Plusieurs lieux de représentations ont disparu pendant que les nouvelles sont incompatibles. –
Centre culturel camerounais (Ccc) de Yaoundé. Le théâtre national s’entraîne dans une salle étroite. La grande salle de spectacle est dans la pénombre. La scène semble avoir été abandonnée depuis des lustres. «On s’entraîne ici puisqu’on est obligé. Mais, on va se produire au Centre culturel français, qui réunit les meilleures conditions», confie une jeune comédienne, qui a préféré requérir l’anonymat, «de peur des représailles». Le Ccc, jadis, a accueilli la crème du théâtre camerounais. Les derniers que la jeune génération pourrait connaître sont Philémon Blake Ondoa, Keki Manyo, Daniel Ndo, Ambroise Mbia, André Bang, Brigitte Massan à Biroko, etc. Aujourd’hui, il est l’ombre de lui-même : absence d’éclairage, chaises déchirées. Bref, les infrastructures sont vétustes.
Tout à côté, à l’avenue Foch, les comédiens et amoureux du théâtre se donnaient rendez-vous tous les week-ends au cinéma le Capitole à Yaoundé. Cette salle qui s’était également illustrée comme un lieu de cinéma a cédé son espace à un commerce depuis presque une décennie. Le cinéma le Wouri, a aussi mis la clé sous le paillasson. Le palais des congrès de Yaoundé s’est vu abandonné à lui-même, tout comme la maison des jeunes à Douala. Et pourtant, Tony Meffe, promoteur du festival «Scènes d’Ebène» estime que le problème du théâtre n’est pas lié aux infrastructures, mais à sa diffusion. D’ailleurs, Daniel Ndo évoque un manque de soutien médiatique. Mais, en ce qui concerne précisément les infrastructures, «elles concernent l’Etat et même le citoyen. En musique, il y a des producteurs ; même si ce sont des affairistes qui ne mettent pas au préalable des structures. Les particuliers doivent s’engager», souhaite Daniel Ndo, comédienne de la première heure.
Certains l’ont d’ailleurs fait. Même s’ils se recrutent parmi les metteurs en scène et autres opérateurs culturels. Ainsi, l’on retrouve au quartier Etoug Ebe à Yaoundé le centre culturel Francis Bebey initié par le cercle des poètes du Cameroun et qui semble très actif depuis quelques temps, Diras à Olézoa procède cette semaine à son ouverture. Du côté du quartier «Damase», le metteur en scène Martin Ambara a mis sur pied un «Othni» (objet théâtral non identifié). La Case des arts au quartier Essos, face lycée bilingue officie depuis deux ans, Africréa et le Petit Tamtam situés respectivement à Bastos et à Longkak ont déjà convaincu dans la durée.
Toutefois, confie Tony, ces infrastructures relèvent du système D car, selon lui, «elles ne remplissent pas toutes les conditions pour une bonne représentation théâtrale». il s’agit notamment en ce qui concerne la profondeur de la scène, la sonorisation et la qualité de la régie lumière. Qualités dont disposent les salles des pays occidentaux. Notamment les centres culturels français de Yaoundé et Douala, les alliances franco-camerounaises de Bamenda, Buea, Dschang et Garoua, ainsi que l’institut Goethe de Yaoundé. Comme avec le financement, le théâtre camerounais semble sous la perfusion étrangère.
Justin Blaise Akono
