protestataire et sévérité contre protestataire, a été un signal d’un relèvement général de la tension dans les supports sociaux camerounais. Ce déchaînement de pulsions violentes est indicateur du jeu conflictuel entre forces d’inertie et forces de changement, entre puissances d’ordre et de désordre, entre dynamique d’équité ou d’égalité et dynamique d’iniquité et d’inégalité. Un tel déferlement d’indocilité et d’incivilité révèle la montée aussi extrême de problèmes de gouvernabilité et de responsabilité. Il s’agit d’un processus révélateur d’un malaise complexe lié à la faible consolidation et validation de systèmes institutionnels et fonctionnels d’activité et d’interactivité politiques économique, sociaux et culturels disposant d’une forte et d’une haute légitimité et efficacité. Ceci exprime la cristallisation de réactions enchaînées et accumulées de déforme à des problèmes systémiques et endémiques.

Turbulences
Les coups de boutoir et de semonce portés par les différents bandes d’émeutiers et les différentes vagues d’émeutes ont détruit de nombreux biens et entraîné de nombreux morts, suscitant en réaction la mise en action et à feu de dispositif sécuritaire gouvernant (police, puis gendarmerie, corps militaires) face à la pénétration de cette vague contestataire dans la capitale politique Yaoundé, sanctuaire du pouvoir central menacé d’être converti en théâtre d’action de la subversion indirecte puis semi-directe du régime Biya-Rdpc. L’appareil gouvernant a convoqué ses vieux mécanismes réflexes sécuritaires. Ce recours brutal à un maintien de l’ordre ferme, nerveux et frileux est une réaction résultant d’une rapide expansion de la turbulence émeutière dans le sacro-saint domaine central du pouvoir qu’est Yaoundé.

Confronté à la furie dévastatrice d’escouades émeutières engagées dans une contestation violente de l’autorité et de la légitimité politique autant que de l’efficacité et de la capacité économique de l’ordre établi, les agences principales ou auxiliaires du pouvoir central (administration centrale, administration territoriale, réseaux du parti) ont été paralysées par une véritable panique générale et paniqués par une incontestable paralysie décisionnelle. Le système gouvernant déjà travaillé par de nombreuses suspicions internes, a connu un réel blocage de sa capacité à réagir en raison de l’évanouissement attentiste et opportuniste de tous les intermédiaires politiques opérant au profit du pouvoir central (grands barons et hautes élites du régime, élite intermédiaire, parti gouvernant, chefs et notables associés à la machinerie au pouvoir, opérateurs économiques associés aux coteries dirigeantes, députés et conseillers municipaux du Rdpc, leaders et cadres de l’opposition institutionnelle ou déloyale). Privé de ses ressources expressives et persuasives et incapable d’offrir des ressources rétributives exigées ou revendiquées par des émeutiers en furie, le pouvoir central était contraint de s’appuyer sur la capacité coercitive des forces de l’ordre.

Si la démarche de fermeté choisie par le pouvoir central et son chef a réussi à canaliser la poussée émeutière, cette orientation sécuritaire profilée par rapport aux besoins gouvernants de réduction de la vague protestataire, n’a pas permis de poser explicitement les mesures politiques à même de faire qu’il ne s’agisse pas du premier moment d’une véritable zone de turbulences. La vérité de la situation commande de prendre en compte positivement et constructivement les problèmes socio-économiques de pauvreté, de misère et d’étranglement par la hausse vertigineuse des prix. Au réalisme sécuritaire d’une reprise en main d’une situation susceptible d’évoluer vers une subversion du pouvoir, il convient d’adjoindre un pragmatisme utilitaire recherchant à résoudre ou à réduire les problèmes qui ont servi (même à titre de prétexte) de déclencheur de la crise.

Instrumentalisés ou non, manipulés complètement ou en partie par des groupes d’intérêt et de pression liés aux forces officielles d’opposition où à une action déloyale de coteries gouvernantes appuyés par des puissances extérieures contestant le pouvoir du président Biya, les émeutes sont un signal des différentes tensions et frustrations de la société camerounaise. Afin qu’elles ne correspondent à une simple phase d’accalmie d’un processus d’agitation qui pourra rebondir, il convient que les différentes forces politiques et sociales s’en fassent une représentation allant au-delà de sommaires théories du complot. C’est au coeur de la politisation conflictuelle de ces terribles violences émeutières et contre-émeutières qu’il convient de sonder les raisons de (re) construire un compromis minimal autour du système politique, économique et social et de son architecture, compromis qui menace d’être pulvérisé par les divergences autour de la révision de la constitution, les disputes socio-économiques et la menace d’une montée aux extrêmes de tensions ethno régionales. Le Cameroun ne doit pas danser au bord d’un précipice…

*Enseignant à l’université de Yaoundé II – Soa

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Le politiste recommande une lecture attentive du thermomètre qui indique la poussée de fièvre au lieu de le casser par une répression aveugle
Par Eric Mathias Owona Nguini*


Avec la conjoncture émeutière que le Cameroun à connu ces derniers jours, du samedi 23 février au jeudi 28 février 2008, on a pu observer un terrible déchaînement de violence, de protestation et de provocation autant que de répression. Une puissante onde de choc expressive d’une agressivité et d’une hostilité de forte intensité a traversé de nombreux secteurs et segments ou de nombreux sédiments de la société camerounaise. La dynamique d’effervescence et de coalescence créée par ce déferlement et déchaînement émeutiers, a suscité une violence sociale venant extérioriser les frustrations et tensions de nombreux groupes engagés dans une vie fortement dévastatrice et déprédatrice.

La conjoncture émeutière qui a fortement secoué de nombreuses villes camerounaises (Douala, Yaoundé, Bamenda, Bafang, Obala, Njombe – Penja, etc.) a donné lieu à une véritable escalade porteuse de fortes tensions pour la stabilité et la sécurité du Cameroun comme maillée par de multiples tensions et missions politiques, économiques, sociales et culturelles. Il s’agit d’un épisode nouveau de violences collectives révélatrices de la circulation des différentes contraintes traversant une société camerounaise oscillant entre inertie et changement. L’ «énergie sociale» dépensée de manière agressive dans ces turbulences émeutières ou dans leur ferme et sévère répression, est révélatrice des crispations créées par les dynamiques dissymétriques de distribution et de redistribution des chances d’autorité et de pouvoir, d’utilité et d’échange ou d’identité et de statut. La conjoncture émeutière qu’a traversée le Cameroun est un analyseur de la pression et de l’oppression créées par la généralisation du développement inégal et déloyal.

L’onde de violence protestataire et contre protestataire qui a mis une grande partie du Cameroun dans un véritable état de panique générale correspond à un arbre complexe en termes de causes et de raisons, de processus et de mécanismes, de dispositifs et de motifs ou de mobiles et de sources. Pour cerner cette situation de fortes fluidités et turbulences sociopolitiques et socio-économiques, il convient de ne pas perdre de vu l’hétérogénéité des conduites et des actes qui se sont manifestés au cours de cet épisode. Les dynamiques critiques à l’œuvre dans ce processus de fluidité relèvent de jeux et enjeux politiques (discordance et dissonance des liens de représentations et de médiation ; affrontements de groupes de pression et d’intérêt, lutte pour ce contrôle du pouvoir central) ; économique (problème de la vie cher de l’inflation et de la spéculation caractérisée) ou sociales (inégalité sociale, criarde,) et culturelles (manipulations identitaires des tensions exprimées).

