Annoncé depuis le 8 juillet dernier, l’engin de la CUY a commencé hier le travail de démolition du célèbre quartier.
On se croirait dans une fourmilière. Des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants s’attèlent à récupérer des morceaux de bois, des portes, des tôles. Ici, c’est un téléviseur miraculeusement intact qui est récupéré alors que des jeunes garçons se mettent à plusieurs pour transporter une armoire aux vitres brisées. Près d’eux, un énorme engin s’acharne contre la toiture d’une maison qui cède très rapidement. Sur les habitations encore debout, on s’évertue à enlever les tôles, les fenêtres et tout ce qui est récupérable avant qu’il ne soit trop tard. Les affaires sauvées sont entassées dans des voitures, sur le bord de la route, tant bien que mal. Jadis réputé pour être le repaire des bandits, avec ses maisons exiguës, sa promiscuité et sa saleté, le quartier Ntaba à Yaoundé n’est plus qu’un amas de terre et de pierres.
Annoncée depuis le début du mois en cours, la Communauté urbaine de Yaoundé est finalement passée hier pour raser les habitations de ce quartier populaire. « L’engin est arrivé vers 10h. Mes enfants dormaient dans la maison, une voisine a pu les sortir de là. Le temps que j’arrive, tout avait été réduit en poussière », pleure une commerçante. La tension est à son comble et les nerfs lâchent parfois. On entend des cris de colère et des engueulades dus à l’état d’énervement avancé des habitants. Une femme assène un coup de latte sur la tête d’une autre qui tentait de voler son bois et se lance à la poursuite d’enfants qui avaient la même idée. Un peu plus loin, c’est une affaire de tôles volées qui manque de virer au drame. Les journalistes qui approchent les déguerpis sont repoussés par des injures et des menaces. Heureusement, la présence discrète mais efficace des forces de l’ordre fait son effet.
Le délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine, Gilbert Tsimi Evouna, est descendu lui-même sur le terrain pour s’enquérir de l’effectivité des déguerpissements. Sous les regards d’une centaine de badauds que l’évènement a attirés. C’est le 8 juillet dernier qu’a expiré le délai accordé, une semaine plus tôt, par la CUY aux habitants de Ntaba pour quitter les lieux. A la date butoir, une bonne partie des 5000 habitants de cette zone était toujours sur place. Ce qui révolte certaines personnes. « Les gens sont restés par défi, pensant que leur présence allait freiner la CUY. Mais qui a déjà vu le délégué reculer devant une décision prise ? On ne peut pas toujours défier le gouvernement. Ces gens étaient censés être partis depuis des jours, mais ils sont toujours là. Maintenant, ils sont obligés de courir avec les effets sur la tête. Il vaut mieux faire un parc ici comme on l’a annoncé car ce n’est que le marécage », s’écrie l’un d’entre eux, très vite pris à partie par des natifs du quartier. L’engin de la CUY continue pendant ce temps son travail de démolition. Il a encore jusqu’à demain pour envoyer dans l’histoire et les souvenirs, le nom de Ntaba.
Josiane R. MATIA
