Le promoteur du festival Scène d’Ebène attribue le mal du théâtre camerounais au contenu et au contenant. –
Qu’est-ce qui pourrait expliquer la désertion des salles de théâtre au Cameroun depuis quelques années ?
Plusieurs raisons pourraient l’expliquer. Notamment, le public ne connaît pas le théâtre avec la crise dans le milieu qui date du début des années 90. Toute une génération ne sait ce que c’est que le théâtre. Elle confond le théâtre à l’humour. Si on fait une programmation comme la nôtre, ils ne viendront pas. La deuxième difficulté relève des espaces de diffusion. Malheureusement, il ne nous reste plus que les espaces culturels occidentaux. C’est pathétique. Et le théâtre aujourd’hui soutenu par la presse privée et, dans la moindre mesure, la presse écrite publique. Car, même les médias audiovisuels ne s’intéressent pas véritablement au théâtre. Tout cela mis ensemble, il est difficile que cet art se développe.
Quel travail devrait-il être fait pour ramener le public dans les salles ?
C’est un travail qui devrait être l’aboutissement d’une grosse réflexion entre les hommes de théâtre et les pouvoirs publics. Il faut déjà qu’on constate que le théâtre va mal. Pas besoin de parler des structures de la coopération, qui sont les seules à soutenir le secteur.
Hier, on a apprécié «Trois prétendant… un mari», qui a un lien direct avec notre société. N’y a-t-il pas aussi un problème de contenu de ce qu’on propose au public ?
En ce qui concerne le choix des thématiques, il faut déjà relever que, sous tous les cieux, le théâtre est un art subventionné comme la danse contemporaine. Aujourd’hui, le théâtre en Afrique est subventionné à 90% par la France et dans la moindre mesure, par la coopération multilatérale à travers la Francophonie. Homme de théâtre, j’ai une pièce que j’ai envie de faire circuler, je suis obligé de me soumettre aux exigences de ceux qui vont me donner les financements. Et, la France, comme ces institutions de la coopération, soutient le théâtre contemporain. Malheureusement, ce type de théâtre n’est pas à la portée du public camerounais. Il y a pourtant des auteurs camerounais qui font de très beaux textes. Si je vais prendre « Trois prétendants… un mari » où il y a une distribution de 30 personnes. Qui va m’aider à le financer ? Je prendrai des textes pour lesquels j’ai la garantie que je recevrai un financement de la coopération.
Même nous qui sommes promoteurs de petits espaces, nous allons tomber dans ces travers car, il faut bien que lesdits espaces fonctionnent. Où allons-nous trouver cet argent ? J’anime un festival depuis six ans au Cameroun. Je n’ai jamais perçu un franc du ministère de la Culture.
Avec la décentralisation politique en cours, les hommes de théâtre ne gagneraient-ils pas à pouvoir amener le théâtre au-delà des zones urbaines?
Tout cela est lié aux questions de moyens. On a un discours contradictoire au niveau des instances dirigeantes. Pour que l’art nourrisse son homme, il y a des préalables. On parle de décentralisation : je suis d’accord. A condition qu’il y ait des gens qui comprennent que le théâtre peut être un art soutenu. Qu’il peut apporter quelque chose dans le débat social. Car, c’est un art engagé. Au ministère de la Culture qui doit booster la politique culturel du Cameroun, on ne sent pas un certain engouement, du moins, pour ce qui est du théâtre.
Propos recueillis par Justin Blaise Akono