L’onde de choc qui a traversé le Cameroun est un processus intersectoriel et intentionnel d’agitations et de mobilisation faites de poussées émeutières et/ou insurrectionnelles de violences ou et/de poussées sécuritaires et/ou contre insurrectionnelle de violence où l’on a vu comment se forme une brèche dans l’écorce spatio-temporel et structuro-fonctionnel de la société englobante camerounaise, brèche qui libère des pulsions puissantes de violence contestataire et protestataire à travers lesquelles on note de fortes tensions entre intégration valorisée, désirée et intégration frustrée et dévalorisée. En effet, cette puissante poussée d’indocilité et d’incivilité a constitué un moment fort expressif d’une crispation imminente de nombreux acteurs collectifs (agences) ou individuels (agents) autour de luttes concernant leurs conditions, positions et situations d’intégration et d’identification aux lieux et éminents, valorisants, attrayants et prépondérants dans la division sociale du travail et des fonctions au Cameroun.

Vulnérabilités
L’onde de choc qui a traversé le Cameroun entre le 25 février et le 27 février, a montré que le pays était exposé à de multiples vulnérabilités politiques, économique, techniques, stratégiques et psychiques. Elle a notamment montré que le système gouvernant confronté à des dynamiques collectives d’incertitude pouvait rapidement être menacé par la montée des problèmes de contrôle, de conduite et de pilotage. Confrontés à une telle fenêtre critique, les différents dispositifs gouvernementaux et institutionnels ont montré une faible capacité à canaliser les incertitudes créées par un processus émeutier dont le dynamique complexe a comporté des nivaux spontanées, parodiques spongieux puis sponsorisés d’action contre institutionnelle. La crise émeutière a ainsi conduit à une véritable paralyse décisionnelle, institutionnelle dans les principaux centres urbains et métropolitains de pouvoir que sont Douala et Yaoundé.

Le système gouvernant constitué autour du pouvoir central a vu son autorité par un déchaînement émeutiers qui a conduit à de nombreuses atteintes aux personnes et aux biens, libérant de terribles pulsions d’agressivité centre les représentants (fonctionnaires civils ou militaires) et représentant de l’Etat du parti dominant ou des réseaux d’intérêts et d’influences liées au groupe face à l’étonnante passivité ou sous-réactivité des institutions gouvernantes à résorber la prolifération de cette violence collective par des moyens pacifiques. Le Leadership central de l’Etat camerounais a dû recourir à un usage intensif et massif de la coercition physique pour éviter une cristallisation de la crise capable de contenir et de réduire une dynamique de crise sociale menaçant de subvertir le pouvoir institutionnel contrôlé par le président Biya et son groupe dominant. En effet, le contrôle dirigeant bénéficiant au règne a été momentanément mis à mal par cette éruption émeutière.

L’onde de violence produite par le choc de la coercition émeutière et de la coercition contre émeutière s’est inscrite dans une conjoncture sociétale de tension (divergences et crispations politique, institutionnel et stratégiques autour de la révision constitutionnelle, perspective d’une grève des transporteurs contre la hausse des prix du carburant, inconfort des ménages et agents économiquement démunis et défavorisés face à la hausse continue des prix des denrées de première nécessité ; réunie des manœuvres commerciaux et/ou financière de spéculation ; chômage endémique, inefficacité des politiques social de redistribution etc.). En clair, l’épisode de violence collective qui a traversé le Cameroun est une expression symptomatique d’une société crispée parce que grippée, d’une société désabusée par le triomphe de passe droit sur les droits, de l’arbitraire sur l’arbitrage.

Au delà de la complexité de ses modèles de structuration et de ses modèles d’opération. L’épisode de violences critiques gouverné par la tension entre agressivité protestataire et sévérité contre protestataire, a été un signal d’un relèvement général de la tension dans les supports sociaux camerounais. Ce déchaînement de pulsions violentes est indicateur du jeu conflictuel entre forces d’inertie et forces de changement, entre puissances d’ordre et de désordre, entre dynamique d’équité ou d’égalité et dynamique d’iniquité et d’inégalité. Un tel déferlement d’indocilité et d’incivilité révèle la montée aussi extrême de problèmes de gouvernabilité et de responsabilité. Il s’agit d’un processus révélateur d’un malaise complexe lié à la faible consolidation et validation de systèmes institutionnels et fonctionnels d’activité et d’interactivité politiques économique, sociaux et culturels disposant d’une forte et d’une haute légitimité et efficacité. Ceci exprime la cristallisation de réactions enchaînées et accumulées de déforme à des problèmes systémiques et endémiques.

Turbulences
Les coups de boutoir et de semonce portés par les différents bandes d’émeutiers et les différentes vagues d’émeutes ont détruit de nombreux biens et entraîné de nombreux morts, suscitant en réaction la mise en action et à feu de dispositif sécuritaire gouvernant (police, puis gendarmerie, corps militaires) face à la pénétration de cette vague contestataire dans la capitale politique Yaoundé, sanctuaire du pouvoir central menacé d’être converti en théâtre d’action de la subversion indirecte puis semi-directe du régime Biya-Rdpc. L’appareil gouvernant a convoqué ses vieux mécanismes réflexes sécuritaires. Ce recours brutal à un maintien de l’ordre ferme, nerveux et frileux est une réaction résultant d’une rapide expansion de la turbulence émeutière dans le sacro-saint domaine central du pouvoir qu’est Yaoundé.

Confronté à la furie dévastatrice d’escouades émeutières engagées dans une contestation violente de l’autorité et de la légitimité politique autant que de l’efficacité et de la capacité économique de l’ordre établi, les agences principales ou auxiliaires du pouvoir central (administration centrale, administration territoriale, réseaux du parti) ont été paralysées par une véritable panique générale et paniqués par une incontestable paralysie décisionnelle. Le système gouvernant déjà travaillé par de nombreuses suspicions internes, a connu un réel blocage de sa capacité à réagir en raison de l’évanouissement attentiste et opportuniste de tous les intermédiaires politiques opérant au profit du pouvoir central (grands barons et hautes élites du régime, élite intermédiaire, parti gouvernant, chefs et notables associés à la machinerie au pouvoir, opérateurs économiques associés aux coteries dirigeantes, députés et conseillers municipaux du Rdpc, leaders et cadres de l’opposition institutionnelle ou déloyale). Privé de ses ressources expressives et persuasives et incapable d’offrir des ressources rétributives exigées ou revendiquées par des émeutiers en furie, le pouvoir central était contraint de s’appuyer sur la capacité coercitive des forces de l’ordre.

Si la démarche de fermeté choisie par le pouvoir central et son chef a réussi à canaliser la poussée émeutière, cette orientation sécuritaire profilée par rapport aux besoins gouvernants de réduction de la vague protestataire, n’a pas permis de poser explicitement les mesures politiques à même de faire qu’il ne s’agisse pas du premier moment d’une véritable zone de turbulences. La vérité de la situation commande de prendre en compte positivement et constructivement les problèmes socio-économiques de pauvreté, de misère et d’étranglement par la hausse vertigineuse des prix. Au réalisme sécuritaire d’une reprise en main d’une situation susceptible d’évoluer vers une subversion du pouvoir, il convient d’adjoindre un pragmatisme utilitaire recherchant à résoudre ou à réduire les problèmes qui ont servi (même à titre de prétexte) de déclencheur de la crise.

