C’est un homme particulièrement affaibli qui devra faire face à la " fronde " des médias et de la diaspora camerounaise en France.
La visite officielle que le chef de l’Etat Paul Biya entame en France n’aura sans doute pas la même connotation pour cet homme, pourtant habitué des salons de l’Elysée depuis son accession au pouvoir le 6 novembre 1982. Elle intervient au plus fort des manifestations de la dénonciation des "biens mal acquis" du chef de l’Etat camerounais en Français par le Comité catholique contre la faim et pour le développement (Ccfd). Une affaire dont le chef de l’Etat se serait volontiers passée au moment où il a de plus en plus de mal à donner des gages de sa bonne foi dans la lutte contre la corruption engagée dans son pays.
Une affaire qui, si elle n’est pas la première mise au devant de la scène par cette Ong, elle était déjà à l’origine de la dénonciation des présidents Omar Bongo Ondimba du Gabon, Denis Sassou Nguesso du Congo et Obiang Nguema de la Guinée Equatoriale, jusqu’à l’ouverture d’une instruction par la justice française, devra, et est même déjà au centre de toutes les préoccupations tant au Cameroun qu’au niveau de la France qui accueille Paul Biya officiellement dès demain 21 juillet 2009. L’affaire est rendue d’autant plus délicate pour le chef de l’Etat camerounais que sa réaction au début de cet événement a été des plus maladroites pour ne pas en dire plus. Dans l’une de nos précédentes éditions, nous relevions cette boutade d’un observateur de passage dans notre rédaction " Dans les jours qui viennent, Paul Biya va vous donner du grain à moudre pour que vous lui lâchiez un peu les baskets avec les histoires des " biens mal acquis "… Ce sera soit un gouvernement, soit la convocation du congrès de son parti ou autre chose comme cela… ".
La réflexion faite le 30 juin 2009 en fin de journée était suivie dans la soirée d’un réajustement gouvernemental marqué par le départ du Premier ministre Ephraïm Inoni, du patron de la Défense Rémy Zé Meka et d’autres personnes à l’instar de Pascal Anong Adibimé dont le tort aura sans doute été de vouloir faire le travail qui était le sien dans un environnement où la mode est à l’inertie maintes fois " dénoncée " par Paul Biya en personne, comme il l’a encore fait lors du conseil des ministres du 3 juillet dernier. Ce début de réponse à l’affaire des " biens mal acquis " n’ayant sans doute pas produit les effets escomptés que la demande de levée de l’immunité de certains députés allait être servie comme du " grain à moudre " à l’opinion en général et aux médias en particulier. Mais là aussi, les " stratèges " de Paul Biya feront choux blancs. Car ce seront des "dossiers vides" qu’ils serviront aux membres du bureau de l’Assemblée nationale réunis pour la circonstance le mardi 14 juillet dernier. L’un d’eux ne manquera d’ailleurs pas de dénoncer ce qui apparaît pour lui comme "un acharnement", dans un processus de lutte contre la corruption qui a de plus en plus du mal à prouver sa crédibilité, parce que pour la plupart des observateurs, et de l’opinion en général, elle s’apparente à un règlement de comptes politiques, dans la perspective de la présidentielle de 2011.
Face à Nicolas Sarkozy vendredi prochain dans l’un des salons de l’Elysée, les formules seront sans doute très diplomatiques. Mais le plus dur pour le numéro un camerounais sera incontestablement le traditionnel face à face avec les hommes de médias sur le perron du palais de l’Elysée après l’entretien avec le chef de l’Etat français. Rien de tel avec le filtrage des questions auquel l’on est habitué au palais de l’Unité de Yaoundé. L’on indique qu’ici, "les journalistes français l’attendent avec des questions aussi pointues que des sagaies ". Là, il devra communiquer. Lui-même et pas par personnes interposées. A moins pour lui de choisir de ne pas se prêter à l’exercice. Ce qui va une fois de plus conforter les uns et les autres sur le fait que le chef de l’Etat et les siens ont bien des choses à cacher…
JFB
