Son nouvel album est fortement influencé par le «Soul Botingo» de son frère aîné. –
Cela s’appelle un virage à 180°. Junior Eyango est devenu chrétien. Du moins, il le proclame dans son dernier album. D’abord, la pochette de l’album. A côté de son nom Junior Eyango, on peut lire : « Né de nouveau ». Le titre de l’album, en rouge vif, confirme cette nouvelle naissance : « Pardonne-moi seigneur Jésus ». Sur le fond, Junior Eyango continue sur la même lancée. D’entrée de jeu, l’artiste chante le titre éponyme de l’album qui démarre par un cantique gospel. Puis le frère cadet de Prince Ndedi Eyango enchaîne avec un makossa enlevé. L’artiste raconte sa métamorphose. L’album, agréable à l’écoute, est fortement dominé par le cuivre grâce au doigté d’Alain Oyono (au saxophone) que beaucoup voient sur les traces de Manu Dibango (il a collaboré avec la quasi-totalité des grands musiciens camerounais des dix dernières années).
On était encore à méditer sur cette confession chrétienne que l’artiste tombe de plein pied dans la musique… profane dans «Devoir Conjugal ». Les mots sont crus : «Touche-moi, caresse mon bébé, s’il te plait, ne fais souffrir ». On retrouve le jeu de guitare de Prince Eyango reproduit excellemment par Eric Séfu (guitare rythmique). Dans l’album «Né de nouveau », Junior Eyango a également un featuring, avec l’ivoirien Dj Arafat et Brigadier dans le titre « Matongo techtonick ». Voilà qui explique le rythme « coupé-décalé » qu’on retrouve dans ce titre. Tel une mitraillette en action, Dj Arafat fait des « atalaku » à n’en plus finir sur fond de guitare basse d’Arthur Manga. A coup sûr, les noceurs se délecteront de « matongo tectonick ». L’artiste n’hésite pas à faire de l’auto glorification avec des boutades du genre : «La danse de junior, c’est ‘’ndolé’’ Je casse les reins comme Junior Eyango ».
Toutefois, par quelque bout qu’on le prenne, il y a une influence flagrante de Prince Ndedi Eyango dans plusieurs titres du nouvel album de Junior Eyango. En « devoir conjugal », « Matongo techtonik », « Ndando », l’ombre du « Prince des montagnes » plane aussi sur le titre « Matongo dance». D’abord la forme, où on retrouve « le soul botingo » de son frère aîné. Ensuite, dans le fond où le thème abordé est le même que « Amour sans frontière » de Prince Eyango. Cependant, Junior Eyango a le mérite de ne pas se contenter du « copier-coller » de son frère aîné.
Pour se démarquer, l’artiste prend les clichés de chaque région du Cameroun pour illustrer cet amour qui n’a pas de frontière : « Ta famille ne veut pas de moi, parce que je suis douala, parce que les « nkoa » sont vantards et paresseux Ta famille ne m’acceptent pas parce que je suis yaoundéen, on dit qu’on est saoulards et gaspilleurs Pourquoi ta famille ne veut pas de moi, parce que les nordistes aiment beaucoup le couteau Ta famille ne m’acceptent pas parce que je suis bamiléké et que les bamiléké épousent leur sœur. Ta famille ne veut pas de moi parce que je suis un gars de Nkongsamba et que les gars de chez moi aiment beaucoup la feymania. Ta famille ne m’accepte parce que je suis musicien. Arrête tes histoires car l’amour ne choisit pas le métier L’amour n’a pas de frontière l’amour n’a pas de tribu/ l’amour n’a pas de limite », clame-t-il. Au delà de cette influence du « père de Soul », on peut aussi regretter les incontournables « atalaku » qui consiste à citer, à la pelle, les noms des personnalités et amis tout au long d’un album qui malgré tout, méritent l’écoute.
Fiche technique
Nom de l’album : «Né de nouveau»
Producteur : Groupe Eyango
Auteur compositeur :
Jr Eyango
Sortie : 2010
Featuring: Dj Arafat, Brigadier
Nombre de chants : 10
A écouter : “Matongo dance”, “Pardonne-moi Jésus”, «ndando»
Eric Roland Kongou