Instrumentalisés ou non, manipulés complètement ou en partie par des groupes d’intérêt et de pression liés aux forces officielles d’opposition où à une action déloyale de coteries gouvernantes appuyés par des puissances extérieures contestant le pouvoir du président Biya, les émeutes sont un signal des différentes tensions et frustrations de la société camerounaise. Afin qu’elles ne correspondent à une simple phase d’accalmie d’un processus d’agitation qui pourra rebondir, il convient que les différentes forces politiques et sociales s’en fassent une représentation allant au-delà de sommaires théories du complot. C’est au coeur de la politisation conflictuelle de ces terribles violences émeutières et contre-émeutières qu’il convient de sonder les raisons de (re) construire un compromis minimal autour du système politique, économique et social et de son architecture, compromis qui menace d’être pulvérisé par les divergences autour de la révision de la constitution, les disputes socio-économiques et la menace d’une montée aux extrêmes de tensions ethno régionales. Le Cameroun ne doit pas danser au bord d’un précipice…

*Enseignant à l’université de Yaoundé II – Soa

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Le politiste recommande une lecture attentive du thermomètre qui indique la poussée de fièvre au lieu de le casser par une répression aveugle
Par Eric Mathias Owona Nguini*


Avec la conjoncture émeutière que le Cameroun à connu ces derniers jours, du samedi 23 février au jeudi 28 février 2008, on a pu observer un terrible déchaînement de violence, de protestation et de provocation autant que de répression. Une puissante onde de choc expressive d’une agressivité et d’une hostilité de forte intensité a traversé de nombreux secteurs et segments ou de nombreux sédiments de la société camerounaise. La dynamique d’effervescence et de coalescence créée par ce déferlement et déchaînement émeutiers, a suscité une violence sociale venant extérioriser les frustrations et tensions de nombreux groupes engagés dans une vie fortement dévastatrice et déprédatrice.

La conjoncture émeutière qui a fortement secoué de nombreuses villes camerounaises (Douala, Yaoundé, Bamenda, Bafang, Obala, Njombe – Penja, etc.) a donné lieu à une véritable escalade porteuse de fortes tensions pour la stabilité et la sécurité du Cameroun comme maillée par de multiples tensions et missions politiques, économiques, sociales et culturelles. Il s’agit d’un épisode nouveau de violences collectives révélatrices de la circulation des différentes contraintes traversant une société camerounaise oscillant entre inertie et changement. L’ «énergie sociale» dépensée de manière agressive dans ces turbulences émeutières ou dans leur ferme et sévère répression, est révélatrice des crispations créées par les dynamiques dissymétriques de distribution et de redistribution des chances d’autorité et de pouvoir, d’utilité et d’échange ou d’identité et de statut. La conjoncture émeutière qu’a traversée le Cameroun est un analyseur de la pression et de l’oppression créées par la généralisation du développement inégal et déloyal.

L’onde de violence protestataire et contre protestataire qui a mis une grande partie du Cameroun dans un véritable état de panique générale correspond à un arbre complexe en termes de causes et de raisons, de processus et de mécanismes, de dispositifs et de motifs ou de mobiles et de sources. Pour cerner cette situation de fortes fluidités et turbulences sociopolitiques et socio-économiques, il convient de ne pas perdre de vu l’hétérogénéité des conduites et des actes qui se sont manifestés au cours de cet épisode. Les dynamiques critiques à l’œuvre dans ce processus de fluidité relèvent de jeux et enjeux politiques (discordance et dissonance des liens de représentations et de médiation ; affrontements de groupes de pression et d’intérêt, lutte pour ce contrôle du pouvoir central) ; économique (problème de la vie cher de l’inflation et de la spéculation caractérisée) ou sociales (inégalité sociale, criarde,) et culturelles (manipulations identitaires des tensions exprimées).

L’onde de choc qui a traversé le Cameroun est un processus intersectoriel et intentionnel d’agitations et de mobilisation faites de poussées émeutières et/ou insurrectionnelles de violences ou et/de poussées sécuritaires et/ou contre insurrectionnelle de violence où l’on a vu comment se forme une brèche dans l’écorce spatio-temporel et structuro-fonctionnel de la société englobante camerounaise, brèche qui libère des pulsions puissantes de violence contestataire et protestataire à travers lesquelles on note de fortes tensions entre intégration valorisée, désirée et intégration frustrée et dévalorisée. En effet, cette puissante poussée d’indocilité et d’incivilité a constitué un moment fort expressif d’une crispation imminente de nombreux acteurs collectifs (agences) ou individuels (agents) autour de luttes concernant leurs conditions, positions et situations d’intégration et d’identification aux lieux et éminents, valorisants, attrayants et prépondérants dans la division sociale du travail et des fonctions au Cameroun.

Vulnérabilités
L’onde de choc qui a traversé le Cameroun entre le 25 février et le 27 février, a montré que le pays était exposé à de multiples vulnérabilités politiques, économique, techniques, stratégiques et psychiques. Elle a notamment montré que le système gouvernant confronté à des dynamiques collectives d’incertitude pouvait rapidement être menacé par la montée des problèmes de contrôle, de conduite et de pilotage. Confrontés à une telle fenêtre critique, les différents dispositifs gouvernementaux et institutionnels ont montré une faible capacité à canaliser les incertitudes créées par un processus émeutier dont le dynamique complexe a comporté des nivaux spontanées, parodiques spongieux puis sponsorisés d’action contre institutionnelle. La crise émeutière a ainsi conduit à une véritable paralyse décisionnelle, institutionnelle dans les principaux centres urbains et métropolitains de pouvoir que sont Douala et Yaoundé.

Le système gouvernant constitué autour du pouvoir central a vu son autorité par un déchaînement émeutiers qui a conduit à de nombreuses atteintes aux personnes et aux biens, libérant de terribles pulsions d’agressivité centre les représentants (fonctionnaires civils ou militaires) et représentant de l’Etat du parti dominant ou des réseaux d’intérêts et d’influences liées au groupe face à l’étonnante passivité ou sous-réactivité des institutions gouvernantes à résorber la prolifération de cette violence collective par des moyens pacifiques. Le Leadership central de l’Etat camerounais a dû recourir à un usage intensif et massif de la coercition physique pour éviter une cristallisation de la crise capable de contenir et de réduire une dynamique de crise sociale menaçant de subvertir le pouvoir institutionnel contrôlé par le président Biya et son groupe dominant. En effet, le contrôle dirigeant bénéficiant au règne a été momentanément mis à mal par cette éruption émeutière.

L’onde de violence produite par le choc de la coercition émeutière et de la coercition contre émeutière s’est inscrite dans une conjoncture sociétale de tension (divergences et crispations politique, institutionnel et stratégiques autour de la révision constitutionnelle, perspective d’une grève des transporteurs contre la hausse des prix du carburant, inconfort des ménages et agents économiquement démunis et défavorisés face à la hausse continue des prix des denrées de première nécessité ; réunie des manœuvres commerciaux et/ou financière de spéculation ; chômage endémique, inefficacité des politiques social de redistribution etc.). En clair, l’épisode de violence collective qui a traversé le Cameroun est une expression symptomatique d’une société crispée parce que grippée, d’une société désabusée par le triomphe de passe droit sur les droits, de l’arbitraire sur l’arbitrage.

Au delà de la complexité de ses modèles de structuration et de ses modèles d’opération. L’épisode de violences critiques gouverné par la tension entre agressivité protestataire et sévérité contre protestataire, a été un signal d’un relèvement général de la tension dans les supports sociaux camerounais. Ce déchaînement de pulsions violentes est indicateur du jeu conflictuel entre forces d’inertie et forces de changement, entre puissances d’ordre et de désordre, entre dynamique d’équité ou d’égalité et dynamique d’iniquité et d’inégalité. Un tel déferlement d’indocilité et d’incivilité révèle la montée aussi extrême de problèmes de gouvernabilité et de responsabilité. Il s’agit d’un processus révélateur d’un malaise complexe lié à la faible consolidation et validation de systèmes institutionnels et fonctionnels d’activité et d’interactivité politiques économique, sociaux et culturels disposant d’une forte et d’une haute légitimité et efficacité. Ceci exprime la cristallisation de réactions enchaînées et accumulées de déforme à des problèmes systémiques et endémiques.

Turbulences
Les coups de boutoir et de semonce portés par les différents bandes d’émeutiers et les différentes vagues d’émeutes ont détruit de nombreux biens et entraîné de nombreux morts, suscitant en réaction la mise en action et à feu de dispositif sécuritaire gouvernant (police, puis gendarmerie, corps militaires) face à la pénétration de cette vague contestataire dans la capitale politique Yaoundé, sanctuaire du pouvoir central menacé d’être converti en théâtre d’action de la subversion indirecte puis semi-directe du régime Biya-Rdpc. L’appareil gouvernant a convoqué ses vieux mécanismes réflexes sécuritaires. Ce recours brutal à un maintien de l’ordre ferme, nerveux et frileux est une réaction résultant d’une rapide expansion de la turbulence émeutière dans le sacro-saint domaine central du pouvoir qu’est Yaoundé.

Confronté à la furie dévastatrice d’escouades émeutières engagées dans une contestation violente de l’autorité et de la légitimité politique autant que de l’efficacité et de la capacité économique de l’ordre établi, les agences principales ou auxiliaires du pouvoir central (administration centrale, administration territoriale, réseaux du parti) ont été paralysées par une véritable panique générale et paniqués par une incontestable paralysie décisionnelle. Le système gouvernant déjà travaillé par de nombreuses suspicions internes, a connu un réel blocage de sa capacité à réagir en raison de l’évanouissement attentiste et opportuniste de tous les intermédiaires politiques opérant au profit du pouvoir central (grands barons et hautes élites du régime, élite intermédiaire, parti gouvernant, chefs et notables associés à la machinerie au pouvoir, opérateurs économiques associés aux coteries dirigeantes, députés et conseillers municipaux du Rdpc, leaders et cadres de l’opposition institutionnelle ou déloyale). Privé de ses ressources expressives et persuasives et incapable d’offrir des ressources rétributives exigées ou revendiquées par des émeutiers en furie, le pouvoir central était contraint de s’appuyer sur la capacité coercitive des forces de l’ordre.

Si la démarche de fermeté choisie par le pouvoir central et son chef a réussi à canaliser la poussée émeutière, cette orientation sécuritaire profilée par rapport aux besoins gouvernants de réduction de la vague protestataire, n’a pas permis de poser explicitement les mesures politiques à même de faire qu’il ne s’agisse pas du premier moment d’une véritable zone de turbulences. La vérité de la situation commande de prendre en compte positivement et constructivement les problèmes socio-économiques de pauvreté, de misère et d’étranglement par la hausse vertigineuse des prix. Au réalisme sécuritaire d’une reprise en main d’une situation susceptible d’évoluer vers une subversion du pouvoir, il convient d’adjoindre un pragmatisme utilitaire recherchant à résoudre ou à réduire les problèmes qui ont servi (même à titre de prétexte) de déclencheur de la crise.

Instrumentalisés ou non, manipulés complètement ou en partie par des groupes d’intérêt et de pression liés aux forces officielles d’opposition où à une action déloyale de coteries gouvernantes appuyés par des puissances extérieures contestant le pouvoir du président Biya, les émeutes sont un signal des différentes tensions et frustrations de la société camerounaise. Afin qu’elles ne correspondent à une simple phase d’accalmie d’un processus d’agitation qui pourra rebondir, il convient que les différentes forces politiques et sociales s’en fassent une représentation allant au-delà de sommaires théories du complot. C’est au coeur de la politisation conflictuelle de ces terribles violences émeutières et contre-émeutières qu’il convient de sonder les raisons de (re) construire un compromis minimal autour du système politique, économique et social et de son architecture, compromis qui menace d’être pulvérisé par les divergences autour de la révision de la constitution, les disputes socio-économiques et la menace d’une montée aux extrêmes de tensions ethno régionales. Le Cameroun ne doit pas danser au bord d’un précipice…

*Enseignant à l’université de Yaoundé II – Soa

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Le Cameroun danse au bord du précipice

by mboasawa
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Analyse :


Le politiste recommande une lecture attentive du thermomètre qui indique la poussée de fièvre au lieu de le casser par une répression aveugle
Par Eric Mathias Owona Nguini*


Avec la conjoncture émeutière que le Cameroun à connu ces derniers jours, du samedi 23 février au jeudi 28 février 2008, on a pu observer un terrible déchaînement de violence, de protestation et de provocation autant que de répression. Une puissante onde de choc expressive d’une agressivité et d’une hostilité de forte intensité a traversé de nombreux secteurs et segments ou de nombreux sédiments de la société camerounaise. La dynamique d’effervescence et de coalescence créée par ce déferlement et déchaînement émeutiers, a suscité une violence sociale venant extérioriser les frustrations et tensions de nombreux groupes engagés dans une vie fortement dévastatrice et déprédatrice.

La conjoncture émeutière qui a fortement secoué de nombreuses villes camerounaises (Douala, Yaoundé, Bamenda, Bafang, Obala, Njombe – Penja, etc.) a donné lieu à une véritable escalade porteuse de fortes tensions pour la stabilité et la sécurité du Cameroun comme maillée par de multiples tensions et missions politiques, économiques, sociales et culturelles. Il s’agit d’un épisode nouveau de violences collectives révélatrices de la circulation des différentes contraintes traversant une société camerounaise oscillant entre inertie et changement. L’ «énergie sociale» dépensée de manière agressive dans ces turbulences émeutières ou dans leur ferme et sévère répression, est révélatrice des crispations créées par les dynamiques dissymétriques de distribution et de redistribution des chances d’autorité et de pouvoir, d’utilité et d’échange ou d’identité et de statut. La conjoncture émeutière qu’a traversée le Cameroun est un analyseur de la pression et de l’oppression créées par la généralisation du développement inégal et déloyal.

L’onde de violence protestataire et contre protestataire qui a mis une grande partie du Cameroun dans un véritable état de panique générale correspond à un arbre complexe en termes de causes et de raisons, de processus et de mécanismes, de dispositifs et de motifs ou de mobiles et de sources. Pour cerner cette situation de fortes fluidités et turbulences sociopolitiques et socio-économiques, il convient de ne pas perdre de vu l’hétérogénéité des conduites et des actes qui se sont manifestés au cours de cet épisode. Les dynamiques critiques à l’œuvre dans ce processus de fluidité relèvent de jeux et enjeux politiques (discordance et dissonance des liens de représentations et de médiation ; affrontements de groupes de pression et d’intérêt, lutte pour ce contrôle du pouvoir central) ; économique (problème de la vie cher de l’inflation et de la spéculation caractérisée) ou sociales (inégalité sociale, criarde,) et culturelles (manipulations identitaires des tensions exprimées).

L’onde de choc qui a traversé le Cameroun est un processus intersectoriel et intentionnel d’agitations et de mobilisation faites de poussées émeutières et/ou insurrectionnelles de violences ou et/de poussées sécuritaires et/ou contre insurrectionnelle de violence où l’on a vu comment se forme une brèche dans l’écorce spatio-temporel et structuro-fonctionnel de la société englobante camerounaise, brèche qui libère des pulsions puissantes de violence contestataire et protestataire à travers lesquelles on note de fortes tensions entre intégration valorisée, désirée et intégration frustrée et dévalorisée. En effet, cette puissante poussée d’indocilité et d’incivilité a constitué un moment fort expressif d’une crispation imminente de nombreux acteurs collectifs (agences) ou individuels (agents) autour de luttes concernant leurs conditions, positions et situations d’intégration et d’identification aux lieux et éminents, valorisants, attrayants et prépondérants dans la division sociale du travail et des fonctions au Cameroun.

Vulnérabilités
L’onde de choc qui a traversé le Cameroun entre le 25 février et le 27 février, a montré que le pays était exposé à de multiples vulnérabilités politiques, économique, techniques, stratégiques et psychiques. Elle a notamment montré que le système gouvernant confronté à des dynamiques collectives d’incertitude pouvait rapidement être menacé par la montée des problèmes de contrôle, de conduite et de pilotage. Confrontés à une telle fenêtre critique, les différents dispositifs gouvernementaux et institutionnels ont montré une faible capacité à canaliser les incertitudes créées par un processus émeutier dont le dynamique complexe a comporté des nivaux spontanées, parodiques spongieux puis sponsorisés d’action contre institutionnelle. La crise émeutière a ainsi conduit à une véritable paralyse décisionnelle, institutionnelle dans les principaux centres urbains et métropolitains de pouvoir que sont Douala et Yaoundé.

Le système gouvernant constitué autour du pouvoir central a vu son autorité par un déchaînement émeutiers qui a conduit à de nombreuses atteintes aux personnes et aux biens, libérant de terribles pulsions d’agressivité centre les représentants (fonctionnaires civils ou militaires) et représentant de l’Etat du parti dominant ou des réseaux d’intérêts et d’influences liées au groupe face à l’étonnante passivité ou sous-réactivité des institutions gouvernantes à résorber la prolifération de cette violence collective par des moyens pacifiques. Le Leadership central de l’Etat camerounais a dû recourir à un usage intensif et massif de la coercition physique pour éviter une cristallisation de la crise capable de contenir et de réduire une dynamique de crise sociale menaçant de subvertir le pouvoir institutionnel contrôlé par le président Biya et son groupe dominant. En effet, le contrôle dirigeant bénéficiant au règne a été momentanément mis à mal par cette éruption émeutière.

L’onde de violence produite par le choc de la coercition émeutière et de la coercition contre émeutière s’est inscrite dans une conjoncture sociétale de tension (divergences et crispations politique, institutionnel et stratégiques autour de la révision constitutionnelle, perspective d’une grève des transporteurs contre la hausse des prix du carburant, inconfort des ménages et agents économiquement démunis et défavorisés face à la hausse continue des prix des denrées de première nécessité ; réunie des manœuvres commerciaux et/ou financière de spéculation ; chômage endémique, inefficacité des politiques social de redistribution etc.). En clair, l’épisode de violence collective qui a traversé le Cameroun est une expression symptomatique d’une société crispée parce que grippée, d’une société désabusée par le triomphe de passe droit sur les droits, de l’arbitraire sur l’arbitrage.

Au delà de la complexité de ses modèles de structuration et de ses modèles d’opération. L’épisode de violences critiques gouverné par la tension entre agressivité protestataire et sévérité contre protestataire, a été un signal d’un relèvement général de la tension dans les supports sociaux camerounais. Ce déchaînement de pulsions violentes est indicateur du jeu conflictuel entre forces d’inertie et forces de changement, entre puissances d’ordre et de désordre, entre dynamique d’équité ou d’égalité et dynamique d’iniquité et d’inégalité. Un tel déferlement d’indocilité et d’incivilité révèle la montée aussi extrême de problèmes de gouvernabilité et de responsabilité. Il s’agit d’un processus révélateur d’un malaise complexe lié à la faible consolidation et validation de systèmes institutionnels et fonctionnels d’activité et d’interactivité politiques économique, sociaux et culturels disposant d’une forte et d’une haute légitimité et efficacité. Ceci exprime la cristallisation de réactions enchaînées et accumulées de déforme à des problèmes systémiques et endémiques.

Turbulences
Les coups de boutoir et de semonce portés par les différents bandes d’émeutiers et les différentes vagues d’émeutes ont détruit de nombreux biens et entraîné de nombreux morts, suscitant en réaction la mise en action et à feu de dispositif sécuritaire gouvernant (police, puis gendarmerie, corps militaires) face à la pénétration de cette vague contestataire dans la capitale politique Yaoundé, sanctuaire du pouvoir central menacé d’être converti en théâtre d’action de la subversion indirecte puis semi-directe du régime Biya-Rdpc. L’appareil gouvernant a convoqué ses vieux mécanismes réflexes sécuritaires. Ce recours brutal à un maintien de l’ordre ferme, nerveux et frileux est une réaction résultant d’une rapide expansion de la turbulence émeutière dans le sacro-saint domaine central du pouvoir qu’est Yaoundé.

Confronté à la furie dévastatrice d’escouades émeutières engagées dans une contestation violente de l’autorité et de la légitimité politique autant que de l’efficacité et de la capacité économique de l’ordre établi, les agences principales ou auxiliaires du pouvoir central (administration centrale, administration territoriale, réseaux du parti) ont été paralysées par une véritable panique générale et paniqués par une incontestable paralysie décisionnelle. Le système gouvernant déjà travaillé par de nombreuses suspicions internes, a connu un réel blocage de sa capacité à réagir en raison de l’évanouissement attentiste et opportuniste de tous les intermédiaires politiques opérant au profit du pouvoir central (grands barons et hautes élites du régime, élite intermédiaire, parti gouvernant, chefs et notables associés à la machinerie au pouvoir, opérateurs économiques associés aux coteries dirigeantes, députés et conseillers municipaux du Rdpc, leaders et cadres de l’opposition institutionnelle ou déloyale). Privé de ses ressources expressives et persuasives et incapable d’offrir des ressources rétributives exigées ou revendiquées par des émeutiers en furie, le pouvoir central était contraint de s’appuyer sur la capacité coercitive des forces de l’ordre.

Si la démarche de fermeté choisie par le pouvoir central et son chef a réussi à canaliser la poussée émeutière, cette orientation sécuritaire profilée par rapport aux besoins gouvernants de réduction de la vague protestataire, n’a pas permis de poser explicitement les mesures politiques à même de faire qu’il ne s’agisse pas du premier moment d’une véritable zone de turbulences. La vérité de la situation commande de prendre en compte positivement et constructivement les problèmes socio-économiques de pauvreté, de misère et d’étranglement par la hausse vertigineuse des prix. Au réalisme sécuritaire d’une reprise en main d’une situation susceptible d’évoluer vers une subversion du pouvoir, il convient d’adjoindre un pragmatisme utilitaire recherchant à résoudre ou à réduire les problèmes qui ont servi (même à titre de prétexte) de déclencheur de la crise.

Instrumentalisés ou non, manipulés complètement ou en partie par des groupes d’intérêt et de pression liés aux forces officielles d’opposition où à une action déloyale de coteries gouvernantes appuyés par des puissances extérieures contestant le pouvoir du président Biya, les émeutes sont un signal des différentes tensions et frustrations de la société camerounaise. Afin qu’elles ne correspondent à une simple phase d’accalmie d’un processus d’agitation qui pourra rebondir, il convient que les différentes forces politiques et sociales s’en fassent une représentation allant au-delà de sommaires théories du complot. C’est au coeur de la politisation conflictuelle de ces terribles violences émeutières et contre-émeutières qu’il convient de sonder les raisons de (re) construire un compromis minimal autour du système politique, économique et social et de son architecture, compromis qui menace d’être pulvérisé par les divergences autour de la révision de la constitution, les disputes socio-économiques et la menace d’une montée aux extrêmes de tensions ethno régionales. Le Cameroun ne doit pas danser au bord d’un précipice…

*Enseignant à l’université de Yaoundé II – Soa

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Richard Bona

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“ Un Camerounais a utilisé mon nom dans son passeport pour aller faire des bêtises en Hongrie, pays dans le quel je suis actuellement interdit de séjour“
Entretien à bâtons rompus.
Mené par
Simon INOU, Vienne Autriche –

Au 22 décembre 2007 Richard Bona, le multi-instrumentaliste camerounais résidant et enseignant à New York, aura donné 176 concerts en 356 jours dans le monde, sauf en Afrique. Richard Bona, qui se méfie beaucoup de ses compatriotes, s’est entretenu avec nous lors de son récent passage à Vienne en Autriche, pays de l’un de ses mentors Joe Zawinul, récemment décédé. Il nous parle, entre autres, de sa rencontre avec Zawinul, de sa condamnation, du réseau Internet, de l’escroquerie dont il est victime de la part des feymen camerounais, de son engagement contre les guerres et les dictatures, mais aussi de son prochain Cd/Dvd qui sortira en mars 2008. Le 28 octobre dernier, il a fêté son quarantième anniversaire.
Mené par
Simon INOU, Vienne Autriche

Richard, vous êtes de passage à Vienne, la ville de votre mentor Joe Zawinul, qui nous a quittés le 11 septembre dernier. Comment vous êtes-vous connus?
En 1993, j’ai joué de la basse sur une maquette de Paco-Séry, un batteur ivoirien. Ces maquettes, à l’époque, étaient faites sur cassettes. Paco se rend aux Etats-Unis d’Amérique avec le groupe musical français Sixun. Sur place, Paco fait jouer cette maquette à Joe Zawinul. Ce dernier lui demande qui est le bassiste jouant sur la maquette? Paco lui donne mon nom et mon numéro de téléphone. La même année, Joe est à Paris et joue à un club nommé "Au passage du nord-ouest". Il m’appelle et me demande d’aller jouer avec lui ce soir-là…

Sans repétitions?
Non sans répétitions, je suis arrivé ce jour-là à six heures de l’après-midi et j’ai joué deux ou trois morceaux avec son groupe. C’est comme cela que nous nous sommes rencontrés. D’ailleurs, après le concert, il me dit: “Si tu viens un jour aux Usa, je t’engagerais dans mon groupe”. En 1995, j’immigre aux Usa. Sur place, je lui passe un coup de fil et il me dit "viens enregistrer avec moi, je suis actuellement en studio". C’est comme cela qu’on a enregistré “My people“ et un mois plus tard, j’étais en tournée avec lui. J’ai joué avec Joe jusqu’en 1998. On s’entendait bien et je dois dire qu’il n’a jamais oublié de se rappeler de mon anniversaire. Même après mon départ du groupe en 1998.

Joe Zawinul est décédé le 11 septembre dernier. Comment as-tu appris cette disparition?
Au mois de septembre 2007, j’étais en tournée en Colombie en Amérique du sud. Le soir du 10 septembre, je suis dans ma chambre d’hôtel et je n’arrive pas à dormir, à cause du décalage horaire (J’arrivais d’Europe). Je me mets donc à écrire de la musique. Je branche mon petit studio portatif et me mets à composer. Je finis de composer un beau morceau et me dis, il faut le sauvegarder. Je somnolais déjà. Je titre ce morceau "Remember Joe". Nous sommes le 10 septembre 2007. (Il nous montre la composition sur son ordinateur portable, Ndlr). Six heures plus tard, son fils Erich Zawinul m’appelle et me dit Joe viens de mourir. C’est comme si Joe Zawinul est passé pour me dire aurevoir.

Joe Zawinul a aussi travaillé avec plusieurs artistes africains…
Comme par exemple Salif Keita, Etienne Mbappé, Cheikh Tidjane Seck, Souleymane Doumbia, etc. Joe Zawinul avait une très bonne ouie et savait comment dénicher de bons musiciens. Il a compris très tôt que les Africains avaient un potentiel énorme. Joe Zawinul savait écouter. Il avait les oreilles les plus parfaites avec lesquelles j’ai joué jusqu’à ce jour.

La scène musicale ainsi que les fans étaient habitués à un nouvel album de Richard Bona tous les deux ans.
Ce n’était pas possible cette année, car j’ai eu énormément de tournées. Si Dieu le veut, je terminerai ma tournée le 22 décembre prochain. Cela fera en tout 176 concerts en 365 Jours. Cela veut dire que j’ai donné un concert tous les deux jours, quelque part sur la planète. Actuellement, j’essaie de réduire à 110 concerts par an. Concernant les albums, j’ai un album Live Cd/Dvd qui sort au mois de mars 2008. Les fans vont découvrir de nouvelles chansons ainsi que la tournée mondiale que j’ai effectuée à travers la planète.
Bien que je compose tous les jours, j’ai voulu prendre du temps pour faire du bon travail. Je ne veux pas faire un album brouillon et vite fait. Je ne veux pas écouter mon album et dire : "si j’avais eu du temps". J’aimerais faire un album dont j’en serais toujours fier, 50 ans après. L’année prochaine, peut être, car je ferais moins de concerts. Peut-être que je ferais une tournée avec Lokua Kanza et Gerald Toto en été prochain. J’ai envie de me ressourcer un peu à plusieurs niveaux. Je pense aussi à faire un truc avec Lionel Loueke, un guitariste béninois, mais aussi avec Mike Stern…. J’aimerais maintenant aller à la découverte de celles et ceux qui ne sont pas encore très connus. J’ai déjà travaillé avec beaucoup d’artistes connus dans le monde du jazz: Herbie Handcock, Path Metheny, Mike Stern, Chick Corea. J’aime beaucoup apprendre.

Richard, vous jouez partout dans le monde, mais rarement en Afrique…
Oui, mais j’ai fait un concert en Côte d’Ivoire. J’aime aller en Afrique, mais je n’aime plus aller en Afrique pour jouer. Sincèrement, je ne veux plus jouer en Afrique.
Richard Bona doit avoir des raisons !
C’est difficile de jouer en Afrique. Ces quatre dernières années, j’ai joué partout dans le monde, même en Sibérie, dans le froid. Ma maman me disait dernièrement “… qui vient te regarder dans de tels pays…” Je lui ai répondu que nous avons joué devant près 1600 personnes à Irkoutz…

C’était la même chose en Côte d’Ivoire?
En 2005, en Côte d’Ivoire, le concert était génial. J’ai été d’ailleurs reçu par le président Gbagbo chez lui.

Avec Gbagbo quels sont les thèmes que vous aviez abordés en discutant?
(Rires) J’ai d’abord refusé, car je ne m’y connais pas en politique. J’aime regarder les présidents africains à distance. Je ne connais rien en politique, car je regarde rarement la télé. Avec Gbagbo, on a parlé musique (il joue à l’orgue). Je lui ai conseillé de faire un effort, afin que tout le monde puisse dialoguer et maintenir la flamme de Côte d’Ivoire allumée sur toute l’Afrique de l’Ouest. Je lui disais : il va falloir faire beaucoup de concessions. C’est le chemin à suivre pour sortir du marasme dans lequel se trouve la Côte d’Ivoire. D’ailleurs Gbagbo se moquait de moi, car la Côte d’Ivoire allait en Coupe du monde et le Cameroun pas. J’espère qu’il a réussi…. D’ailleurs, à mon retour le soir à l’hôtel, j’ai rencontré des gens de l’opposition qui sont venus vers moi. Ils voulaient en savoir plus sur ma rencontre… En politique, c’est important de se parler….

Vous jouez rarement au Cameroun
J’ai beaucoup joué à travers le monde ces quatre dernières années. Et deux concerts qui ont foiré au niveau de l’organisation ont eu lieu au Cameroun. Je n’ai pas trop de bons souvenirs de mon pays, en matière de concerts, de promoteurs artistiques, etc. Dans notre pays, nous avons des problèmes, même là où il ne devrait pas y en avoir. Ces concerts étaient organisés par des Camerounais au Cameroun, mais aussi à l’étranger.

Auriez-vous des exemples?
J’ai vécu la même expérience en 2004 avec un promoteur camerounais installé en France. Il a organisé un concert à Colombes. J’arrive à Colombes en provenance de Londres avec un orchestre de dix personnes. La salle n’est même pas ouverte, il n’y a même pas à boire (je parle ici d’eau et de jus, de café). Il n’y a rien. Nous installons néanmoins le matériel, le promoteur arrive une heure avant le concert, très bien habillé veste et cravate. Pour lui, ce n’était pas important que la salle soit prête. Le comble, c’est lorsque tu apprends le même soir, après que tu aies tout installé, que tu ne joueras qu’en deuxième ou troisième position. Le promoteur te fait comprendre qu’il y a un comédien qui jouera avant toi, mais en plus de quelqu’un qui va faire les cérémonies de prestidigitation…. et je me dis les Camerounais sont des sacrés improvisateurs. Après le concert, tu apprends que le producteur a déjà organisé dans un restaurant parisien une soirée dédicace. Tout ceci sans nous informer de rien du tout. Il (le producteur) ignore que je suis en tournée et que tous les soirs je dois dormir. Imagine une minute que les concerts se déroulent de la sorte, je ne serais plus jamais en train de faire de la musique… Ma carrière serait déjà foutue.

Sont-ils vraiment des promoteurs?
Non. Ce ne sont pas des promoteurs. Ce sont des gens qui s’improvisent comme promoteurs en une soirée. Ils ignorent que c’est un métier. Le plus souvent, ils ne lisent même pas le contrat qui leur est envoyé d’avance. L’essentiel pour ces soi-disant promoteurs est de voir le nom Richard Bona mentionné ; c’est tout. De quoi M. Bona a besoin… n’effleure même pas la conscience de ces promoteurs. Un manque de respect total pour ta personne et ton travail.

Comment comprendre ces comportements ?
Ce n’est même pas de leur faute. Sur le plan promotion artistique, rien n’a vraiment changé depuis mon départ du Cameroun.

C’est un peu la même chose qui se passe à la tête de nos Etats….
C’est en général très difficile de changer l’homme africain. Regarde par exemple nos gouvernants. Les gens qui sont censés avoir un peu de quelque chose dans la tête gouvernent encore comme des chefs de village. Comment peut-on rester si longtemps au pouvoir? Nous transposons nos structures traditionnelles sur le plan national et étatique. Quand je suis chef, je ne veux pas devenir “ Nyankomba ” demain; je ne veux pas devenir “ Zezemot ”…. Je suis chef jusqu’à la fin de ma vie. Comment vas-tu changer cela? Une république n’est pas une royauté. Pourquoi ne pas laisser le pouvoir après deux ou trois mandats? Laisser la place à quelqu’un de nouveau avec les idées nouvelles. C’est de cette façon que nous pouvons avancer. En Afrique, il est tellement difficile de changer les choses.

Avec votre musique, vous pourriez changer beaucoup de choses…
Je ne sais pas si je pourrais changer ces choses…. Je ne sais pas si j’ai l’énergie suffisante pour les changer. Chacun doit faire quelque chose de très positif à son niveau. La vie est courte. J’ai des enfants, une femme, une famille. Cela implique des obligations énormes. Particulièrement chez nous en Afrique et précisément au Cameroun. C’est vraiment difficile. Ce qui est plus grave chez-nous, c’est que les gens critiquent sans réfléchir.

Des exemples?
J’ai donné deux concerts au Cameroun pour venir en aide aux malades du Sida. Cela s’est bien déroulé. Le Lions Club a construit un centre de dépistage de Sida à l’hôpital Cebec de Bonabéri avec l’argent des deux concerts. Ce que je trouve fabuleux. Le lendemain, une association représentant des lépreux me dit "vous ne faites que pour le Sida alors que la lèpre existe depuis 40 ans au Cameroun. Que faites-vous? Parce que le Sida est à la mode? Tu feras quelque chose pour les lépreux, les sourds-muets viendront…. ainsi de suite. Je n’ai pas assez de force pour ça. Je ne sais pas me battre sur d’autres fronts. La seule chose dans laquelle j’investis ma patience est la musique.

Décu par les Camerounais?
J’ai été victime des faussaires camerounais que vous appelez….

…Les feymen?
Je vous donne quelques exemples : un Camerounais s’est passé pour Richard Bona dans un forum de chat. Il a insulté l’artiste Coco Ateba. Lorsque j’ai croisé cette dernière en France, elle ne voulait plus parler avec moi. Pour la simple raison que je l’aurai insultée sur Internet. Au moment où elle se fait insulter par un Camerounais avec mon identité, je suis en plein concert en Amérique du sud. Je ne pouvais quand même pas me dédoubler … Ce sont les malheurs du web…
Pendant cette tournée 2007, je me suis fais arrêter à la frontière hongroise. J’ai eu une interdiction d’entrer en Hongrie. Pays dans lequel je vais presque tous les ans et où j’ai des milliers d’admirateurs. Tu sais pour quelles raisons? Parce que je suis fiché. Richard Bona serait rentré illégalement en Hongrie en 2006. Je ne suis jamais allé en Hongrie en 2006, mais en 2005 et 2007. Un Camerounais a utilisé mon nom sur son passeport camerounais pour aller semer la pagaille dans ce pays dans lequel je suis habitué à jouer depuis des années. Le jour où ce Camerounais portant mon nom est arrêté, je suis en plein concert en Suède (il nous montre son calendrier sur son ordinateur portable, Ndlr). Comment puis-je être en Suède et en même temps en Hongrie? J’ai d’ailleurs pris un avocat qui se charge de l’affaire. C’est pas fou ça? Heureusement qu’après six heures d’attente à la frontière, on m’a laissé entrer en Hongrie. Mon producteur est intervenu auprès de la femme du ministre de la Culture qui est une de mes fidèles. C’est pas fou ça?…
Un autre épisode se passe justement en Suède. J’y suis pour un concert. Deux Camerounais prétendant travailler pour le ministère de la Santé arrivent à mon hôtel. Ils me rencontrent et me posent un problème que je dois résoudre. L’un d’eux me parle d’un jeune Camerounais résidant au Cameroun, fan de Richard Bona qui serait gravement malade et qui nécessiterait les soins dans un hôpital français. Le deuxième est au téléphone portable et lance des “ oui monsieur le ministre, nous sommes bien arrivés à destination, il est en face de nous… Ah vous êtes à Mvomeka’a. Nous vous faisons signe après Monsieur le ministre…”. Moi je prends mon téléphone et j’appelle une connaissance dans un hôpital français pour faciliter les formalités. Et de leur demander qui financera l’opération. Tous restent muets et se regardent mutuellement. Je leur dis donc que je m’en chargerai – cela coûtait environ 12.000 euros, environ 7 millions 800 mille Cfa. Comment effectuer la transaction financière? Ils me donnent un numéro de téléphone que je dois joindre au Cameroun. D’autant plus que disent-ils “ ils ne veulent pas toucher cet argent ”. Nous nous séparons. Heureusement que mon premier réflexe était d’appeler une connaissance au Cameroun pour vérification. Cette dernière se rend compte que le numéro ne correspond pas à un numéro du ministère de la Santé, comme préalablement mentionné par les faussaires. L’affaire a foiré…

C’est la déception totale…
Oui. La déception est totale. Cela me rappelle l’époque où j’étais au Cameroun. Nous avions donné un beau concert dans une salle archicomble à Buea. Nous étions fiers d’avoir quelques sous après. Voilà le promoteur qui vient et vous raconte qu’on vient de lui voler sa sacoche dans laquelle tout l’argent se trouvait… Tu compatis un peu. Mais quand tu vois le même scénario se répéter en 2007, que veux-tu que je te dise?

Rien n’a changé alors….
Comme tu le dis. Rien du tout….

Sur un tout autre chapitre. Dans les médias on parle trop du Darfour….
J’en ai entendu parler. Je suis même allé manifester une fois contre les horreurs au Darfour. Pour l’Irak, j’y suis allé deux fois.

Richard Bona activiste?
Oui, je suis un activiste qui s’engage dans l’humanitaire. Les gens ne peuvent plus souffrir de la sorte comme au Darfour. Nous sommes en 2007, au XXème siècle. Nous savons tous que la guerre n’a jamais payé. Tuer les enfants, violer les femmes… Regarde l’Irak. On est retourné 500 ans en arrière. On ne gagne plus une guerre aujourd’hui. Regarde l’exemple des Usa. Ils sont comme quelqu’un qui a un morceau de viande chaude dans la bouche. Il ne peut pas l’avaler parce que c’est trop chaud. Il ne peut le cracher parce qu’il est avide… C’est comme quelqu’un qui a les pieds dans l’eau et qui meurt de soif.

Sur youtube.com, le plus célèbre site Internet de diffusion et de partage de video, il y a un très bel enregistrement d’un de vos concerts donnés au Canada avec l’Africain-américain chef d’orchestre Bobby McFerrin. Sur le même site, on trouve des enregistrements de très mauvaises qualités de vos concerts…. faits avec du matériel amateur, par des amateurs qui vous font plus de mal que de bien. Qu’en dites-vous?
Pour être honnête, je suis contre cette façon de diffuser des enregistrements amateurs, sans aucune qualité sur Internet. Celles et ceux qui le font peuvent détruire à la longue toute une carrière musicale bâtie de longue date. Des individus viennent à mes concerts et enregistrent avec des téléphones portables. Ces enregistrements ne représentent pas la personne que je suis, ni le travail que je fais. Je dis aux gens : "Si tu veux me pirater, pirate moi bien".

Cela veut dire…
Bien enregistrer avec du bon matériel audio et vidéo. Parfois, j’ai regardé des trucs sur youtube.com et tu écoutes des gens manger, des fourchettes qui tombent, le son est mauvais, l’image bouge, etc. C’est pas des cameramen. C’est pas bien. Cela nous fait en tant qu’artistes plus de mal que de bien. La vidéo avec Bobby McFerrin a été enregistrée par une chaîne de Tv canadienne, avec du bon matériel ainsi que des professionnels. La plupart des trucs sur youtube.com c’est de la pisse. C’est horrible et du coup le mec qui ne connaît pas Richard Bona, qui va voir ça, se fait déjà une idée de l’artiste : "Ca ne sonne pas bien. Il ne chante pas bien" alors qu’au concert, c’était bien…. Je pense que le Net est arrivé 20 ans plus tôt.

Richard Bona autorise le piratage musical?
A mon niveau, je fais des efforts énormes avec ma maison de production pour éviter le piratage de mes oeuvres. Rares sont les pochettes Cd de Richard Bona avec des booklets. Ceci pour une raison simple: Je me refuse à faire exploser les coûts de productions qui se ressentent forcément sur le prix de chaque Cd acheté. Dans la plupart des pays africains, je suis victime de piratage. Au Cameroun, les pirates m’ont déjà tués par deux fois. J’y ai trouvé des Cd et Dvd avec le titre “ Hommage à Richard Bona 1 et 2 ”. Ces supports sont produits par des Camerounais qui viennent à mes concerts, l’enregistrent avec du matériel audio et vidéo amateurs et le mettent sur le marché. Ces enregistrements ne sont pas autorisés par Richard Bona et contribuent plutôt à donner une très mauvaise image de ma personne et de mon travail… Ces enregistrements sont très souvent diffusés sur le réseau internet. Un réseau qui fait plus de mal que de bien…

Auriez-vous des préoccupations par rapport au réseau Internet?
D’abord, le réseau Internet n’a pas de police. Ce qui permet à n’importe qui de faire du n’importe quoi. Prenez le cas de ces filles africaines qui, dans les cafés Internet africains, trouvent par hasard des "maris" et se rendent compte plus tard être tombées dans des réseaux de prostitution? Combien d’enlèvement et de viols d’enfants et de mineurs ont été occasionnés grâce au réseau Internet? Des femmes piégées, des enfants enlevés, des artistes piratés. L’Internet, c’est un réseau dans lequel on trouve plus de pervers que d’êtres humains normaux. Si cela ne dépendait que de moi, je fermerai le Net.

Pourtant votre musique se vend bien sur le Net… Vous envoyez vos e-mails par le Net… c’est aussi une révolution….
…Oui, mais cela ne veut rien dire. Qui est Richard Bona face aux milliards d’individus qui souffrent à cause du Net? Ne soyons pas autant égoïstes? Je ne regarde pas Richard Bona, mais le Net dans l’ensemble. Si je peux, le Net is fucking dead… L’Internet fait plus de mal que de bien. Même le langage des internautes est d’une saleté incroyable. Avant le Net, on a accompli des prouesses incroyables.

L’Internet tente de faire la concurrence aux médias traditionnels tels que la télé, la radio ainsi que la presse écrite…
Je n’ai pas de télé chez moi. Voilà encore un instrument bizarre. Cela abrutit. Tout ce qui compte, c’est l’audimat. Ce n’est plus la qualité du travail. Un exemple frappant est cette histoire de Star Academy. Du n’importe quoi. Des gens qui ne savent même pas chanter sont acclamés. Ne nous leurrons pas. Ce n’est pas parce que nous pouvons communiquer à la vitesse de la lumière que le monde est nécessairement meilleur. Regardons l’Internet de façon globale et non individuelle.

Et la lecture pour vous ?
Je lis rarement les journaux. Maintenant, j’ai “ Le Messager ” en main. Je vais le lire tout à l’heure. Je lis beaucoup de livres surtout dans le domaine musical. N’oubliez pas que j’enseigne aussi… et pour cette raison, je dois beaucoup apprendre…. Il ne faut jamais cesser d’apprendre: des hommes, des expériences et des livres…. 

Le messager
Le 23-11-2007

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